le blog de marie madeleine

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souvenirs

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mardi 7 juin 2016

Mon bois

Depuis quelques temps je vais plus au théâtre qu'au cinéma.Pourtant j'ai vu récemment deux films qui m'ont touchée, Julieta parce que c'est beau. Beau du début à la fin, tout est beau, les couleurs, les visages, la finesse des sentiments...J'ai beaucoup aimé

Et dimanche j'ai enfin vu le film de Claire Simon sur le bois de Vincennes, MON bois, celui où je marche plusieurs fois par semaine. C'est là que j'ai étudié dés janvier 1969 après mes années à la Sorbonne dans l'université de nos rêves qui a complètement disparu . C'est le bois que je traversais chaque jour lorsque j'habitais avec G et partais prendre le métro tôt le matin pour ma première année d'enseignement, celui où j'ai emmené promener mes enfants presque chaque jour après l'école et tous les mercredis. J'ai reconnu tous les endroits, la grande prairie derrière la garde républicaine, la plaine de Beethoven, le lac Daumesnil, celui de Saint-Mandé et mon lac préféré, celui des Minimes. J'ai vu les petits chemins et les fourrés aux alentours de la porte jaune, les allées où mes enfants ont fait leur premiers essais en vélo. J'ai reconnu les terrains de rugby du Polygone et les profondeurs où s'abritent les tentes des sans-abris. J'ai vu la rivière où j'emmenais mes élèves pécher des tétards, où mon fils est tombé dans l'eau gelée recouverte d'une couche de glace sous les yeux de gens terrifiés . J'ai admiré des images qui ressemblent aux photos que je fais lorsque l'herbe est blanchie ou lorsque les bourgeons s'ouvrent. J'ai seulement regretté l'absence de la Cartoucherie. Dommage aussi de ne pas montrer de rondes joyeuses, ni de pique-nique de nos familles autour d'une nappe fleurie. Il n'y a pas non plus le vieux manège derrière la mairie où se sont succédées 3 générations de petits vincennois. Manquent les chants d'oiseaux et l'observatoire... Malgré ce choix de la cinéaste qui a préféré mettre en lumière des aspects plus secrets, j'ai passé un très bon moment en regardant "Le bois dont les rêves sont faits".

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jeudi 3 mars 2016

1977

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Il y a 39 ans je devenais maman pour la première fois. La vie était un enchantement je ne savais pas encore qu'elle pouvait nous faire souffrir. Je n'imaginais pas qu'il pourrait un jour connaître des moments difficiles lui aussi, ce bébé rieur. Pendant quelques jours, quelques mois, quelques années, il fut le centre de notre vie, jusqu'à la naissance de la deuxième merveille du monde, sa sœur. Il fut entouré de soins, d'attentions et d'amour. C'était un bébé facile qui fit ses nuits au bout d'une semaine, dès le retour de la maternité. Ce fut un enfant joyeux, serviable et généreux et je serai contente qu'il le reste toujours. C'est un adulte responsable qui m'étonne parfois par la maturité de ses réflexions. Normal, il entre dans sa 40e année! J'aimerais tant qu'il puisse sortir plus fort de chaque épreuve que la vie lui impose comme elle l'a fait pour moi, pour son père et pour chacun d'entre nous.
Bon anniversaire mon fils.

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jeudi 28 janvier 2016

La plus grande

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Tu étais la plus grande, l'aînée, la seule enfant qui assista au mariage de mes parents, privilège qui me rendait à la fois admirative et un peu jalouse. Nous t'appelions Mi-France, c'était affectueux mais tu n'avais rien d'une mi-femme. Maman te citait en exemple, souvent, car tu ne te grisais pas d'idées folles, vivais religieusement et sainement et avais épousé un vrai bon chrétien, Joseph, avec qui tu as créé une grande et belle famille.

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Tu avais six ans de plus que moi et nous n'avions pas grand chose en commun toutes les deux mais tu étais ma grande cousine, celle qui était tout en haut des marches du perron pour la photo chez Bon Papa et Mamée alors que les "petits" n'étaient pas encore nés, et surtout tu as été la première demoiselle d'honneur de Maguy pour son mariage. Tu étais la première descendante, notre tête de liste en somme, et ça c'était admirable.

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Après toi Marie-France, il y eut François, Jean-Marc, Marie-Liesse, Marie-Madeleine (moi), Marie-Claire, Catherine, Dominique, Pierre, François, Marie-Noëlle, Patrick, Maurice, Jean-Louis, Marc, Loïc, l'autre François juste après la petite Françoise qui bébé, avait rejoint les anges selon nos parents, Emmanuel, Christophe, Marie-Joëlle, Matthieu, 21 cousins et cousines, souvent réunis par nos parents à Neuilly, Versailles, Sèvres, à Ryes puis à Valence. Entre Mathieu et toi il y a tout juste vingt ans -1940-1960-
Je suis triste car tu viens de rejoindre un autre monde et de retrouver tes parents, tes oncles et tantes, Dominique et Jean-Louis, nos cousins partis trop jeunes, ma chère Maly, ta soeur, et ton frère François, l'aîné des garçons. Avec ceux qui sont encore là, j'irai te dire adieu et dire à tes enfants et à ton mari que tu garderas toujours dans nos coeurs l'auréole de "Notre grande cousine".

dimanche 24 janvier 2016

Gratitude

Aujourd'hui est le dernier jour de mes 69 ans, demain je deviens septuagénaire, wouah, quelle affaire! Tristan me demandait tout à l'heure si ça me faisait quelque chose. Oui bien sûr! Comme toujours je suis contente de fêter mon anniversaire mais cette année, tout de même, pour la première fois j'ai conscience de vieillir et je suis fière d'être dejà arrivée jusque là.

001.jpg1946- Le plessier à Saint Aubin sous Erquery

Merci Papa et merci Maman pour ce beau cadeau qu'est la vie. C'est à vous que je dois d'être là, joyeuse et en forme le dernier jour de mes années sex. Merci de m'avoir offert ce patrimoine génétique qui m'a gardée en bonne santé malgré l'inflammation de mes articulations, merci de m'avoir offert une silhouette agréable, la peau fine et des cheveux résistants.
Désolée Maman, de t'avoir fait souffrir dés ma naissance et d'avoir provoqué une septicémie tellement grave que tu as dû rester trois mois allongée sans presque pouvoir me toucher. Je te remercie d'avoir lutté pour rester en vie et d'avoir bravé les médecins qui t'interdisaient d'enfanter à nouveau. Merci de m'avoir donné une sœur et deux frères. Il y a bien des moments où je me serais volontiers passée de ces trois là! Ils étaient "les petits" et ne me lâchaient pas d'une semelle mais grâce aux livres j'ai pu leur échapper parfois. A Ryes, vous saviez tous les deux que je me réfugiais au deuxième étage. Merci Papa d'avoir autorisé ma cachette sous ta table de radio-amateur. Lorsque tu t'y rendais en fin d'après midi ou le dimanche, tu m'évacuais gentiment et je m'installais sur le rebord de fenêtre du palier. Merci de t'être interposé lorsque "les autres" venaient me déranger. Merci Maman d'avoir protégé mes lectures en leur demandant de me laisser tranquille.

les4a.jpg 1957 ou 58, sans doute à Ryes

Désolée d'avoir râlé lorsque tu m'appelais pour passer à table ou participer au rangement de notre pièce à jouets. Pardon d'avoir piqué tant de colères! Désolée d'avoir été si rebelle et si préoccupée par les garçons dés l'âge de 8 ans que vous m'avez conduite jusqu'à Caen pour consulter un psychologue. Je me souviens des tests et de votre admiration pour moi lorsque vous avez reçu les résultats! Pardon de vous avoir causé tant de soucis lorsque je fus renvoyée de Jeanne d'Arc puis de l'Assomption, pardon d'avoir été si souvent convoquée au conseil de discipline du lycée. Pardon Maman de n'avoir pas baissé les yeux lorsque tu me reprenais, pardon d'avoir réagi violemment, de m'être isolée et sauvée trop souvent. Merci Papa d'être venu chaque fois à ma recherche alors que j'étais cachée dans les fossés persuadée qu'on ne m'aimait pas autant que les autres, merci de m'avoir rassurée. Désolée Maman d'avoir porté des jupes trop courtes à ton goût, d'avoir laissé mes cheveux longs et roulé mes cigarettes comme Papa. Désolée d'avoir fui la religion que tu aimais tant et qui fut un carcan pour moi, pardon de t'avoir effrayée parce que j'aimais tout ce qui était péché. Pardon d'avoir heurté vos convictions et d'avoir divorcé. Pardon de vous avoir causé beaucoup d'inquiétude tant j'étais différente de la jeune fille que vous aviez imaginée et peut-être rêvée. Marie-Claire heureusement a mieux su répondre à vos attentes. C'est ce que me rappela Jane récemment qui devint mon amie parce qu'elle aimait mes bêtises et mon insolence.

