le blog de marie madeleine

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mardi 7 juin 2016

Mon bois

Depuis quelques temps je vais plus au théâtre qu'au cinéma.Pourtant j'ai vu récemment deux films qui m'ont touchée, Julieta parce que c'est beau. Beau du début à la fin, tout est beau, les couleurs, les visages, la finesse des sentiments...J'ai beaucoup aimé

Et dimanche j'ai enfin vu le film de Claire Simon sur le bois de Vincennes, MON bois, celui où je marche plusieurs fois par semaine. C'est là que j'ai étudié dés janvier 1969 après mes années à la Sorbonne dans l'université de nos rêves qui a complètement disparu . C'est le bois que je traversais chaque jour lorsque j'habitais avec G et partais prendre le métro tôt le matin pour ma première année d'enseignement, celui où j'ai emmené promener mes enfants presque chaque jour après l'école et tous les mercredis. J'ai reconnu tous les endroits, la grande prairie derrière la garde républicaine, la plaine de Beethoven, le lac Daumesnil, celui de Saint-Mandé et mon lac préféré, celui des Minimes. J'ai vu les petits chemins et les fourrés aux alentours de la porte jaune, les allées où mes enfants ont fait leur premiers essais en vélo. J'ai reconnu les terrains de rugby du Polygone et les profondeurs où s'abritent les tentes des sans-abris. J'ai vu la rivière où j'emmenais mes élèves pécher des tétards, où mon fils est tombé dans l'eau gelée recouverte d'une couche de glace sous les yeux de gens terrifiés . J'ai admiré des images qui ressemblent aux photos que je fais lorsque l'herbe est blanchie ou lorsque les bourgeons s'ouvrent. J'ai seulement regretté l'absence de la Cartoucherie. Dommage aussi de ne pas montrer de rondes joyeuses, ni de pique-nique de nos familles autour d'une nappe fleurie. Il n'y a pas non plus le vieux manège derrière la mairie où se sont succédées 3 générations de petits vincennois. Manquent les chants d'oiseaux et l'observatoire... Malgré ce choix de la cinéaste qui a préféré mettre en lumière des aspects plus secrets, j'ai passé un très bon moment en regardant "Le bois dont les rêves sont faits".

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jeudi 3 mars 2016

1977

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Il y a 39 ans je devenais maman pour la première fois. La vie était un enchantement je ne savais pas encore qu'elle pouvait nous faire souffrir. Je n'imaginais pas qu'il pourrait un jour connaître des moments difficiles lui aussi, ce bébé rieur. Pendant quelques jours, quelques mois, quelques années, il fut le centre de notre vie, jusqu'à la naissance de la deuxième merveille du monde, sa sœur. Il fut entouré de soins, d'attentions et d'amour. C'était un bébé facile qui fit ses nuits au bout d'une semaine, dès le retour de la maternité. Ce fut un enfant joyeux, serviable et généreux et je serai contente qu'il le reste toujours. C'est un adulte responsable qui m'étonne parfois par la maturité de ses réflexions. Normal, il entre dans sa 40e année! J'aimerais tant qu'il puisse sortir plus fort de chaque épreuve que la vie lui impose comme elle l'a fait pour moi, pour son père et pour chacun d'entre nous.
Bon anniversaire mon fils.

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jeudi 28 janvier 2016

La plus grande

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Tu étais la plus grande, l'aînée, la seule enfant qui assista au mariage de mes parents, privilège qui me rendait à la fois admirative et un peu jalouse. Nous t'appelions Mi-France, c'était affectueux mais tu n'avais rien d'une mi-femme. Maman te citait en exemple, souvent, car tu ne te grisais pas d'idées folles, vivais religieusement et sainement et avais épousé un vrai bon chrétien, Joseph, avec qui tu as créé une grande et belle famille.

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Tu avais six ans de plus que moi et nous n'avions pas grand chose en commun toutes les deux mais tu étais ma grande cousine, celle qui était tout en haut des marches du perron pour la photo chez Bon Papa et Mamée alors que les "petits" n'étaient pas encore nés, et surtout tu as été la première demoiselle d'honneur de Maguy pour son mariage. Tu étais la première descendante, notre tête de liste en somme, et ça c'était admirable.

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Après toi Marie-France, il y eut François, Jean-Marc, Marie-Liesse, Marie-Madeleine (moi), Marie-Claire, Catherine, Dominique, Pierre, François, Marie-Noëlle, Patrick, Maurice, Jean-Louis, Marc, Loïc, l'autre François juste après la petite Françoise qui bébé, avait rejoint les anges selon nos parents, Emmanuel, Christophe, Marie-Joëlle, Matthieu, 21 cousins et cousines, souvent réunis par nos parents à Neuilly, Versailles, Sèvres, à Ryes puis à Valence. Entre Mathieu et toi il y a tout juste vingt ans -1940-1960-
Je suis triste car tu viens de rejoindre un autre monde et de retrouver tes parents, tes oncles et tantes, Dominique et Jean-Louis, nos cousins partis trop jeunes, ma chère Maly, ta soeur, et ton frère François, l'aîné des garçons. Avec ceux qui sont encore là, j'irai te dire adieu et dire à tes enfants et à ton mari que tu garderas toujours dans nos coeurs l'auréole de "Notre grande cousine".

dimanche 24 janvier 2016

Gratitude

Aujourd'hui est le dernier jour de mes 69 ans, demain je deviens septuagénaire, wouah, quelle affaire! Tristan me demandait tout à l'heure si ça me faisait quelque chose. Oui bien sûr! Comme toujours je suis contente de fêter mon anniversaire mais cette année, tout de même, pour la première fois j'ai conscience de vieillir et je suis fière d'être dejà arrivée jusque là.

