Ce blog est léger et j'écris plutôt sur ma vie personnelle, jamais
sur la vie politique mais là tout de même il exagère!! Je le savais mégalo et
démago, en plus il est sentimentalo/racoleur! Ce n'est pas seulement une
question d'âge! notre président pourrait inciter à réfléchir et non à larmoyer.
Il y a tant d'écrits sur le sujet que je ne vais pas en rajouter, seulement
faire référence à ce qu'a écrit Pablo et joindre ces réflexions que je partage en grande partie(sauf
que je n'ai pas lu Antoine Prost mais je vais le faire):
"J'ai demandé…au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de
faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous
les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants
français victimes de la Shoah… Les enfants de CM2 devront connaître le nom et
l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom
et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que
l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et
les mêmes espérances que lui".>
Ces propos du plus haut personnage de l'Etat sont proprement scandaleux et
marqués du sceau de l'ignorance et de l'irresponsabilité.
Ignorance multiple. Des différences entre histoire et mémoire d'abord. La
conclusion des « Douze leçons sur l'histoire » d'Antoine Prost est à
ce propos éclairante : « on fait valoir sans cesse le devoir de
mémoire, mais rappeler un événement ne sert à rien même pas à éviter qu'il ne
se reproduise si on ne l'explique pas. Il faut faire comprendre comment et
pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles
avec le manichéisme purificateur de la commémoration. On entre surtout dans
l'ordre du raisonnement, qui est autre que celui des sentiments, et plus encore
des bons sentiments…..L'histoire ne doit pas se mettre au service de la
mémoire, elle doit certes accepter la demande de mémoire mais pour la
transformer en histoire. ». En personnalisant au maximum la Shoah le Président
joue sur le sensible et non sur l'éducation au fait historique.
Ignorance aussi de la plus élémentaire psychologie de l'enfant (en CM2 on a
dix ans !) : autant il est nécessaire dans le cadre du cours d'histoire,
comme le veut le programme, de dire ce qui fut, avec des documents dont
certains peuvent être des textes, objets ou photos d'enfants, autant c'est
faire porter injustement à des petits un poids trop lourd que de les investir
individuellement de la charge symbolique d'un double, mort en déportation.
Eduquer, ce n'est pas jouer avec la sensibilité, c'est dire clairement ce qui
s'est passé, avec les mots adaptés à l'âge de l'auditeur. Les enseignants sont
formés de façon rigoureuse pour le faire et ils savent éviter de culpabiliser
ou de transmettre trop d'angoisse. Ils savent aussi choisir et utiliser les
meilleurs documents, ceux qui ne flattent pas le voyeurisme ou le sadisme. Ceux
qui permettent de dépasser l'émotion pour aller vers la connaissance. Ceux qui
dépassent la sensation brute et la transcendent par leur qualité d'écriture
comme Primo Levi ou leur singularité plastique comme Zoran Music.
Ignorance encore des missions de l'Ecole. Transmettre une réflexion civique,
pour préparer les jeunes à être plus tard des citoyens en est une, essentielle.
Cette réflexion doit conduire à faire réfléchir les écoliers sur les causes qui
ont conduit à la folie nazie et sur les principes intangibles sur lesquels doit
se fonder notre République afin que jamais de tels faits ne se
reproduisent ; s'identifier à un enfant au sort tragique ne permet pas
cette réflexion. S'interroger sur ce qui a pu conduire des policiers français à
obéir à leur hiérarchie au point d'avoir accepté d'être complices de
l'arrestation et de la déportation d'êtres humains vers les camps de la mort
est certes bien difficile pour un enfant de dix ans mais serait civiquement
plus formateur.
Irresponsabilité ensuite. Déjà sur Internet fleurissent les plaisanteries
douteuses comme « les enfants de CM2 auront un correspondant Shoah ». Déjà
quelques parents réclament le droit de dispenser leur enfant de cette opération
mémorielle, on voit à quelles dérives d'un enseignement à la carte cela
pourrait conduire. Déjà, surtout, le choix présidentiel fait jouer de la pire
façon les concurrences mémorielles et certains réclament que chaque enfant ait
aussi à cohabiter avec un petit esclave ou un jeune Arménien.
Guy Môquet avait été utilisé par le président de la République à des fins
électoralistes, cette fois ce sont des enfants martyrs qu'il instrumentalise à
leur tour, en même temps qu'il entend faire des jeunes élèves de pures machines
d'émotion et non de futurs citoyens informés et responsables.
Marie Lavin. Agrégée d'histoire, Inspectrice d'académie /Inspectrice
pédagogique régionale d'histoire honoraire.