1968.jpg 1968- Ferme des Bordes, Valence en brie

Mais surtout j'ai envie de vous remercier tous les deux pour ce que je suis. Merci de m'avoir enseigné les bonnes manières et un vrai savoir-vivre, de m'avoir appris la tolérance et le respect des différences. Merci d'avoir été un modèle de parents attentifs et patients, de nous avoir permis de grandir sans tape ni fessée contrairement à beaucoup de nos amis. Merci Papa d'avoir compris mes colères et de les avoir calmées. Merci Maman de m'avoir appris à écrire, à coudre et tricoter, à dessiner, chanter, jouer...Merci de m'avoir donné le sens de la bienveillance et de la générosité, de l'honneteté, de l'harmonie et de l'élégance. Merci pour la force intérieure et pour cette belle énergie qui me permet de faire tout ce que j'aime. Par-dessus tout merci Papa et Maman de m'avoir transmis une profonde joie de vivre qui m'a aidée à franchir les difficultés et me permet de ressentir aujourd'hui, à la veille de mes 70 ans (frrr...ça fait tout de même bizarre ) une immense gratitude.

vendredi 27 novembre 2015

facile!!

Je viens de changer mes draps avant de prendre la route pour la Normandie et depuis quelques mois ce n'est plus une corvée...

Notre première couette nous fut offerte en 1974, en cadeau e mariage. Nous l'avions repérée chez Habitat car c'était le seul endroit où nous pouvions en trouver sans aller dans les pays nordiques. Ikéa n'est arrivé en France qu'en 1981, l'année Mitterrand, et surtout l'année de naissance de ma fille et de ses deux cousines. Nous étions les seuls parmi nos amis à dormir sous une couette. Certains pensaient que c'était une drôle d'idée. Quel couchage douillet et confortable! Quelle facilité pour faire le lit! D'ailleurs l'utilisation de ce couchage s'est développée comme une traînée de poudre et l'usage de la couette est devenu banal. Par contre il me fallait de l'aide pour changer la housse. La retourner comme un coussin me faisait mal aux poignets. C'était la femme de ménage qui le faisait et lorsque je m'en suis passée pour des raisons économiques, quelques années après mon divorce, j'ai pris l'habitude de glisser mes bras au fond de la housse et d'y glisser la couette petit à petit sans la retourner. Même chose par la suite pour les couette des enfants qui les aimaient grandes et bien enveloppantes
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Un jour Tristan me voit changer la housse et me dit " Maman, Pourquoi ne fais-tu pas comme nous? tu mets la housse à l'envers et Hop! tu la retournes d'un geste " Oui mon fils, comme un coussin bien sûr, mais ni Camille ni toi n'avez mes poignets abîmés et mes épaules douloureuses! Voilà pourquoi je fais d'une autre façon, pas très commode je l'avoue mais sans douleur. Et voilà que grâce à Facebook, j'ai découvert une méthode qui me permet de changer la housse bien plus facilement. Regardez ici.
Ultra facile!! Que n'y ai-je pensé auparavant?

mercredi 11 novembre 2015

Souvenirs

Tourné vers mes commencements, je m'aperçois qu'ils ne surnagent dans ma mémoire que sous forme de moments épars, comme dans un naufrage les agrès qu'on voit flotter encore à la surface de la mer, quand le bâtiment lui-même a coulé. Quelques souvenirs seulement, ça et là, que je n'ai pas choisis, qui ont émergé d'eux-mêmes, séparés les uns des autres par de grands intervalles ; mais pourquoi brillent-ils ainsi, et d'un éclat d'autant plus vif qu'une plus grande nuit les entoure ?

C.-F. Ramuz (Découverte du monde)

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J'ai été bouleversée la semaine dernière lorsque j'ai vu le film de Maïwen " Mon Roi". On m'avait dit que c'est un très beau film mais j'aurais pu ne pas le voir! Il m'a emportée 26 ans en arrière et j'ai été plongée dans la période la plus difficile de ma vie... Après les découvertes, les joies, les jeux et l'insouciance, après les enfants et les moments heureux, il n'y avait eu ni drogues ni addictions mais trahisons et humiliations, déceptions qui suivent un espoir insensé, bref! une souffrance immense. Je n'avais cassé alors ni jambe ni genou, mais le moteur de mon camping-car, deux fois de suite à un mois d'écart. J'ai ressenti un moment grâce au jeu sensible d'Emmanuelle Bercot, exactement ce que j'ai vécu au début des années 1980. Seuls ceux qui n'ont jamais soufferts dans leur couple peuvent dire que c'est excessif. Brrr!

Heureusement les années ont passé et après un long travail de pardon j'ai rangé dans ma mémoire tout ce qui est inutile. Oublié? Non bien sûr, mais j'ai classé comme des documents les souffrances d'antan, regardé les bons souvenirs et retrouvé la paix et la joie, la vraie joie profonde, sans illusion ni désillusion.

mercredi 16 septembre 2015

Maly

Tu étais la grande, j'étais la petite. Nos mamans étaient sœurs et ravies de notre entente. Lorsque nous étions enfants, tu faisais attention à moi. Plus tard ,nous fuyions les autres pour nous faire des confidences. Lorsque j'étais étudiante, tu m'as trouvé un job avec toi en été. Nous avons pris un moment des chemins différents puis nous nous sommes retrouvées. Tu as beaucoup souffert et tu t'es échappée...
Quand je passe dans les quartiers où tu as vécu, rue Lecourbe ou vers la place Clichy, lorsque je vais du côté de Neuilly et descends aux Sablons, quand je vois deux fillettes se donner la main, lorsque j'ai préparé la cousinade du 11 avril, lorsque j'ai croisé une autre Marie-Liesse, souvent, très souvent, je pense à toi.

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Mes pieds ne touchent pas terre, je n'ai pas encore 2 ans et toi du haut de tes 3 ans, tu me tiens par la main pour m'empêcher de tomber. Ainsi commença notre amitié. Bon anniversaire Maly!
...et bon anniversaire aussi à notre grand-mère maternelle née le même jour que toi des années auparavant et dont pendant un an j'ai partagé la vie à Versailles fort agréablement

vendredi 19 juin 2015

Eve

Pour la trente quatrième fois j'ai souhaité ce matin un bon anniversaire à ma fille. Chaque anniversaire de mes enfants est à la fois source d'étonnement et d'émerveillement. Ils étaient si petits et sont devenus si grands, tellement adultes!!

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Bébé joyeux, Eve est toujours aussi merveilleuse. Enfant rieur, Tristan est lui aussi toujours formidable, et la seule chose que j'ai envie d'écrire est merci. Merci à mes grands-parents et mes parents, merci à mes beaux-parents et surtout merci à Jean-Marie de m'avoir donné de tels enfants. Bon anniversaire ma fille!

pere.jpgJean-Marie avec Tristan en mars 1977, avec Eve fin août 1981

lundi 20 avril 2015

Maman-1915/2015

MAMAN aurait 100 ans aujourd'hui. Reine-Marie, fille de Lucien et de Madeleine est née dans le XIV ème arrondissement le 20 avril 1915, première d'une famille de 7 enfants.

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Lorsque je pars de chez moi, c'est généralement dans l'ascenseur que je vérifie mon look et remets du rouge à lèvres. Il y a quelques mois, j'ai eu une impression bizarre, une sorte de vision fugitive. En me regardant, j'ai vu Maman. Bien sûr je n'ai pas vu Maman enfant ou demoiselle d'honneur à 20 ans, j'ai vu Maman en moi à mon âge. Et c'est vrai que je lui ressemble, même regard sans les yeux bleus, même ondulation sur la mèche de devant, mêmes premiers cheveux blancs à 60 ans, même sommeil "comme un bébé", même élan de vie.