001.jpg1946- Le plessier à Saint Aubin sous Erquery

Merci Papa et merci Maman pour ce beau cadeau qu'est la vie. C'est à vous que je dois d'être là, joyeuse et en forme le dernier jour de mes années sex. Merci de m'avoir offert ce patrimoine génétique qui m'a gardée en bonne santé malgré l'inflammation de mes articulations, merci de m'avoir offert une silhouette agréable, la peau fine et des cheveux résistants.
Désolée Maman, de t'avoir fait souffrir dés ma naissance et d'avoir provoqué une septicémie tellement grave que tu as dû rester trois mois allongée sans presque pouvoir me toucher. Je te remercie d'avoir lutté pour rester en vie et d'avoir bravé les médecins qui t'interdisaient d'enfanter à nouveau. Merci de m'avoir donné une sœur et deux frères. Il y a bien des moments où je me serais volontiers passée de ces trois là! Ils étaient "les petits" et ne me lâchaient pas d'une semelle mais grâce aux livres j'ai pu leur échapper parfois. A Ryes, vous saviez tous les deux que je me réfugiais au deuxième étage. Merci Papa d'avoir autorisé ma cachette sous ta table de radio-amateur. Lorsque tu t'y rendais en fin d'après midi ou le dimanche, tu m'évacuais gentiment et je m'installais sur le rebord de fenêtre du palier. Merci de t'être interposé lorsque "les autres" venaient me déranger. Merci Maman d'avoir protégé mes lectures en leur demandant de me laisser tranquille.

les4a.jpg 1957 ou 58, sans doute à Ryes

Désolée d'avoir râlé lorsque tu m'appelais pour passer à table ou participer au rangement de notre pièce à jouets. Pardon d'avoir piqué tant de colères! Désolée d'avoir été si rebelle et si préoccupée par les garçons dés l'âge de 8 ans que vous m'avez conduite jusqu'à Caen pour consulter un psychologue. Je me souviens des tests et de votre admiration pour moi lorsque vous avez reçu les résultats! Pardon de vous avoir causé tant de soucis lorsque je fus renvoyée de Jeanne d'Arc puis de l'Assomption, pardon d'avoir été si souvent convoquée au conseil de discipline du lycée. Pardon Maman de n'avoir pas baissé les yeux lorsque tu me reprenais, pardon d'avoir réagi violemment, de m'être isolée et sauvée trop souvent. Merci Papa d'être venu chaque fois à ma recherche alors que j'étais cachée dans les fossés persuadée qu'on ne m'aimait pas autant que les autres, merci de m'avoir rassurée. Désolée Maman d'avoir porté des jupes trop courtes à ton goût, d'avoir laissé mes cheveux longs et roulé mes cigarettes comme Papa. Désolée d'avoir fui la religion que tu aimais tant et qui fut un carcan pour moi, pardon de t'avoir effrayée parce que j'aimais tout ce qui était péché. Pardon d'avoir heurté vos convictions et d'avoir divorcé. Pardon de vous avoir causé beaucoup d'inquiétude tant j'étais différente de la jeune fille que vous aviez imaginée et peut-être rêvée. Marie-Claire heureusement a mieux su répondre à vos attentes. C'est ce que me rappela Jane récemment qui devint mon amie parce qu'elle aimait mes bêtises et mon insolence.

1968.jpg 1968- Ferme des Bordes, Valence en brie

Mais surtout j'ai envie de vous remercier tous les deux pour ce que je suis. Merci de m'avoir enseigné les bonnes manières et un vrai savoir-vivre, de m'avoir appris la tolérance et le respect des différences. Merci d'avoir été un modèle de parents attentifs et patients, de nous avoir permis de grandir sans tape ni fessée contrairement à beaucoup de nos amis. Merci Papa d'avoir compris mes colères et de les avoir calmées. Merci Maman de m'avoir appris à écrire, à coudre et tricoter, à dessiner, chanter, jouer...Merci de m'avoir donné le sens de la bienveillance et de la générosité, de l'honneteté, de l'harmonie et de l'élégance. Merci pour la force intérieure et pour cette belle énergie qui me permet de faire tout ce que j'aime. Par-dessus tout merci Papa et Maman de m'avoir transmis une profonde joie de vivre qui m'a aidée à franchir les difficultés et me permet de ressentir aujourd'hui, à la veille de mes 70 ans (frrr...ça fait tout de même bizarre ) une immense gratitude.

vendredi 27 novembre 2015

facile!!

Je viens de changer mes draps avant de prendre la route pour la Normandie et depuis quelques mois ce n'est plus une corvée...

Notre première couette nous fut offerte en 1974, en cadeau e mariage. Nous l'avions repérée chez Habitat car c'était le seul endroit où nous pouvions en trouver sans aller dans les pays nordiques. Ikéa n'est arrivé en France qu'en 1981, l'année Mitterrand, et surtout l'année de naissance de ma fille et de ses deux cousines. Nous étions les seuls parmi nos amis à dormir sous une couette. Certains pensaient que c'était une drôle d'idée. Quel couchage douillet et confortable! Quelle facilité pour faire le lit! D'ailleurs l'utilisation de ce couchage s'est développée comme une traînée de poudre et l'usage de la couette est devenu banal. Par contre il me fallait de l'aide pour changer la housse. La retourner comme un coussin me faisait mal aux poignets. C'était la femme de ménage qui le faisait et lorsque je m'en suis passée pour des raisons économiques, quelques années après mon divorce, j'ai pris l'habitude de glisser mes bras au fond de la housse et d'y glisser la couette petit à petit sans la retourner. Même chose par la suite pour les couette des enfants qui les aimaient grandes et bien enveloppantes
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Un jour Tristan me voit changer la housse et me dit " Maman, Pourquoi ne fais-tu pas comme nous? tu mets la housse à l'envers et Hop! tu la retournes d'un geste " Oui mon fils, comme un coussin bien sûr, mais ni Camille ni toi n'avez mes poignets abîmés et mes épaules douloureuses! Voilà pourquoi je fais d'une autre façon, pas très commode je l'avoue mais sans douleur. Et voilà que grâce à Facebook, j'ai découvert une méthode qui me permet de changer la housse bien plus facilement. Regardez ici.
Ultra facile!! Que n'y ai-je pensé auparavant?

mercredi 11 novembre 2015

Souvenirs

Tourné vers mes commencements, je m'aperçois qu'ils ne surnagent dans ma mémoire que sous forme de moments épars, comme dans un naufrage les agrès qu'on voit flotter encore à la surface de la mer, quand le bâtiment lui-même a coulé. Quelques souvenirs seulement, ça et là, que je n'ai pas choisis, qui ont émergé d'eux-mêmes, séparés les uns des autres par de grands intervalles ; mais pourquoi brillent-ils ainsi, et d'un éclat d'autant plus vif qu'une plus grande nuit les entoure ?

