Pendant plus d'un an, je n'ai pas pu lire un seul roman. Trop d'émotions
sans doute après une déception qui m'a beaucoup blessée et qui a chamboulé ma
vie! Oui je sais, je ne vous ai presque rien dit de mes peines, pudeur oblige!
d'ailleurs je suis davantage tournée vers l'avenir que vers le passé. Pour cela
il me faut vivre le présent intensément, traverser mes émotions plutôt que les
dire et je préfère toujours me consacrer à la reconstruction plutôt que
m'étendre sur la démolition. Alors j'ai veillé à savourer les petites choses de
la vie, à savourer chaque instant, à méditer régulièrement, j'ai relu les
poèmes de Rimbaud, Baudelaire, Victor Hugo et Henri Michaux, je me suis plongée
dans Ekhart Tollé, Christiane Singer, Isbelle Filliozat, Louise Hay, Khabil
Gibran et aussi Jean-Yves Leloup, Edgar Morin, Platon, Spinoza, Gilles Deleuze
et Roland Barthes, je me suis passionnée pour la biographie d'Einstein, et tout
cela m'a aidée à me reconstituer et retrouver calme et joie
intérieure.
lac de
Lamaix, près d'Allarmont dans les Vosges
Et puis, au bout d'un an, au début du printemps je me suis chargée de la
coordination des deux semaines "Traces et Transmissions" à l'Espace du possible.J'ai contacté
des "proposants" intéressés par le thème et surtout je me suis replongée dans
"A la recherche du temps perdu". Quel plaisir de lire ces pages qui ne
m'avaient guère impressionnée lorsque j'étais jeune! Au lycée, la lecture du
premier tome de l'oeuvre de Marcel Proust "Du côté de Chez Swann" était
obligatoire et se révéla plutôt neutre et sans passion...
Et voilà que j'ai découvert avec délices les lignes, les phrases, les pages de
cette oeuvre extraordinaire. Je lis, je relis, je dis à haute voix certains
passages pour entendre leur résonnance. Tout est riche, l'écriture est belle et
les réflexions sur le souvenir et les traces laissées par le passé sont tout à
fait passionnantes.
Lorsque j'étais enfant, dans le joli village de Normandie qui s'appelle
Ryes, je passais souvent devant la boulangerie et dévorais des yeux ces
coquillages qu'on appelait des roudoudous. La couleur brillait sous la
cellophane, et le rouge ou l'orange suffisait à me mettre l'eau à la bouche.
Parfois, il y avait ce moment exceptionnel et féérique où Maman proposait d'en
acheter. Je m'entends encore demander à la boulangère "un roudoudou s'il vous
plait madame" et le mot vibrait sur mon palais comme un roucoulement de
tourterelle dans les airs. L'hésitation sur le choix du parfum, le froissement
du papier qu'on enlève, le premier contact de la langue avec le sucre coloré,
tout était une sorte de ravissement...Et bien dorénavant, pour moi, la
lecture de Proust, c'est comme un roudoudou!
lecture
publique, Arômes et délices, Paris XVème
Grâce à l'oeuvre de Proust, j'ai retrouvé le plaisir de sauter dans une
nouvelle ambiance, découvrir un auteur, vivre des émotions en pénétrant dans un
monde nouveau, bref de lire un roman. Comme toujours, je me suis laissée guider
par mon feeling chez Millepages, ma librairie favorite, et depuis l'été j'ai
été emportée dans les mondes de Lucia Extebarria, Véronique Ovaldé, Tatiana de
Rosnay, Agnès Desarthe et Frédérique Deghelt. J'ai beaucoup aimé "Les
déferlantes" de Claudie Galland ainsi que "Victoria et les Staveney" de Doris
Lessing mais ce que j'ai préféré c'est "La délicatesse" de David Foenkinos,
tant pour le sujet que pour l'écriture. Régulièrement, entre chaque nouvelle
lecture, bien sûr, je goûte un peu de mon "roudoudou" en lisant ou relisant
certaines pages de "A la recherche du temps perdu". De toutes façons, j'ai de
quoi faire durer le plaisir puisqu'il y a plusieurs tomes que je n'ai jamais
lus et le seul titre de celui que je lis actuellement me ravit, "A l'ombre des
jeunes filles en fleurs".
un des
tableaux champêtres de Renoir que j'adore













Elle vient de
la boulangerie de Saint Germain sur Morin en Seine et Marne
En
1991, Tristan avec la balle, à l'entraînement .
C'est







Le pot en
terrasse au "village" et le dîner-pique-nique-sur-les-bords-de-seine, transféré
chez la maman de Patricia en raison du froid et de la grisaille, furent eux
aussi animés et très joyeux!


Toujours
cette écriture somptueuse et chaude que j'aime tant chez Laurent Gaudé! C'est
la même émotion puissante que j'avais évoquée après avoir lu