Certes je n'ai jamais eu les mêmes aspirations qu'elle qui pensait qu'une femme devait rester au foyer, comprenait mal que les femmes travaillent et se demandait pourquoi elles votaient car la politique était l'affaire des hommes. Elle avait choisi de quitter sa vie de l'ouest parisien pour vivre à la campagne et aurait adoré le "coin perdu au bord d'une rivière" où vit Tristan. Voilà que sa fille aînée rêvait de voisins et d'activités citadines! Maman avait un goût presque nostalgique du passé,et voilà que sa fille aînée lançait des pavés et chantait l'internationale! Elle était attachée à la famille qu'elle regroupait souvent, aux traditions et à la bienséance. Voilà que sa fille aînée fumait, roulait ses cigarettes comme un camionneur, était maigre et païenne... Beaucoup d'incompréhension encore quand j'ai décidé de divorcer alors qu'une femme est "faite pour suivre son mari dans tous les cas"!

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Longtemps il y eut dans ma vie des traces de mes chagrins de la toute petite fille qui aurait aimé plus de câlins mais n'osait ni le dire ni le montrer car elle était l'aînée de quatre enfants, la "grande" dès 3ans 1/2! Pourtant Maman m'a appris à vivre. C'est Maman qui m'a appris à marcher, à parler, à coudre, à dessiner, à tricoter et chanter, qui m'a donné les règles du goût, du savoir-vivre, le sens des couleurs, m'a montré les bienfaits de la nature et le respect des autres particulièrement de nos aînés. Par-dessus tout, Maman m'a fait à la naissance un cadeau inestimable. En se penchant sur mon berceau, elle m'a transmis un talent qui la caractérisait, une joie de vivre et une grande générosité naturelle et spontanée que j'ai offerte à mes enfants et qui je l'espère se transmettra de génération en génération.

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Merci Maman. Là-haut, penchée au balcon du ciel, tu as dû être heureuse le 12 avril, de voir réunis tous les descendants de tes parents et de ta famille, tes enfants et tes neveux et nièces.

mardi 3 mars 2015

éblouissement

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Ce matin Tristan m'a envoyé une photo des premiers crocus tout juste sortis dans son jardin après la fonte des neiges. Il est content, c'est son premier cadeau d'anniversaire. Aujourd'hui il a 38 ans. Quelle incroyable histoire!
Je demandais dimanche dernier à ma fille de m'excuser de lui parler trop souvent du 3 mars ces derniers jours et mon fils m'excusera de lui rabâcher les oreilles de l'anniversaire de sa soeur dans quelques semaines. Toute mère le sait, la naissance d'un enfant est une aventure. C'est une révolution. Ce fut un bouleversement du corps et de l'esprit de la jeune femme que j'étais, un peu la naissance de mon "petit Jésus", mon Noël en somme. Le 3 mars 1977 et le 19 juin 1981 sont les jours les plus extraordinaires de ma vie. Mon premier enfant fut un éblouissement parce que c'était le premier, la deuxième parce que la peur de ne pas l'aimer autant que le premier s'en est allée dés que je l'ai entendue crier et sentie contre moi. C'est inimaginable comme la capacité d'amour augmente instantanément! Et c'est ensuite que l'aventure commence puisqu'il s'agit de guider chacun jusqu'à l'âge adulte puis de constater le résultat :-)

dimanche 1 mars 2015

Février

Encore une fois février s'en est allé. Pour la vingt-sixième fois depuis cette année là. J'y pense parfois. L'année terrible, l'année du choc qui changea ma vie et mes pensées. Trahison d'un mari et trahison d'une amie. La trahison de l'amie est ce qu'il y a de pire, surtout lorsqu' elle devient ennemie, vous insulte et vous accuse. Innimaginable! Incompréhensible! début d'une longue série, appels anonymes, voix de femmes qui disent des horreurs, attentes, espoirs déçus, inquiétudes et solitude. Ne pas dire, ne pas montrer aux enfants, aux amis, aux parents...honte des larmes et des souffrances. Attendre la fin d'un mois, puis d'un autre, de l'année puis d'une autre comme une délivrance qui n'arrive pas. Longues années de maigreur et de dépression. Puis le ciel s'est éclairci, et les années se sont illuminées. Des rencontres et des amitiés ont accueilli les sourires renforcés. La vie s'est remise à chanter. Maintenant je sais que c'est une chance, que jamais je ne serais devenue celle que je suis sans cette traversée!

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C'est la même chose pour mes enfants. Je m'en suis voulue du mal que nous leur avons fait et je suis fière de ce qu'ils sont devenus, de ce qu'ils font de leur vie. Ils ont surmonté des moments douloureux. Ils ont vécu nos souffrances, entendu nos disputes, ils m'ont vue ne plus faire la cuisine et les laisser regarder la télé, ils m'ont vue pleurer et crier même si je tentais de me cacher. Ils n'ont pas su que je voulais mourir mais ils m'ont vue m'enfuir chez des amis pour tenter de survivre. Mes enfants courageux! Ils ont surmonté les années de galère, le divorce et le déménagement. Maintenant je suis heureuse de l'attention et de l'affection qu'ils montrent à leur père, du soutien qu'ils lui apportent pour l'aider dans sa maladie. Je suis vraiment fière d'eux.

lundi 26 janvier 2015

ma dernière année sex...

J'ai fêté hier mon anniversaire. Je ne sais pourquoi chaque fois que je change d'âge, je suis déjà dans l'année suivante. J'ai toujours aimé les années impaires, à fortiori lorsque je m'approche d'une dizaine. Encore maintenant, j'aime le jour de mon anniversaire, les cartes, les fleurs, les coups de fil et les cadeaux, et le chant de mes petits-enfants.

Le 25 janvier 1955, nous habitions Ryes, en Normandie et j'étais fière d'avoir bientôt 10 ans. Nous venions de nous faire vacciner de la variole, je ne savais pas encore que deux semaines plus tard ma soeur serait hospitalisée dans le coma, que pendant trois mois je m'endormirais chaque soir en récitant un rosaire parce que je ne penserais plus qu'à sa guérison improbable.

En 1965, j'étais à La Sorbonne. J'habitais Versailles chez ma grand-mère pendant la semaine et ne retournais que le week-end chez Papa et Maman. Je m'entendais bien avec Mamée et j'aimais bien ma vie chez elle, j'avais toujours révé de vivre en ville, j'aimais le train, la Gare de Lyon, le métro, la fac, le Boul'Mich et les cafés de la rue Mazarine.

IMG_0003.jpgEn vacances dans les landes à la fin des années 60

En 1975, je vivais à Vincennes depuis presque 10 ans. J'étais mariée depuis six mois avec Jean-Marie. Il était beau et intelligent, sans foi ni loi, et sans travail hélas. J'étais amoureuse, nous ne nous quittions guère. J'enseignais et j'aimais mon métier. l'été nous allions à Val d'Isère où il encadrait les safaris photos. Ce furent de belles années.

En 1985,Tristan et Eve m'ont aidée à souffler les bougies. Ils avaient presque 8 et 4 ans. J'étais une Maman heureuse, active et comblée. J'aimais aussi ma classe et mes petits CP. Bien sûr je ne m'attendais pas à ce que ma vie bascule quatre ans plus tard!

En 1995 j'étais directrice, je sortais d'années sombres et dépressives et commençais à remonter la pente. Papa nous avait quittés depuis 2 ans, l'année de mon divorce officiel et de mon déménagement. J'avais rencontré Jean-François qui était séduisant, prévenant et attentif et j'avais arrêté de fumer depuis 6 mois. J'ai retrouvé ma joie de vivre.

En 2005, les enfants avaient quitté la maison, Tristan était déjà dans ses montagnes. Depuis 5 ans Maman avait rejoint Papa, au paradis sans doute. J'avais quitté JF, découvert l'impro et le clown, j'ai papillonné, travaillé, dessiné et découvert beaucoup de choses. J'ai réorganisé ma vie.

Et voilà 2015! 69 ans... l'année de mon entrée dans ma soixante-dixième année, dans les années septantes comme disent mes amis belges. Alors je vais fêter ça avec mes enfants, mes petits-enfants, mes frères et soeur, mes cousins, cousines et mes amis proches, je prépare une "cousinade" à Vincennes. Je vis chaque instant présent dans la bonne humeur.