C.-F. Ramuz (Découverte du monde)

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J'ai été bouleversée la semaine dernière lorsque j'ai vu le film de Maïwen " Mon Roi". On m'avait dit que c'est un très beau film mais j'aurais pu ne pas le voir! Il m'a emportée 26 ans en arrière et j'ai été plongée dans la période la plus difficile de ma vie... Après les découvertes, les joies, les jeux et l'insouciance, après les enfants et les moments heureux, il n'y avait eu ni drogues ni addictions mais trahisons et humiliations, déceptions qui suivent un espoir insensé, bref! une souffrance immense. Je n'avais cassé alors ni jambe ni genou, mais le moteur de mon camping-car, deux fois de suite à un mois d'écart. J'ai ressenti un moment grâce au jeu sensible d'Emmanuelle Bercot, exactement ce que j'ai vécu au début des années 1980. Seuls ceux qui n'ont jamais soufferts dans leur couple peuvent dire que c'est excessif. Brrr!

Heureusement les années ont passé et après un long travail de pardon j'ai rangé dans ma mémoire tout ce qui est inutile. Oublié? Non bien sûr, mais j'ai classé comme des documents les souffrances d'antan, regardé les bons souvenirs et retrouvé la paix et la joie, la vraie joie profonde, sans illusion ni désillusion.

mercredi 16 septembre 2015

Maly

Tu étais la grande, j'étais la petite. Nos mamans étaient sœurs et ravies de notre entente. Lorsque nous étions enfants, tu faisais attention à moi. Plus tard ,nous fuyions les autres pour nous faire des confidences. Lorsque j'étais étudiante, tu m'as trouvé un job avec toi en été. Nous avons pris un moment des chemins différents puis nous nous sommes retrouvées. Tu as beaucoup souffert et tu t'es échappée...
Quand je passe dans les quartiers où tu as vécu, rue Lecourbe ou vers la place Clichy, lorsque je vais du côté de Neuilly et descends aux Sablons, quand je vois deux fillettes se donner la main, lorsque j'ai préparé la cousinade du 11 avril, lorsque j'ai croisé une autre Marie-Liesse, souvent, très souvent, je pense à toi.

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Mes pieds ne touchent pas terre, je n'ai pas encore 2 ans et toi du haut de tes 3 ans, tu me tiens par la main pour m'empêcher de tomber. Ainsi commença notre amitié. Bon anniversaire Maly!
...et bon anniversaire aussi à notre grand-mère maternelle née le même jour que toi des années auparavant et dont pendant un an j'ai partagé la vie à Versailles fort agréablement

vendredi 19 juin 2015

Eve

Pour la trente quatrième fois j'ai souhaité ce matin un bon anniversaire à ma fille. Chaque anniversaire de mes enfants est à la fois source d'étonnement et d'émerveillement. Ils étaient si petits et sont devenus si grands, tellement adultes!!

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Bébé joyeux, Eve est toujours aussi merveilleuse. Enfant rieur, Tristan est lui aussi toujours formidable, et la seule chose que j'ai envie d'écrire est merci. Merci à mes grands-parents et mes parents, merci à mes beaux-parents et surtout merci à Jean-Marie de m'avoir donné de tels enfants. Bon anniversaire ma fille!

pere.jpgJean-Marie avec Tristan en mars 1977, avec Eve fin août 1981

lundi 20 avril 2015

Maman-1915/2015

MAMAN aurait 100 ans aujourd'hui. Reine-Marie, fille de Lucien et de Madeleine est née dans le XIV ème arrondissement le 20 avril 1915, première d'une famille de 7 enfants.

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Lorsque je pars de chez moi, c'est généralement dans l'ascenseur que je vérifie mon look et remets du rouge à lèvres. Il y a quelques mois, j'ai eu une impression bizarre, une sorte de vision fugitive. En me regardant, j'ai vu Maman. Bien sûr je n'ai pas vu Maman enfant ou demoiselle d'honneur à 20 ans, j'ai vu Maman en moi à mon âge. Et c'est vrai que je lui ressemble, même regard sans les yeux bleus, même ondulation sur la mèche de devant, mêmes premiers cheveux blancs à 60 ans, même sommeil "comme un bébé", même élan de vie.

Certes je n'ai jamais eu les mêmes aspirations qu'elle qui pensait qu'une femme devait rester au foyer, comprenait mal que les femmes travaillent et se demandait pourquoi elles votaient car la politique était l'affaire des hommes. Elle avait choisi de quitter sa vie de l'ouest parisien pour vivre à la campagne et aurait adoré le "coin perdu au bord d'une rivière" où vit Tristan. Voilà que sa fille aînée rêvait de voisins et d'activités citadines! Maman avait un goût presque nostalgique du passé,et voilà que sa fille aînée lançait des pavés et chantait l'internationale! Elle était attachée à la famille qu'elle regroupait souvent, aux traditions et à la bienséance. Voilà que sa fille aînée fumait, roulait ses cigarettes comme un camionneur, était maigre et païenne... Beaucoup d'incompréhension encore quand j'ai décidé de divorcer alors qu'une femme est "faite pour suivre son mari dans tous les cas"!

