Elle est anglaise et s'appelle Jane.
C'est Helen Dessones
qui l'avait recommandée à mes parents. Jane était la fille d'un de ses amis, un
monsieur "très bien" qui élevait ses trois enfants tout seul. Elle avait l'âge
de ma soeur, elle serait sa correspondante. Je ne sais plus comment elle est
arrivée mais je sais que nous l'attendions tous, impatients de recevoir "la
correspondante anglaise de Marie-Claire". Je me souviens qu'au début j'ai été
déçue, elle me semblait un peu gauche, tellement timide et discrète. En réalité
c'est la barrière de la langue qui l'empêchait de s'exprimer et puis la
nourriture, les habitudes qui étaient encore très différentes d'un pays à
l'autre à cette époque là!
Je ne sais comment ça s'est passé mais on s'est beaucoup parlé... elle dit
maintenant que c'est parce que que je n'étais pas sage, que j'étais "mad" et
que ça la fascinait. Plus tard, lorsque j'allais chez elle, à Greenfingers et
que nous allions voir sa grand-mère ou tante, Jane me présentait en abrégeant
mon prénom " This is Marie-Mad" et la vieille dame disait immanquablement "Why
do you say that? she is so nice!" ça me chatouillait le coeur.
Elle fit des études de français à Aberdeen, les poursuivit à Paris, vécut
avec moi rue Raymond du Temple à Vincennes. Je la trouvais très intelligente.
Elle avait l'air bien sage mais savait faire la folle. Nous avons dansé sur les
toits rue Mouffetard, fait des petits jobs au ministère des finances, travaillé
pour le CNRS. Nous avons fait du stop ensemble, chanté à tue-tête sur le Cours
Marigny, nous avons eu très peur d'un homme qui nous avait raccompagné un soir.
Nous sommes parties en 2cv toutes les deux, avons passé des vacances, avons
tremblé la nuit en Sologne, imaginé le pire à cause d'un boeuf qui ruminait
devant la grange où nous avions passé la nuit. Nous avons raconté nos fredaines
et susurré nos secrets. J'ai bien aimé Fiz, devenu son mari, Ils sont venus en
Dordogne avec nous, nous sommes allés en Ecosse avec eux. A quatre, c'était
plus difficile. Ils ont élevé trois enfants, nous en avons eu deux. Nous étions
un peu loin, la Manche nous séparait, il n'y avait pas d'Eurostar.
1972-
Jane et Fiz en face de moi, fromage et Cahors au gouffre de
Proumeyssac
Nous avons continué à nous écrire, de moins en moins souvent...mais c'est
elle que j'ai eu envie de voir ab-so-lu-ment quand j'étais tellement triste et
que j'allais tellement mal en 1989! Depuis, nous nous sommes retrouvées
régulièrement, parfois ici, le plus souvent chez elle, à Richmond. Ses 2
garçons ont une maladie très grave, orpheline, et c'est dur. Ils sont musiciens
tous les deux et Corrie vient de se marier. Sa fille a deux enfants, c'est sa
joie de vivre. Elle est épaulée par Fiz toujours solide et courageux, attentif
et plein d'humour. Nous bavardons au téléphone, nous nous envoyons des cartes
juste pour dire "coucou, je pense à toi et je t'embrasse". Plusieurs fois nous
avons passé quelques jours toutes les deux, sans famille et sans soucis, dans
le Kent ou en Normandie. C'est ma meilleure amie et elle aime me présenter en
disant " This is Marie-Mad, she is my best friend!"
Aujourd'hui c'est son anniversaire. Happy birthday, my dear Janie!