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mercredi 18 juin 2014

ma pitchounette

Demain ma fille aura 33 ans. Je ne la verrai pas souffler ses bougies ni manger son gâteau mais je lui parlerai au téléphone et j'ai hâte qu'elle ouvre le paquet envoyé la semaine dernière avec le gilet que j'ai tricoté pour elle. Je suis émue chaque fois qu'un de mes enfants a un an de plus, un peu comme si j'avais gagné un morceau de vie, franchi une nouvelle étape...
Il y a quelques jours elle a choisi de faire couper ses cheveux courts. Elle m'a envoyé une photo et je retrouve le regard pétillant de la petite fille qu'elle était.

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Ça me rappelle la première fois où j'avais fait couper les cheveux bien courts. Je venais d'avoir 37 ans, Eve était encore à la crèche et m'avait regardée d'une drôle de façon avec un mouvement de recul quand j'étais venue la chercher avant de sauter dans mes bras! Demain c'est son anniversaire, la vie suit son cours et je suis fière de ma grande fille même si je dis souvent "ma puce", ma "poucette"ou même "pitchounette". Bon anniversaire ma fille!

vendredi 13 juin 2014

Les maisons de mon enfance

Lorsque je suis née mon père était un jeune ingénieur agronome pressé de mettre en pratique ses connaissances et avait acheté une ferme dans l'Oise, près de Clermont: Le Plessier. Nous y sommes nés tous les quatre et j'y ai vécu pendant 4 ans. Je me souviens seulement qu'un coq m'avait pincé le doigt passé à travers le grillage. Je sais aussi qu'à la ferme que le directeur de l'hôpital psychiatrique de Clermont était un grand ami de mes parents et confiait à mon père certains malades pour une ré-insertion par le travail à la ferme

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Je ne sais pas trop pourquoi mes parents ont déménagé en 1950 pour habiter Trois Etôts. Je crois que c'était pour répondre à un appel du Ministère de la Reconstruction qui cherchait des experts pour évaluer les dégâts agricoles du débarquement dans le Calvados, la Manche et l'Orne. Période de latence après la vente du Plessier? Formation donnée par le ministère? Nous sommes restés peu de temps dans cette petite maison de village que je suis retournée voir il y a peu de temps.

IMGP4243.JPGEn 1950 les maisons de Trois Etots n'étaient pas aussi "léchées, "devenue pour la plupart de coquettes résidences secondaires!

C'est ainsi que nous sommes arrivés en 1952 à Ryes en Normandie. J'en ai souvent parlé. Pourquoi ces années pourtant gravement troublées par la maladie de ma soeur sont-elles enchantées dans mes souvenirs? Est-ce parce que nous allions à pied à l'école pourtant située à presque 2km? parce que j'ai eu la liberté d'aller seule au catéchisme dans les chemins creux en face l'église? ou parce que j'y ai découvert le plaisir de lire et de pouvoir m'isoler, assise dans l'escalier ou blottie contre un arbre au fond du jardin? La maison de Ryes correspond à une période joyeuse et vivante où les frères et soeurs de Maman, les cousins, cousines et tous les amis de mes parents venaient souvent en vacances. Il y avait de grandes réunions de famille, des jeux dans le parc avec tous les oncles et tantes. Ryes est la plus belle période de mon enfance.

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Je crois que j'ai pleuré pendant tout le trajet le jour du déménagement. J'ai perdu mes amies et tous mes amoureux. Nouveaux chemins, nouvelle école. Je suis devenue gauche et timide avec mon accent normand. Je n'ai pas aimé l'installation en Seine et Marne. Insoumission, garçons, fugues, opposition, colères et révoltes se multiplièrent pendant mon adolescence. Mes parents désespérés par mon comportement à l'école m'ont envoyée chez un psychologue. Ensuite Papa me faisait des remontrances qui commençaient chaque fois de la même façon "Ma grande fille, pourquoi gâches-tu ta grande intelligence?". J'entendais qu'on parlait de moi au téléphone... Il y eut pourtant de bons moments, des amis, des amours et de nombreux secrets, des grandes et belles fêtes familiales. Papa travaillait beaucoup, gestion de la ferme et de la chasse, expertises au tribunal. Maman était disponible, Alfrédine et Denise nous avaient suivies, venues de Normandie pour aider Maman. Mais je me souviens surtout des interdictions et de ma tristesse d'alors, profondément cachée.

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C'est en 1974 que Papa cessa la gestion du Domaine des Bordes et continua les expertises pour le tribunal de Meaux. Denise était partie dans le Sud. J'étais à Vincennes. Marie- Claire s'était mariée et vivait à Meaux. Mes parents avaient fait construire une maison à l'extérieur du village sur un hectare de terrain pour éviter à Maman un voisinage trop proche et sur les hauteurs pour que Papa puisse optimiser son installation de radio-amateur. C'est là que je me suis mariée et mes deux frères après moi. Mes parents y sont restés jusqu'à la fin de leur vie.

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vendredi 6 juin 2014

Arromanches

6 juin 1944....Maman était dans la Sarthe, à la campagne, et s'occupait des enfants et petits enfants d'un vieux monsieur veuf. Papa avait rejoint sa ferme du Plessier après des heures de guerre comme radio-navigant. Ils ne se connaissaient pas encore mais avaient entendu parlé l'un de l'autre par leurs meilleurs amis respectifs. Le 27 mai 1944, Maman note dans l'agenda où elle écrivait chaque jour "Bernadette me parle de Marius". Le 6 juin elle écrit " débarquement anglais sur les côtes de la Manche entre 6h et 8h". C'est l'information arrivée à Saint Paul le Gauthier, il y a 70 ans.
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Les fêtes de commémoration me ramènent à Arromanches...Terrain de jeux de mon enfance, la plage et les dunes d'Arromanches étaient à moins de 3km de notre maison de Ryes. Nous y allions souvent et j'ai gardé un amour particulier pour cette grande belle plage dont j'ai parlé ici. Lorsque nous étions enfants, la plage et les abords n'étaient pas nettoyés comme maintenant, il y avait encore de nombreux pontons sur le sable et toutes sortes de débris métalliques qui obligeaient les parents à une grande vigilance. Nous nous mettions à l'abri du vent toujours derrière le même, à gauche de la plage en regardant la mer. Dans l'eau c'est un autre ponton qui délimitait notre terrain de baignade. Lorsque la mer montait, il nous fallait vite quitter le sable pour rejoindre la digue et les jeux se poursuivaient sur la falaise parsemée de trous d'obus. Un jour je me suis empalée sur une barre de fer rouillée qui fit dans ma cuisse un trou béant et blanc. Je suis tombée dans les pommes et j'ai oublié la suite. Soixante ans après j'ai toujours la cicatrice ronde au dessus du genou comme un souvenir du débarquement!

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Dix ans après le jour J qui imprégna mes jeunes années, avec tous les enfants de l'école, fière et le regard tendu vers la noire et brillante voiture présidentielle j'ai agité un drapeau tricolore sur le bord de la route pour le passage de René Coty venu inaugurer le musée du débarquement. Je m'en souviens encore. Depuis j'ai visité plusieurs fois ce musée qui est sans cesse modernisé et tout à fait remarquable. Arromanches, Saint Lô, Sainte Mère Eglise, Colleville, La pointe du Hoc, Ouistreham, partout autour de chez nous il fallait faire attention, partout restaient des traces de combat. De 1952 à 1958, mon père avec mon parrain Jacques et leur ami Jean, experts agricoles délégués auprès du ministère de la reconstruction, sillonnèrent la campagne, visitèrent les fermes et les villages, écoutèrent les gens parler de leur 6 juin 1944 afin d'évaluer les dégâts subis sur leurs terres et dans leurs exploitations. Même s'il ne nous disait pas tout à cause de notre jeune âge, nous étions chaque fois subjugués par les anecdotes héroïques ou terribles que nous rapportait Papa avec une incitation à détester la guerre.

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Des années après, ma soeur et mon beau-frère ont acheté une maison en Normandie, à quelques kilomètres d'Omaha Beach et je suis retournée plusieurs fois sur ces plages maintenant nettoyées. Tristan et Eve se rappellent sans doute avoir joué avec leurs cousines dans les larges trous de la pointe du Hoc maintenant verdoyants. J'ai pu voir l'été dernier le superbe Overland Museum à Colleville mais le plus émouvant pour moi reste le grand cimetière américain d'Omaha Beach et ses innombrables rangées de croix blanches qui donnent envie de se recueillir.

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mercredi 28 mai 2014

fête des mères

Dimanche les mamans ont reçu des cadeaux, des fleurs et de jolis dessins. Ma fille et mon fils ont pensé à moi. Je leur ai parlé au téléphone et j'ai reçu un très beau bouquet.