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Longtemps il y eut dans ma vie des traces de mes chagrins de la toute petite fille qui aurait aimé plus de câlins mais n'osait ni le dire ni le montrer car elle était l'aînée de quatre enfants, la "grande" dès 3ans 1/2! Pourtant Maman m'a appris à vivre. C'est Maman qui m'a appris à marcher, à parler, à coudre, à dessiner, à tricoter et chanter, qui m'a donné les règles du goût, du savoir-vivre, le sens des couleurs, m'a montré les bienfaits de la nature et le respect des autres particulièrement de nos aînés. Par-dessus tout, Maman m'a fait à la naissance un cadeau inestimable. En se penchant sur mon berceau, elle m'a transmis un talent qui la caractérisait, une joie de vivre et une grande générosité naturelle et spontanée que j'ai offerte à mes enfants et qui je l'espère se transmettra de génération en génération.

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Merci Maman. Là-haut, penchée au balcon du ciel, tu as dû être heureuse le 12 avril, de voir réunis tous les descendants de tes parents et de ta famille, tes enfants et tes neveux et nièces.

mardi 3 mars 2015

éblouissement

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Ce matin Tristan m'a envoyé une photo des premiers crocus tout juste sortis dans son jardin après la fonte des neiges. Il est content, c'est son premier cadeau d'anniversaire. Aujourd'hui il a 38 ans. Quelle incroyable histoire!
Je demandais dimanche dernier à ma fille de m'excuser de lui parler trop souvent du 3 mars ces derniers jours et mon fils m'excusera de lui rabâcher les oreilles de l'anniversaire de sa soeur dans quelques semaines. Toute mère le sait, la naissance d'un enfant est une aventure. C'est une révolution. Ce fut un bouleversement du corps et de l'esprit de la jeune femme que j'étais, un peu la naissance de mon "petit Jésus", mon Noël en somme. Le 3 mars 1977 et le 19 juin 1981 sont les jours les plus extraordinaires de ma vie. Mon premier enfant fut un éblouissement parce que c'était le premier, la deuxième parce que la peur de ne pas l'aimer autant que le premier s'en est allée dés que je l'ai entendue crier et sentie contre moi. C'est inimaginable comme la capacité d'amour augmente instantanément! Et c'est ensuite que l'aventure commence puisqu'il s'agit de guider chacun jusqu'à l'âge adulte puis de constater le résultat :-)

dimanche 1 mars 2015

Février

Encore une fois février s'en est allé. Pour la vingt-sixième fois depuis cette année là. J'y pense parfois. L'année terrible, l'année du choc qui changea ma vie et mes pensées. Trahison d'un mari et trahison d'une amie. La trahison de l'amie est ce qu'il y a de pire, surtout lorsqu' elle devient ennemie, vous insulte et vous accuse. Innimaginable! Incompréhensible! début d'une longue série, appels anonymes, voix de femmes qui disent des horreurs, attentes, espoirs déçus, inquiétudes et solitude. Ne pas dire, ne pas montrer aux enfants, aux amis, aux parents...honte des larmes et des souffrances. Attendre la fin d'un mois, puis d'un autre, de l'année puis d'une autre comme une délivrance qui n'arrive pas. Longues années de maigreur et de dépression. Puis le ciel s'est éclairci, et les années se sont illuminées. Des rencontres et des amitiés ont accueilli les sourires renforcés. La vie s'est remise à chanter. Maintenant je sais que c'est une chance, que jamais je ne serais devenue celle que je suis sans cette traversée!

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C'est la même chose pour mes enfants. Je m'en suis voulue du mal que nous leur avons fait et je suis fière de ce qu'ils sont devenus, de ce qu'ils font de leur vie. Ils ont surmonté des moments douloureux. Ils ont vécu nos souffrances, entendu nos disputes, ils m'ont vue ne plus faire la cuisine et les laisser regarder la télé, ils m'ont vue pleurer et crier même si je tentais de me cacher. Ils n'ont pas su que je voulais mourir mais ils m'ont vue m'enfuir chez des amis pour tenter de survivre. Mes enfants courageux! Ils ont surmonté les années de galère, le divorce et le déménagement. Maintenant je suis heureuse de l'attention et de l'affection qu'ils montrent à leur père, du soutien qu'ils lui apportent pour l'aider dans sa maladie. Je suis vraiment fière d'eux.

lundi 26 janvier 2015

ma dernière année sex...

J'ai fêté hier mon anniversaire. Je ne sais pourquoi chaque fois que je change d'âge, je suis déjà dans l'année suivante. J'ai toujours aimé les années impaires, à fortiori lorsque je m'approche d'une dizaine. Encore maintenant, j'aime le jour de mon anniversaire, les cartes, les fleurs, les coups de fil et les cadeaux, et le chant de mes petits-enfants.

Le 25 janvier 1955, nous habitions Ryes, en Normandie et j'étais fière d'avoir bientôt 10 ans. Nous venions de nous faire vacciner de la variole, je ne savais pas encore que deux semaines plus tard ma soeur serait hospitalisée dans le coma, que pendant trois mois je m'endormirais chaque soir en récitant un rosaire parce que je ne penserais plus qu'à sa guérison improbable.

En 1965, j'étais à La Sorbonne. J'habitais Versailles chez ma grand-mère pendant la semaine et ne retournais que le week-end chez Papa et Maman. Je m'entendais bien avec Mamée et j'aimais bien ma vie chez elle, j'avais toujours révé de vivre en ville, j'aimais le train, la Gare de Lyon, le métro, la fac, le Boul'Mich et les cafés de la rue Mazarine.