Drôle de vie que celle d'une mère! Que de douceur, de moments intimes et de soins dans la petite enfance, que d'attention et de vigilance pour les premiers pas et les premiers apprentissages, que d'inquiétude et de veilles pendant de longues années! Que d'heures passées à coudre ou tricoter, à fabriquer des déguisements ou des habits de poupées, à lire des histoires et à faire des câlins. Emerveillement.

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J'ai de beaux souvenirs de joies simples, de complicité et d'éclats de rires, de promenades et de jeux au bois, de piques-niques au parc floral, de copains que les parents me confiaient le mercredi puisque je ne travaillais pas et surtout des vacances, des belles journées ensoleillées, des baignades dans les torrents et des longues soirées sur les plages de Corse, des flâneries dans les vieux villages d'Ardèche et du vent sur les plages du Cotentin. Plénitude.

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Ensuite vient l'accompagnement dans les années d'école, de lycée et d' études supérieures, les oppositions et les réflexions sur la vie, le dosage du oui et du non, les réajustements, mises en garde, permissions et refus, sorties, permis de conduire, premières sorties en voiture, bouleversements et rencontres, éloignement et départ pour la vie d'adulte. L'oiseau sort du nid et prend son envol. Fierté d'avoir réussi à "fabriquer" des adultes autonomes et responsables. Tâche accomplie, la boucle est bouclée, le nid est vide. Gratitude, inquiétude, solitude.

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vendredi 2 mai 2014

la solitude de Maman

Ce week-end Eve et Tristan sont en Corse. Eve avec Franck, Tristan avec Camille et les enfants, tous se sont retrouveés chez Jean-Marie. Sauf moi. Alors hier je me suis sentie sans famille. Dans ces moments là je me sens très seule, mais surtout je comprends mieux la grande solitude de Maman les dernières années de sa vie et regrette de n'y avoir pas été assez attentive.
Nous sommes quatre frères et soeurs qui vivons en région parisienne et nous allions souvent voir nos parents, parfois tous ensemble car nous aimions nous retrouver, parfois à tour de rôle pour plus d'intimité. Lorque nous partions, mes parents sortaient nous dire au revoir jusqu'au portail et tous deux rentraient ensemble à la maison, Papa entourant souvent de son bras les épaules de Maman. Après la mort de Papa, Maman sortait du jardin jusqu'au bord de la route, faisait avec la main un signe d'au revoir jusqu'à ce que la voiture disparaisse... Les larmes me montent aux yeux car je sais maintenant quelle souffrance était la sienne quand elle montait les marches et rentrait seule dans la maison vide. A cette époque, j'étais dure et supportais mal toutes ses recommandations et la pression qu'elle mettait sur moi bien plus encore que sur les 3 autres, sans doute parce que j'avais toujours été rebelle mais aussi parce que je vivais sans mari et qu'elle tentait ainsi de me protéger. Pardon Maman de n'avoir pas tout compris! Je me suis bien rattrapée en cette année 2000 où je venais passer au moins deux après-midi par semaine à l'hôpital ou à la c clinique, à Avon, Moret puis à Montereau pour que tu te sentes entourée.

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J'ai donc rassemblé mes ressources intérieures et j'ai décidé d'aller à Valence. J'ai choisi un grand pot de terre, acheté des geraniums rouges et une touffe de campanules d'un bleu éclatant que ma mère aimait, et je suis partie pour le petit cimetière de ce village de Seine et Marne "voir mes parents" ou plus exactement fleurir leur tombe. C'est un endroit paisible entre deux jardins où fleurissent des arbres fruitiers. Il suffit de pousser la barrière surmontée d'une croix et de remonter l'allée pour s'asseoir sur un banc qui garde et regarde les sépultures. Il y avait des fleurs que mes frères ou ma soeur avaient déposées sur les tombes. J'ai gratté la terre, arraché les mauvaises herbes et planté sans avoir besoin d'arroser tant il pleuvait!

Je suis allée dans le village, un peu en pèlerinage au pays de mon adolescence bien que j'ai eu du mal à aimer Valence comme je l'ai déjà raconté ici. J'avais été tellement meurtrie de devoir quitter Ryes où mes amis étaient restés! Mes souvenirs sont plutôt du côté du lycée de Montereau, des camps de Guides, de la Ferme des Bordes ou des bois de Valence. Je suis passée devant la maison où vécurent mes parents lorsque Papa décida de quitter la ferme et de se consacrer à ses expertises auprès du tribunal. J'ai fait un tour à la Mare aux Usages jusqu'où marchait Maman. Il y avait hier beaucoup de boue sur les chemins, des sous-bois inondés mais pas de muguet à cueillir comme nous l'avions si souvent fait avec elle. Toutefois ce petit retour en arrière m'a rendue joyeuse et sereine.

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samedi 8 mars 2014

Femme qui court....

8 mars, journée des femmes, fête des femmes. Il est de bon ton d'en rire ou de la réduire par des propos sarcastiques. Dommage! C'est comme un étendard, un drapeau qu'on garde dans son armoire et qu'on sort pour la fête nationale. Les autres jours nous appartiennent mais le 8 mars est jour de fête. Quelle fierté d'être femme!

J'ai attendu pour naître que les femmes aient le droit de vote. Quand j'étais adolescente, Maman était "femme au foyer"et pensait que le travail des femmes était un scandale. Elle s'occupait beaucoup de nous, je me sentais surveillée, ne voulais pas être comme elle et courais après ma liberté. Je rêvais de travailler pour ne dépendre de personne. Etudiante je militais au MLF, j'assistais aux réunions de la mutualité, je manifestais pour notre liberté sexuelle, j'allais dans des endroits étranges voir un drôle de médecin pour obtenir "la" pilule encore interdite. J'étais une jeune femme légère et libre. J'avais choisi un métier que j'exercerai pendant 35 ans avec bonheur et j'épousai un photographe sans revenus, un artiste intelligent et beau.

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J'eus deux enfants. Lorsqu'ils étaient petits je courais après le temps! Pas le temps de m'arrêter, de me reposer et de regarder les nuages. Pas le temps de lire dessiner ni bloguer, de toutes façons il n'y avait ni internet ni ordinateur! Je m'accordais exceptionnellement un film à la télé le mardi soir avec un tricot ou un ourlet à terminer. Pas le temps de parler longtemps au téléphone mais heureusement il y avait la récré pour bavarder avec les copines! La période la plus speed fut celle des années d'école maternelle d'Eve. Les deux premiers mois elle déjeunait à la cantine comme son frère avant elle et comme moi depuis mes premières années d'enseignement. Cela me donnait le temps de travailler dans ma classe et de prendre le café avec mes collègues. Lorsque la maman d'une de mes élèves me dit que chaque midi en allant chercher sa plus jeune fille elle voyait ma fille pleurer et encore pleurer lorsqu'elle la raccompagnait, je retirai Eve de la cantine. La course s'accéléra mais on ne laisse pas sa fille de 3 ans pleurer tous les jours!

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La journée était remplie d'activités que je ne pouvais éviter. Mon mari était journaliste. Il ne s'occupait guère de la maison ni des enfants, en voyage ou enfermé dans son labo photo pièce de la maison qui lui était réservée. Préparation du petit déjeuner avant 7h, réveil des enfants, douche et p'tit déj, départ à l'école, retour à midi après avoir récupéré Eve à la maternelle, repas, retour à l'école, travail puis goûter généralement au bois. L'après-école était un moment de détente comme le mercredi après le ménage et les courses. Au petit square du bois, je retrouvais mes copines et mes enfants leurs copains. Et puis après le passage à la boulangerie sur le chemin du retour, il y avait le bain des enfants chacun à leur tour pendant que je préparais le dîner,le retour de Jean-Marie, le dîner, le coucher et l'extinction des feux à 20h30 après l'histoire du soir. Alors, je me replongeais dans mon travail, m'installais pour corriger les cahiers, préparer ma journée de classe, découpages, étiquettes de lecture, jeux mathématiques et modèles d'écriture pour mes chers petits CP. Peu de temps pour parler, pas de temps pour regarder un film, peu de temps pour lire, juste envie de dormir quand j'avais fini, vers 23h30, Ce furent de belles années malgré un emploi du temps meurtrier du couple. J'étais libre, très speed et maigre.

Maintenant je me sens parfois un peu seule mais je suis tout à fait libre! J'ai le temps de de prendre le temps. J'ai la chance de dormir longtemps, de traîner le matin, de lire, de méditer, de voir défiler les nuages, d'observer les oiseaux sur le rebord de ma fenêtre, d'écrire ou dessiner, de coudre, tricoter, de marcher au bois, de flâner dans Paris ou dans les rues de Vincennes, de partir plusieurs jours, d'aller au ciné, de voir mes amis... J'ai acquis douceur et rondeurs et je ne fais que ce que je veux. Pour combien de temps? je cours après le reste de ma vie, heureuse d'être une femme.

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lundi 3 mars 2014

3 mars 1977

Il y a 37 ans naissait le plus beau bébé du monde, le mien!

2014-03-03_08.42.47.jpg Tristan dans la journée du 3 mars

Et comme chaque année je me souviens de tout avec précision, de la layette que j'avais tricotée et préparée, du match que regardait Jean-Marie, des bottes que je ne voulais pas enfiler pour sortir, du décompte des contractions dans le taxi, de l'arrivée aux Diaconesses vers minuit, de l'examen de la Sage-femme, du renvoi du papa " monsieur, on la garde parce que c'est la nuit mais ce n'est pas pour maintenant, rentrez chez vous,vous avez le temps on vous appelera!" et du rappel une demi-heure plus tard pour qu'il assiste à la naissance. Je me souviens de la salle d'accouchement, de mes efforts, des douleurs, du renvoi de Jean-Marie "pas de photo svp", de la venue du médecin, du sang, de l'épuisement, des points de suture, et par dessus tout je me souviens de ce moment extraordinaire où l'on déposa le bébé emmitouflé tout contre moi. Trente sept ans après je ressens à l'évocation de ce souvenir la même onde immense de bonheur jamais ressentie auparavant et que je connaîtrai à nouveau 4 ans plus tard. C'était le 3 mars, il était 2h50

dimanche 9 février 2014

Riz au lait

Très souvent à l'heure où je passe récolter les bulletins du recensement dans les couloirs et les escaliers s'échappent des odeurs de potage, de grillade ou de pâtisserie. Ce soir là, dans un petit immeuble au fond d'un jardin, entre le quatrième et le cinquième étage, un parfum bien singulier emporta mon esprit...

C'est jeudi. Nous sommes rentrés de promenade avec Maman, nous avons joué tous les quatre puis goûté dehors et terminé nos devoirs. Ma mère tricote au son des Valses de Strauss tout en surveillant notre chère Alfrédine qui fait le mènage. Papa est parti ce matin dans le Cotentin pour une expertise et va rentrer tout à l'heure. Mes frères et ma soeur jouent tous les trois dans la pièce à jouets, et je peux m'isoler. Entre les étages, à l'endroit où la marche est plus large car l'escalier tourne, il y a un petit palier et c'est là que je lis. Assise sur le rebord de la grande fenêtre qui m'éclaire, je suis tranquille! Personne ne monte au deuxième étage sauf Papa dans la soirée "pour faire sa radio" lorsque nous sommes couchés car c'est dans la pièce la plus haut perchée de la maison, qu'est installé son équipement de radio-amateur.
La comtesse de Ségur me transforme en Bon petit diable. Du rez de chaussée monte une odeur écoeurante de lait chaud qui ne m'indispose pas tout à fait. Je m'émeus d'un chagrin, me révolte contre un sacrifice ou une injustice qui fait souffrir, j'accélère ma lecture et m'enfonce dans la vie d'un autre tandis qu'entre les pages se faufile une douce odeur caramélisée. Je ne respire qu'à la fin du chapitre et jette un regard sur le parc où s'ébattent les oiseaux. Hum! ce parfum qui caresse mes narines...mais oui! ça sent la cannelle, Maman a préparé du riz au lait pour le dessert!

lamaison2.jpgAu centre de la maison de Ryes , "MA" fenêtre donnait sur la pelouse du parc.

Parfois ma mère prévoyait une Turgoule. Le samedi matin, à Ryes,chacun pouvait porter la sienne chez le boulanger où madame Apodème la mettait à cuire un jour et une nuit entière dans son four à bois. Il suffisait de réserver sa place et le dimanche après la messe nous allions chercher le plat doré empli du mets précieux.

Je ne dois plus manger ni graisse ni lait mais je ne sais pas résister à la tentation d'un riz au lait. J'aime sa douceur fondante et le goût sucré qui s'étale dans le palais. Dés la première cuillère dans la bouche, c'est un cocon douillet où je me love, une sorte de lange de flanelle blanche, un nid de coton où je me retrouve bébé sous le regard de ma Maman. Le goût de l'enfance!

samedi 1 février 2014

Le paquet

Quand j'étais enfant ma marraine m'envoyait des cadeaux. Elle vivait loin et ne venait presque jamais tandis que mes frères et soeurs voyaient régulièrement leurs parrains et marraines. Alors elle m'envoyait des paquets...quelle joie c'était pour moi! Mes frères et sœur m'enviaient lorsqu'arrivait un colis. C'était un paquet à mon nom, un paquet à découvrir toute seule. Ils étaient tous autour de moi attendant que je dévoile le trésor. C'était difficile à ouvrir et l'impatience se faisait sentir. J'essayais de défaire soigneusement les nœuds de l'emballage et presque chaque fois il fallait l'aide d'un adulte pour couper la ficelle. J'étais alors la reine. Moi seule pouvait trouver et révéler le cadeau que ma marraine avait choisi pour moi. Elle s'appelait Marie-Madeleine, était un peu comme une fée, et tous rêvaient d'avoir une marraine aussi belle et lointaine que la mienne qui envoyait des cadeaux d'Amérique. Il arrivait que l'un ou l'autre de mes frères ou de ma soeur aussi reçoive un colis empli de surprise. Chaque fois c'était la même impatience, la même joie pour tous autour de celui qui fêtait son anniversaire.

IMG_9524a.jpgphoto que je gardais précieusement de ma marraine avec sa fille.

Les parents qui ouvrent les paquets de leurs enfants à l'avance n'imaginent pas le plaisir dont ils les privent. Certains parents veulent leur simplifier la tâche ou vérifier le contenu, d'autres ouvrent les lettres ou les cartes sous prétexte que l'enfant ne sait pas lire... ils ne savent sûrement pas le mal qu'ils font et quelle privation c'est pour l'enfant! Je me souviens d'un collègue qui contrôlait le courrier reçu par son adolescent "pour son bien" ou "pour éviter les mauvaises fréquentations". Quelle tristesse! Maman pensait ainsi nous protéger en lisant nos courriers après réception à notre insu. Je ne lui en veux pas mais ce fut une souffrance qui m'a incitée à me révolter et à faire tout ce qui était interdit en cachette dès que j'ai pu, vers 7 ans. C'est aussi pour cette raison que je suis extrêmement sensible à la moindre intrusion. Pour ma part, je n'ai jamais jamais ouvert une lettre ni lu un courrier de mes enfants fut-il en évidence dans leur chambre et j'en suis fort aise. Je leur ai fait confiance dès le plus jeune âge et j'ai eu raison de le faire.

IMG_9522a.jpg mon fils à l'âge d'Odin, donnant le biberon à sa petite soeur

J'essaie de re-créer ce plaisir pour mes petits-enfants et leur envoie des cadeaux par la poste puisqu'ils habitent loin de Vincennes. Odin a eu 5 ans, il a reçu son paquet, celui que j'avais préparé pour lui. Il l'avait vu lorsque le facteur l'avait apporté et savait que c'était pour lui, pour le 31 janvier, jour de son anniversaire! Dans le paquet j'avais mis de l'attention et de l'affection pour choisir et emballer ses cadeaux, des talkie-walkie, une vraie chemise d'homme blanche comme celles de son papa, et d'autres bricoles, livres, jeux, etc... J'avais ajouté un petit cadeau à donner à son frère et sa sœur dans un esprit de partage. Je fais toujours ça! J'espère qu'il était content.

dimanche 7 juillet 2013

orpheline

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Ce soir je me sens à nouveau orpheline.

Je ne ferai plus étape dans la maison au milieu des champs, je n'irai plus passer du temps sur la colline de Caluire, je ne tiendrai plus compagnie à une merveilleuse vieille dame dans son appartement de Boulouris, je ne la verrai plus pousser son caddy bien droite dans le centre commercial où elle faisait ses courses ni chercher son courrier au bord de la route devant sa maison, je ne serai plus complice des confidences de l'amie de Maman. Ce matin Anne-Marie nous a quittés et je suis triste.