IMG_0003.jpgEn vacances dans les landes à la fin des années 60

En 1975, je vivais à Vincennes depuis presque 10 ans. J'étais mariée depuis six mois avec Jean-Marie. Il était beau et intelligent, sans foi ni loi, et sans travail hélas. J'étais amoureuse, nous ne nous quittions guère. J'enseignais et j'aimais mon métier. l'été nous allions à Val d'Isère où il encadrait les safaris photos. Ce furent de belles années.

En 1985,Tristan et Eve m'ont aidée à souffler les bougies. Ils avaient presque 8 et 4 ans. J'étais une Maman heureuse, active et comblée. J'aimais aussi ma classe et mes petits CP. Bien sûr je ne m'attendais pas à ce que ma vie bascule quatre ans plus tard!

En 1995 j'étais directrice, je sortais d'années sombres et dépressives et commençais à remonter la pente. Papa nous avait quittés depuis 2 ans, l'année de mon divorce officiel et de mon déménagement. J'avais rencontré Jean-François qui était séduisant, prévenant et attentif et j'avais arrêté de fumer depuis 6 mois. J'ai retrouvé ma joie de vivre.

En 2005, les enfants avaient quitté la maison, Tristan était déjà dans ses montagnes. Depuis 5 ans Maman avait rejoint Papa, au paradis sans doute. J'avais quitté JF, découvert l'impro et le clown, j'ai papillonné, travaillé, dessiné et découvert beaucoup de choses. J'ai réorganisé ma vie.

Et voilà 2015! 69 ans... l'année de mon entrée dans ma soixante-dixième année, dans les années septantes comme disent mes amis belges. Alors je vais fêter ça avec mes enfants, mes petits-enfants, mes frères et soeur, mes cousins, cousines et mes amis proches, je prépare une "cousinade" à Vincennes. Je vis chaque instant présent dans la bonne humeur.

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mercredi 18 juin 2014

ma pitchounette

Demain ma fille aura 33 ans. Je ne la verrai pas souffler ses bougies ni manger son gâteau mais je lui parlerai au téléphone et j'ai hâte qu'elle ouvre le paquet envoyé la semaine dernière avec le gilet que j'ai tricoté pour elle. Je suis émue chaque fois qu'un de mes enfants a un an de plus, un peu comme si j'avais gagné un morceau de vie, franchi une nouvelle étape...
Il y a quelques jours elle a choisi de faire couper ses cheveux courts. Elle m'a envoyé une photo et je retrouve le regard pétillant de la petite fille qu'elle était.

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Ça me rappelle la première fois où j'avais fait couper les cheveux bien courts. Je venais d'avoir 37 ans, Eve était encore à la crèche et m'avait regardée d'une drôle de façon avec un mouvement de recul quand j'étais venue la chercher avant de sauter dans mes bras! Demain c'est son anniversaire, la vie suit son cours et je suis fière de ma grande fille même si je dis souvent "ma puce", ma "poucette"ou même "pitchounette". Bon anniversaire ma fille!

vendredi 13 juin 2014

Les maisons de mon enfance

Lorsque je suis née mon père était un jeune ingénieur agronome pressé de mettre en pratique ses connaissances et avait acheté une ferme dans l'Oise, près de Clermont: Le Plessier. Nous y sommes nés tous les quatre et j'y ai vécu pendant 4 ans. Je me souviens seulement qu'un coq m'avait pincé le doigt passé à travers le grillage. Je sais aussi qu'à la ferme que le directeur de l'hôpital psychiatrique de Clermont était un grand ami de mes parents et confiait à mon père certains malades pour une ré-insertion par le travail à la ferme

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Je ne sais pas trop pourquoi mes parents ont déménagé en 1950 pour habiter Trois Etôts. Je crois que c'était pour répondre à un appel du Ministère de la Reconstruction qui cherchait des experts pour évaluer les dégâts agricoles du débarquement dans le Calvados, la Manche et l'Orne. Période de latence après la vente du Plessier? Formation donnée par le ministère? Nous sommes restés peu de temps dans cette petite maison de village que je suis retournée voir il y a peu de temps.

IMGP4243.JPGEn 1950 les maisons de Trois Etots n'étaient pas aussi "léchées, "devenue pour la plupart de coquettes résidences secondaires!

C'est ainsi que nous sommes arrivés en 1952 à Ryes en Normandie. J'en ai souvent parlé. Pourquoi ces années pourtant gravement troublées par la maladie de ma soeur sont-elles enchantées dans mes souvenirs? Est-ce parce que nous allions à pied à l'école pourtant située à presque 2km? parce que j'ai eu la liberté d'aller seule au catéchisme dans les chemins creux en face l'église? ou parce que j'y ai découvert le plaisir de lire et de pouvoir m'isoler, assise dans l'escalier ou blottie contre un arbre au fond du jardin? La maison de Ryes correspond à une période joyeuse et vivante où les frères et soeurs de Maman, les cousins, cousines et tous les amis de mes parents venaient souvent en vacances. Il y avait de grandes réunions de famille, des jeux dans le parc avec tous les oncles et tantes. Ryes est la plus belle période de mon enfance.

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Je crois que j'ai pleuré pendant tout le trajet le jour du déménagement. J'ai perdu mes amies et tous mes amoureux. Nouveaux chemins, nouvelle école. Je suis devenue gauche et timide avec mon accent normand. Je n'ai pas aimé l'installation en Seine et Marne. Insoumission, garçons, fugues, opposition, colères et révoltes se multiplièrent pendant mon adolescence. Mes parents désespérés par mon comportement à l'école m'ont envoyée chez un psychologue. Ensuite Papa me faisait des remontrances qui commençaient chaque fois de la même façon "Ma grande fille, pourquoi gâches-tu ta grande intelligence?". J'entendais qu'on parlait de moi au téléphone... Il y eut pourtant de bons moments, des amis, des amours et de nombreux secrets, des grandes et belles fêtes familiales. Papa travaillait beaucoup, gestion de la ferme et de la chasse, expertises au tribunal. Maman était disponible, Alfrédine et Denise nous avaient suivies, venues de Normandie pour aider Maman. Mais je me souviens surtout des interdictions et de ma tristesse d'alors, profondément cachée.

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C'est en 1974 que Papa cessa la gestion du Domaine des Bordes et continua les expertises pour le tribunal de Meaux. Denise était partie dans le Sud. J'étais à Vincennes. Marie- Claire s'était mariée et vivait à Meaux. Mes parents avaient fait construire une maison à l'extérieur du village sur un hectare de terrain pour éviter à Maman un voisinage trop proche et sur les hauteurs pour que Papa puisse optimiser son installation de radio-amateur. C'est là que je me suis mariée et mes deux frères après moi. Mes parents y sont restés jusqu'à la fin de leur vie.

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vendredi 6 juin 2014

Arromanches

6 juin 1944....Maman était dans la Sarthe, à la campagne, et s'occupait des enfants et petits enfants d'un vieux monsieur veuf. Papa avait rejoint sa ferme du Plessier après des heures de guerre comme radio-navigant. Ils ne se connaissaient pas encore mais avaient entendu parlé l'un de l'autre par leurs meilleurs amis respectifs. Le 27 mai 1944, Maman note dans l'agenda où elle écrivait chaque jour "Bernadette me parle de Marius". Le 6 juin elle écrit " débarquement anglais sur les côtes de la Manche entre 6h et 8h". C'est l'information arrivée à Saint Paul le Gauthier, il y a 70 ans.
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Les fêtes de commémoration me ramènent à Arromanches...Terrain de jeux de mon enfance, la plage et les dunes d'Arromanches étaient à moins de 3km de notre maison de Ryes. Nous y allions souvent et j'ai gardé un amour particulier pour cette grande belle plage dont j'ai parlé ici. Lorsque nous étions enfants, la plage et les abords n'étaient pas nettoyés comme maintenant, il y avait encore de nombreux pontons sur le sable et toutes sortes de débris métalliques qui obligeaient les parents à une grande vigilance. Nous nous mettions à l'abri du vent toujours derrière le même, à gauche de la plage en regardant la mer. Dans l'eau c'est un autre ponton qui délimitait notre terrain de baignade. Lorsque la mer montait, il nous fallait vite quitter le sable pour rejoindre la digue et les jeux se poursuivaient sur la falaise parsemée de trous d'obus. Un jour je me suis empalée sur une barre de fer rouillée qui fit dans ma cuisse un trou béant et blanc. Je suis tombée dans les pommes et j'ai oublié la suite. Soixante ans après j'ai toujours la cicatrice ronde au dessus du genou comme un souvenir du débarquement!

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Dix ans après le jour J qui imprégna mes jeunes années, avec tous les enfants de l'école, fière et le regard tendu vers la noire et brillante voiture présidentielle j'ai agité un drapeau tricolore sur le bord de la route pour le passage de René Coty venu inaugurer le musée du débarquement. Je m'en souviens encore. Depuis j'ai visité plusieurs fois ce musée qui est sans cesse modernisé et tout à fait remarquable. Arromanches, Saint Lô, Sainte Mère Eglise, Colleville, La pointe du Hoc, Ouistreham, partout autour de chez nous il fallait faire attention, partout restaient des traces de combat. De 1952 à 1958, mon père avec mon parrain Jacques et leur ami Jean, experts agricoles délégués auprès du ministère de la reconstruction, sillonnèrent la campagne, visitèrent les fermes et les villages, écoutèrent les gens parler de leur 6 juin 1944 afin d'évaluer les dégâts subis sur leurs terres et dans leurs exploitations. Même s'il ne nous disait pas tout à cause de notre jeune âge, nous étions chaque fois subjugués par les anecdotes héroïques ou terribles que nous rapportait Papa avec une incitation à détester la guerre.

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Des années après, ma soeur et mon beau-frère ont acheté une maison en Normandie, à quelques kilomètres d'Omaha Beach et je suis retournée plusieurs fois sur ces plages maintenant nettoyées. Tristan et Eve se rappellent sans doute avoir joué avec leurs cousines dans les larges trous de la pointe du Hoc maintenant verdoyants. J'ai pu voir l'été dernier le superbe Overland Museum à Colleville mais le plus émouvant pour moi reste le grand cimetière américain d'Omaha Beach et ses innombrables rangées de croix blanches qui donnent envie de se recueillir.

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mercredi 28 mai 2014

fête des mères

Dimanche les mamans ont reçu des cadeaux, des fleurs et de jolis dessins. Ma fille et mon fils ont pensé à moi. Je leur ai parlé au téléphone et j'ai reçu un très beau bouquet.

Drôle de vie que celle d'une mère! Que de douceur, de moments intimes et de soins dans la petite enfance, que d'attention et de vigilance pour les premiers pas et les premiers apprentissages, que d'inquiétude et de veilles pendant de longues années! Que d'heures passées à coudre ou tricoter, à fabriquer des déguisements ou des habits de poupées, à lire des histoires et à faire des câlins. Emerveillement.

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J'ai de beaux souvenirs de joies simples, de complicité et d'éclats de rires, de promenades et de jeux au bois, de piques-niques au parc floral, de copains que les parents me confiaient le mercredi puisque je ne travaillais pas et surtout des vacances, des belles journées ensoleillées, des baignades dans les torrents et des longues soirées sur les plages de Corse, des flâneries dans les vieux villages d'Ardèche et du vent sur les plages du Cotentin. Plénitude.

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Ensuite vient l'accompagnement dans les années d'école, de lycée et d' études supérieures, les oppositions et les réflexions sur la vie, le dosage du oui et du non, les réajustements, mises en garde, permissions et refus, sorties, permis de conduire, premières sorties en voiture, bouleversements et rencontres, éloignement et départ pour la vie d'adulte. L'oiseau sort du nid et prend son envol. Fierté d'avoir réussi à "fabriquer" des adultes autonomes et responsables. Tâche accomplie, la boucle est bouclée, le nid est vide. Gratitude, inquiétude, solitude.