Oh je sais! Depuis la mort de son mari, du dernier de ses quatre frères et de tout ses amis, elle avait perdu le goût de vivre! Elle m'avait demandé il y a quelques semaines comment était le dernier souffle de Maman et si elle avait souffert au moment de son passage dans l'autre monde. Elle m'avait dit " j'espère que Reine-Marie va intercéder auprès du Bon Dieu pour qu'il vienne vite me chercher"... Plus de lecture et plus de mots croisés, elle qui les faisait tous, même les plus difficiles! Comme Maman en 2000 elle a été opérée de la hanche, n' a pas repris la marche et s'est laissée aller. Ces derniers jours elle n'avait plus envie de rien et espérait mourir bientôt.

Elles n'étaient pas amies pour rien ces deux là! et depuis 1929! Anne-Marie avait beaucoup pleuré à la mort de Maman. " Tu te rends compte, me disait elle, 71 ans d'amitié!" Elles s'étaient rencontrées au catéchisme, avaient fait leur communion ensemble à Suresnes je crois, ou à Neuilly, il n'y a plus personne pour me le dire. Leurs parents s'étaient rencontrés et elles pouvaient aller chez l'une ou chez l'autre, chacune participant aux événements familiaux des deux familles. Maman plaignait son amie " Oh! la pauvre qui n'a que des frères!" et parlait avec admiration de monsieur L, le père de son amie:" il avait créé une grosse usine d'emballages, et c'était un homme très droit." Anne-Marie de son côté, me disait en parlant des parents de Maman: " ton Grand-père, c'était quelqu'un! Il dirigeait l'usine des camions Unic et était très respecté. Ta Grand-mère n'était pas commode mais très pieuse". Elles étaient très différentes comme je le racontais , et s'aimaient beaucoup. Leurs maris, Papa et Raymond, étaient devenus complices et tous les quatre se retrouvaient régulièrement chez les uns et les autres et en vacances.

2013-07-07_23.19.14.jpg 1935, lors d'une fête dans la famille de Maman, Anne-Marie est au milieu des frères et soeurs M, au centre entre Pierre le frère ainé et Maman debout à sa gauche.

samedi 16 mars 2013

À toute allure

3h et 5mn pour aller de Paris à Marseille! C'est vraiment rapide. On peut dire que le train roule à toute allure. C'est ce que nous disions lorsque nous étions enfants, mes frères, ma sœur et moi, tous les quatre à l'arrière de la voiture. Nous nous étonnions de la vitesse et demandions à Papa " S'il te plait, fonce, allez, Papa, va à 100!! Et ce chiffre nous semblait magique, cette vitesse incroyable et mon père presque Dieu. Mais bien sûr, Papa ne faisait pas n'importe quoi et nous expliquait les règles de prudence, les dangers de la route et les risques de la trop grande vitesse. Mais parfois, lorsque sur la Nationale 13 il y avait peu de monde et une bonne visibilité, alors que, venant de Bayeux, nous roulions vers Paris pour aller chez nos grands-mères, mon père disait " Attention! regardez bien les enfants, on est presque à 100 km/h!" Et nous admirions la route qui filait sous nos yeux, et fixions le compteur de la traction, émerveillés par cette pointe de vitesse.

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Aujourd'hui je m'émerveille du peu de temps qu'il m'a fallu pour aller de la Gare de Lyon à la Gare Saint Charles: 250 km/ h de moyenne! Depuis deux jours je profite de mes amis, du soleil, du ciel bleu et du Mistral qui nous glace. Aujourd'hui le vent est tombé, moi aussi d'ailleurs! En flânant seule sur le vieux port, vlan! un trottoir raté et la dame s'est étalée de tout son long. Relevée par un groupe de jeunes, pharmacie, arnica, pansement et tout va bien. Il n'y a plus de Mistral et je n'ai que quelques contusions et un petit bobo!!

dimanche 3 mars 2013

Jeudi 3 mars 1977

Je ne sais plus s'il devait naitre le 28 février ou le 1er mars mais je sais qu'il s'était fait attendre! Alors qu'à Val d'Isère, l'été précédent, j'avais dû rester vigilante, ne pas trop grimper et surtout ne pas dépasser 3000 mètres d'altitude, alors qu'on m'avait conseillé quelques mois auparavant de ne pas faire d'extravagance pour qu'il s'installe bien dans son nid, voilà qu'il s'y sentait trop bien et ne voulait pas en sortir! Je me souviens que le dimanche précédent nous avions fait une grande marche dans le bois, du 27 rue de Fontenay au polygone en passant par la porte jaune pour accélérer la venue de celui qu'on appelait " le bébé". A cette époque on ne faisait qu'une échographie qui n'avait pas permis de savoir si c'était une fille ou un garçon. En secret je souhaitais un garçon pour faire plaisir à son père et perpétuer le nom de son grand père paternel mais peu m'importait vraiment. Ce bébé fut attendu dans la joie et tout était prêt pour lui. Dans ma robe Laura Ashley d'un bleu que j'aimais tant, je guettais ses mouvements et le sentais très actif ...mais rien à faire, il n'était pas décidé à naître!

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J'étais sous surveillance puisqu'il avait dépassé la date de son coming out. Chaque jour j'allais à la maternité, on m'examinait, pesait, mesurait...tout allait bien! Et puis le mercredi soir pendant le match de rugby que regardait son père, il a frappé à la porte, toc toc, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Jean-Marie voulait voir la fin du match mais il a bien fallu partir. A l'arrivée aux Diaconesses, le papa fut renvoyé "Non, non, il n'est pas prêt, nous gardons madame car elle est arrivée la nuit, mais vous, revenez demain matin". A peine une heure plus tard il fallut le rappeler pour qu'il assiste à la naissance et à 2h50 notre bébé arrivait, un garçon, le plus bel enfant du monde...J'étais émerveillée et comblée par ce petit bout d'homme qui intimidait presque son Papa très fier de sa descendance. Il y a 36 ans déjà! J'ai aimé toutes les périodes chez mes enfants. J'ai aimé le bébé, le petit garçon, le jeune homme et maintenant l'homme, le mari de Camille, le papa de Lelia, Odin et Zian. Bon anniversaire mon fils!

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jeudi 11 octobre 2012

Le mont Saint Michel

Hier soir j'ai regardé la télévision. J'ai regardé "des racines et des ailes" car il y était question du mont Saint Michel qui pour moi est chargé de souvenirs....

Oh bon Saint Médard, toi qui fait la pluie, faites le beau temps!
Et s-il doit pleuvoir, oh bon Saint Médard,
ferme ton arrosoir au moins jusqu'à c'soir.
Saint Vincent faites le beau temps
pour prom'ner les petits enfants!

C'était la ritournelle que nous chantions inlassablement, tous les 4, lorsqu'en voiture les essuie-glace nous cachaient le paysage. Nous étions un peu serrés à l'arrière de la traction qui nous conduisait sur les routes normandes.

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Chaque dimanche s'il ne faisait pas assez beau pour aller à la plage et s'il n'y avait pas de visiteur à la maison, Papa et Maman nous emmenaient chez des amis, ou bien découvrir les lieux qu'ils aimaient. C'est ainsi que j'ai connu, lorsque nous vivions en Normandie, le Cotentin pour ses paysages simples et sauvages, Sainte Mère Eglise ou la côte normande pour des leçons d'histoire, la Suisse Normande pour la géographie et la beauté des vallons, Cancale pour la vie d'un petit port breton, Saint Malo et ses remparts, la grande Tapisserie de Bayeux, les plages de Carterets et les dunes de Coutainville, les cathédrales, les églises, les abbayes.... et surtout l'étrange et magnifique baie du Mont Saint-Michel.