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vendredi 2 mai 2014

la solitude de Maman

Ce week-end Eve et Tristan sont en Corse. Eve avec Franck, Tristan avec Camille et les enfants, tous se sont retrouveés chez Jean-Marie. Sauf moi. Alors hier je me suis sentie sans famille. Dans ces moments là je me sens très seule, mais surtout je comprends mieux la grande solitude de Maman les dernières années de sa vie et regrette de n'y avoir pas été assez attentive.
Nous sommes quatre frères et soeurs qui vivons en région parisienne et nous allions souvent voir nos parents, parfois tous ensemble car nous aimions nous retrouver, parfois à tour de rôle pour plus d'intimité. Lorque nous partions, mes parents sortaient nous dire au revoir jusqu'au portail et tous deux rentraient ensemble à la maison, Papa entourant souvent de son bras les épaules de Maman. Après la mort de Papa, Maman sortait du jardin jusqu'au bord de la route, faisait avec la main un signe d'au revoir jusqu'à ce que la voiture disparaisse... Les larmes me montent aux yeux car je sais maintenant quelle souffrance était la sienne quand elle montait les marches et rentrait seule dans la maison vide. A cette époque, j'étais dure et supportais mal toutes ses recommandations et la pression qu'elle mettait sur moi bien plus encore que sur les 3 autres, sans doute parce que j'avais toujours été rebelle mais aussi parce que je vivais sans mari et qu'elle tentait ainsi de me protéger. Pardon Maman de n'avoir pas tout compris! Je me suis bien rattrapée en cette année 2000 où je venais passer au moins deux après-midi par semaine à l'hôpital ou à la c clinique, à Avon, Moret puis à Montereau pour que tu te sentes entourée.

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J'ai donc rassemblé mes ressources intérieures et j'ai décidé d'aller à Valence. J'ai choisi un grand pot de terre, acheté des geraniums rouges et une touffe de campanules d'un bleu éclatant que ma mère aimait, et je suis partie pour le petit cimetière de ce village de Seine et Marne "voir mes parents" ou plus exactement fleurir leur tombe. C'est un endroit paisible entre deux jardins où fleurissent des arbres fruitiers. Il suffit de pousser la barrière surmontée d'une croix et de remonter l'allée pour s'asseoir sur un banc qui garde et regarde les sépultures. Il y avait des fleurs que mes frères ou ma soeur avaient déposées sur les tombes. J'ai gratté la terre, arraché les mauvaises herbes et planté sans avoir besoin d'arroser tant il pleuvait!

Je suis allée dans le village, un peu en pèlerinage au pays de mon adolescence bien que j'ai eu du mal à aimer Valence comme je l'ai déjà raconté ici. J'avais été tellement meurtrie de devoir quitter Ryes où mes amis étaient restés! Mes souvenirs sont plutôt du côté du lycée de Montereau, des camps de Guides, de la Ferme des Bordes ou des bois de Valence. Je suis passée devant la maison où vécurent mes parents lorsque Papa décida de quitter la ferme et de se consacrer à ses expertises auprès du tribunal. J'ai fait un tour à la Mare aux Usages jusqu'où marchait Maman. Il y avait hier beaucoup de boue sur les chemins, des sous-bois inondés mais pas de muguet à cueillir comme nous l'avions si souvent fait avec elle. Toutefois ce petit retour en arrière m'a rendue joyeuse et sereine.

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samedi 8 mars 2014

Femme qui court....

8 mars, journée des femmes, fête des femmes. Il est de bon ton d'en rire ou de la réduire par des propos sarcastiques. Dommage! C'est comme un étendard, un drapeau qu'on garde dans son armoire et qu'on sort pour la fête nationale. Les autres jours nous appartiennent mais le 8 mars est jour de fête. Quelle fierté d'être femme!

J'ai attendu pour naître que les femmes aient le droit de vote. Quand j'étais adolescente, Maman était "femme au foyer"et pensait que le travail des femmes était un scandale. Elle s'occupait beaucoup de nous, je me sentais surveillée, ne voulais pas être comme elle et courais après ma liberté. Je rêvais de travailler pour ne dépendre de personne. Etudiante je militais au MLF, j'assistais aux réunions de la mutualité, je manifestais pour notre liberté sexuelle, j'allais dans des endroits étranges voir un drôle de médecin pour obtenir "la" pilule encore interdite. J'étais une jeune femme légère et libre. J'avais choisi un métier que j'exercerai pendant 35 ans avec bonheur et j'épousai un photographe sans revenus, un artiste intelligent et beau.

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J'eus deux enfants. Lorsqu'ils étaient petits je courais après le temps! Pas le temps de m'arrêter, de me reposer et de regarder les nuages. Pas le temps de lire dessiner ni bloguer, de toutes façons il n'y avait ni internet ni ordinateur! Je m'accordais exceptionnellement un film à la télé le mardi soir avec un tricot ou un ourlet à terminer. Pas le temps de parler longtemps au téléphone mais heureusement il y avait la récré pour bavarder avec les copines! La période la plus speed fut celle des années d'école maternelle d'Eve. Les deux premiers mois elle déjeunait à la cantine comme son frère avant elle et comme moi depuis mes premières années d'enseignement. Cela me donnait le temps de travailler dans ma classe et de prendre le café avec mes collègues. Lorsque la maman d'une de mes élèves me dit que chaque midi en allant chercher sa plus jeune fille elle voyait ma fille pleurer et encore pleurer lorsqu'elle la raccompagnait, je retirai Eve de la cantine. La course s'accéléra mais on ne laisse pas sa fille de 3 ans pleurer tous les jours!

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La journée était remplie d'activités que je ne pouvais éviter. Mon mari était journaliste. Il ne s'occupait guère de la maison ni des enfants, en voyage ou enfermé dans son labo photo pièce de la maison qui lui était réservée. Préparation du petit déjeuner avant 7h, réveil des enfants, douche et p'tit déj, départ à l'école, retour à midi après avoir récupéré Eve à la maternelle, repas, retour à l'école, travail puis goûter généralement au bois. L'après-école était un moment de détente comme le mercredi après le ménage et les courses. Au petit square du bois, je retrouvais mes copines et mes enfants leurs copains. Et puis après le passage à la boulangerie sur le chemin du retour, il y avait le bain des enfants chacun à leur tour pendant que je préparais le dîner,le retour de Jean-Marie, le dîner, le coucher et l'extinction des feux à 20h30 après l'histoire du soir. Alors, je me replongeais dans mon travail, m'installais pour corriger les cahiers, préparer ma journée de classe, découpages, étiquettes de lecture, jeux mathématiques et modèles d'écriture pour mes chers petits CP. Peu de temps pour parler, pas de temps pour regarder un film, peu de temps pour lire, juste envie de dormir quand j'avais fini, vers 23h30, Ce furent de belles années malgré un emploi du temps meurtrier du couple. J'étais libre, très speed et maigre.

Maintenant je me sens parfois un peu seule mais je suis tout à fait libre! J'ai le temps de de prendre le temps. J'ai la chance de dormir longtemps, de traîner le matin, de lire, de méditer, de voir défiler les nuages, d'observer les oiseaux sur le rebord de ma fenêtre, d'écrire ou dessiner, de coudre, tricoter, de marcher au bois, de flâner dans Paris ou dans les rues de Vincennes, de partir plusieurs jours, d'aller au ciné, de voir mes amis... J'ai acquis douceur et rondeurs et je ne fais que ce que je veux. Pour combien de temps? je cours après le reste de ma vie, heureuse d'être une femme.

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lundi 3 mars 2014

3 mars 1977

Il y a 37 ans naissait le plus beau bébé du monde, le mien!

2014-03-03_08.42.47.jpg Tristan dans la journée du 3 mars

Et comme chaque année je me souviens de tout avec précision, de la layette que j'avais tricotée et préparée, du match que regardait Jean-Marie, des bottes que je ne voulais pas enfiler pour sortir, du décompte des contractions dans le taxi, de l'arrivée aux Diaconesses vers minuit, de l'examen de la Sage-femme, du renvoi du papa " monsieur, on la garde parce que c'est la nuit mais ce n'est pas pour maintenant, rentrez chez vous,vous avez le temps on vous appelera!" et du rappel une demi-heure plus tard pour qu'il assiste à la naissance. Je me souviens de la salle d'accouchement, de mes efforts, des douleurs, du renvoi de Jean-Marie "pas de photo svp", de la venue du médecin, du sang, de l'épuisement, des points de suture, et par dessus tout je me souviens de ce moment extraordinaire où l'on déposa le bébé emmitouflé tout contre moi. Trente sept ans après je ressens à l'évocation de ce souvenir la même onde immense de bonheur jamais ressentie auparavant et que je connaîtrai à nouveau 4 ans plus tard. C'était le 3 mars, il était 2h50

dimanche 9 février 2014

Riz au lait

Très souvent à l'heure où je passe récolter les bulletins du recensement dans les couloirs et les escaliers s'échappent des odeurs de potage, de grillade ou de pâtisserie. Ce soir là, dans un petit immeuble au fond d'un jardin, entre le quatrième et le cinquième étage, un parfum bien singulier emporta mon esprit...

C'est jeudi. Nous sommes rentrés de promenade avec Maman, nous avons joué tous les quatre puis goûté dehors et terminé nos devoirs. Ma mère tricote au son des Valses de Strauss tout en surveillant notre chère Alfrédine qui fait le mènage. Papa est parti ce matin dans le Cotentin pour une expertise et va rentrer tout à l'heure. Mes frères et ma soeur jouent tous les trois dans la pièce à jouets, et je peux m'isoler. Entre les étages, à l'endroit où la marche est plus large car l'escalier tourne, il y a un petit palier et c'est là que je lis. Assise sur le rebord de la grande fenêtre qui m'éclaire, je suis tranquille! Personne ne monte au deuxième étage sauf Papa dans la soirée "pour faire sa radio" lorsque nous sommes couchés car c'est dans la pièce la plus haut perchée de la maison, qu'est installé son équipement de radio-amateur.
La comtesse de Ségur me transforme en Bon petit diable. Du rez de chaussée monte une odeur écoeurante de lait chaud qui ne m'indispose pas tout à fait. Je m'émeus d'un chagrin, me révolte contre un sacrifice ou une injustice qui fait souffrir, j'accélère ma lecture et m'enfonce dans la vie d'un autre tandis qu'entre les pages se faufile une douce odeur caramélisée. Je ne respire qu'à la fin du chapitre et jette un regard sur le parc où s'ébattent les oiseaux. Hum! ce parfum qui caresse mes narines...mais oui! ça sent la cannelle, Maman a préparé du riz au lait pour le dessert!

lamaison2.jpgAu centre de la maison de Ryes , "MA" fenêtre donnait sur la pelouse du parc.

Parfois ma mère prévoyait une Turgoule. Le samedi matin, à Ryes,chacun pouvait porter la sienne chez le boulanger où madame Apodème la mettait à cuire un jour et une nuit entière dans son four à bois. Il suffisait de réserver sa place et le dimanche après la messe nous allions chercher le plat doré empli du mets précieux.

Je ne dois plus manger ni graisse ni lait mais je ne sais pas résister à la tentation d'un riz au lait. J'aime sa douceur fondante et le goût sucré qui s'étale dans le palais. Dés la première cuillère dans la bouche, c'est un cocon douillet où je me love, une sorte de lange de flanelle blanche, un nid de coton où je me retrouve bébé sous le regard de ma Maman. Le goût de l'enfance!

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