1973-st-michel.JPG photo prise en 1973

Je crois que nous y sommes allés souvent, surtout pour des raisons religieuses. Nous y sommes allés tous les six, mais aussi avec ma grand-mère et ma tante Suzanne, avec mes oncles et tantes. Nous y allions toujours à des moments creux, à des périodes où le mont avait peu de chance d'être envahi par les touristes. Je me souviens que nous fuyions les touristes et que les parents n'aimaient pas les marchands de souvenirs, ces "marchands du temple" qui transformaient un lieu de pélerinage en lieu de futilités et gourmandises . Nous montions la rue principale, guettions les odeurs devant l'auberge de la mère Poulard, lorgnions sur les objets multicolores des magasins, courions dans les escaliers et le long des remparts puis grimpions tout en haut de l'abbaye attendre les grandes personnes. Nous ne disions pas "les adultes" en ce temps là! Il y avait quelques arrêts pour admirer les sculptures et l'architecture, pour nous expliquer l'histoire du lieu, des arrêts pour prier, et des arrêts pour regarder la mer, l'immense étendue d'eau et de sable selon que la mer était haute ou basse.

cartepostale_cpmontstmichel.jpgcarte postale des années 1950

Tout en bas les voitures semblaient ridicules! La mer qui montait à vive allure allait-elle les recouvrir? je me souviens du trajet dans la campagne normande, de l'éblouissement à l'arrivée devant l'immensité sableuse et le mont pointu, esseulé au bout du monde. Je me souviens du retour sur la petite route entourée d'eau, des jours où il fallait se presser avant la marée haute. Maman nous racontait l'histoire de l'évêque à qui l'archange Saint Michel était apparu, la foi des pélerins qui marchaient des jours et des jours pour venir prier. Papa nous expliquait les sables mouvants qui pouvaient être fatals aux étourdis et aux imprudents qui s'y aventuraient....

1951-Hatainville.jpgvacances familiales à Hatainville en 1951

Je me souviens parfaitement de mes élans de foi, mais aussi de l'impression de terreur du "galop de la mer" qui avale tout sur son passage. Je sais que j'aimais arriver dans ce lieu extraordinaire qui m'attirait tout en m'effrayant. J'y suis allée avec Jean-Marie avant qu'il ne devienne mon mari, j'y suis retournée il y a une dizaine d'années mais je ne crois pas y avoir jamais emmené mes enfants, quel dommage!! Au moins pourront-ils partager avec moi par ce blog un souvenir des dimanches de Normandie de mon enfance.

lundi 23 juillet 2012

ma soeur

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Hier je suis allée passer la journée chez ma soeur et mon beau-frère. Aujourd'hui c'est son anniversaire, hier c'était ma fête. Il en est ainsi depuis toujours, en réalité depuis que j'ai eu 1 an 1/2 puisque ma soeur est née 18 mois après moi. J'ai longtemps pensé que le 23 juillet était le jour le plus important de l'année. Ma soeur fut une petite fille parfaite, la plus mignonne et vive aux yeux de la vilaine que j'étais.

J'étais gauche et timide mais en excellente santé quand elle faillit mourir. J'avais 9 ans, mes frères 6 et 7, et elle en avait à peine 8, c'était ma petite soeur et personne ne comptait plus qu'elle pour moi. J'ai prié des nuits entières, j'ai souhaité mourir à sa place alors qu'elle était inerte à l'hôpital dans ce poumon d'acier qui me semblait un monstre cruel. Je n'avais pas le droit d'aller la voir et toute la famille, grands-parents, amis, oncles et tantes venaient à Ryes soutenir mes parents. Je ne pensais qu'à elle, on ne parlait que d'elle à la maison, au téléphone, dans la rue, et j'avais peur de ne plus jamais revoir ma soeur. Papa et Maman se relayaient près d'elle, ma tante était venue rejoindre ma grand-mère à la maison pour veiller sur nous. Après des semaines, un jour Papa est rentré de l'hôpital en disant "elle a bougé le petit doigt" et nous savions qu'elle sortait du coma et de la paralysie où le vaccin de la variole l'avait plongée, c'était le signe qu'elle guérirait. Ce fut une joie immense! En même temps qu'elle, j'ai recommencé à vivre.

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Difficile d'imaginer à quel point ma vie a été influencée par cette année là, surtout pas pour ma soeur qui a toujours un peu jalouser ma force de vie! Elle avait vaincu la maladie, tout le monde admirait sa force de caractère, ma mère disait qu'elle était une fille de tête alors que j'étais qu'une fille de coeur, elle était une enfant sage et courageuse. J'étais insupportable et j'ai longtemps rêvé d'être aussi admirable et dure qu'elle savait être, alors que je n'étais qu'une "bonne fille". Depuis quelques années j'ai creusé le passé, j'ai compris l'impact dans ma vie de ce jour terrible où j'ai cru que ma soeur allait mourir. Tous mes souvenirs antérieurs se sont effacés, certains sont revenus plus tard grâce aux photos et aux conversations familiales mais le premier vrai souvenir que j'ai date de ce matin où je me suis réveillée et où Maman répondit "elle est à l'hôpital, c'est très grave, il va falloir beaucoup prier " lorsque je lui demandais "où est Marie-Claire?"
Bon anniversaire ma soeur!

vendredi 29 juin 2012

mon beau-frère

Il aurait 71 ans. C'est aujourd'hui son anniversaire. Les odeurs de pipe, les voiliers sur l'Océan, les sculptures métalliques, la poésie, les excès de parole et l'idéalisme, les étoiles dans le ciel, beaucoup de choses m'évoquent Jean-Georges.

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Je me souviens de mes premières visites à Cheyrat, au temps des cheveux longs et des soirées interminables où nous refaisions le monde... En ce temps là, leur jardin n'était pas aussi "léché" et les oies y entraient librement. C'était l'époque où les digestifs suivaient le café qui suivait les vins qui avaient suivi les d'interminables apéros. Véronique s'impatientait car elle était fine cuisinière et tout risquait de brûler. Elle disait que nous buvions et fumions trop, et c'était vrai! En ce temps là j'avais toujours une cigarette à la bouche, je fumais 2 ou 3 paquets par jour et Jean-Georges fumait la pipe sans discontinuer. Nous partagions l'intolérance des convictions, le refus des conventions et des limites mais aussi la passion des étoiles. Je crois que c'est ce qui scella notre amitié.

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Je me souviens de ses efforts pour se "caser" dans notre petit appartement, je regrette presque les fenêtres trop ouvertes et l'eau qui déborde autour de la baignoire...mais surtout je pense à Véronique qui doit dorénavant vivre seule, à Jean-Stéphane devenu père à son tour, et à tous ceux qui gardent dans leur coeur de bons et de rudes morceaux de vie partagés avec lui.

lundi 18 juin 2012

Anniversaire d'une sacrée Nana!

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C'était une sacrée petite bonne femme, un peu timide mais vive, joueuse et joyeuse, protégée par son "grand" frère. Elle est devenue une jolie jeune femme intelligente, organisée, travailleuse et déterminée, sportive, attentive et généreuse. Elle aime son travail où elle participe activement à la protection sociale et environnementale, elle vit dans une jolie ville, gagne bien sa vie et profite de ses week-ends pour faire de la montagne ou voir ses amis....le rêve, quoi! sauf que le ciel vient de lui tomber sur la tête et tout s'est écroulé.

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Elle partageait depuis 2 ans avec son ami un bel appartement, certaines activités, le goût du sport et les mêmes aspirations, et voilà que la semaine dernière sans crier gare, il a lancé une bombe qu'elle n'a pas vue arriver. Tout va bien, il n'a aucun reproche à lui faire mais cette vie est trop régulière, toute tracée, il craint la routine, elle est attentive et parfaite mais il ne se sent pas bien, il faut qu'ils se séparent! Choc bien sûr devant la violence de l'annonce subite. Autour d'eux personne ne comprend, tout le monde s'étonne. Depuis une semaine ma petite Eve, ma fille chérie, se bat courageusement. Ses amis l'entourent, son travail l'absorbe, elle se pose mille questions mais cherche un nouvel appartement et se tourne un nouvel avenir. Demain elle va fêter son anniversaire entourée de ses amis qui se réunissent pour une fête aussi joyeuse que possible. Cette nuit, ma puce, que ma Maman appelait sa "petite grenouille" et Tristan "ma Pitchounette", dans trois heures cette sacrée nana, Eve ma fille, aura 31 ans et prendra un nouveau départ pour une belle vie.

 photo d'Eve sur La Haute route, Chamonix-Zermatt

samedi 3 mars 2012

Mon fils a 35 ans

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Quelle histoire un enfant!
Le voir rire ou sourire et le sentir heureux donne une joie profonde, mais dès qu'on le sent tendu, inquiet ou soucieux,rien ne va plus! J'en ai deux, ils sont adultes mais dès que je les sais mal ou malades, mon ventre se noue et les tourments m'assaillent. C'est merveilleux de les savoir autonomes, indépendants! Qu'ils soient loin importe peu pourvu que je les sache heureux. Qu'ils me le disent ou le cachent, je sens bien s'ils sont contrariés ou si tout va bien. C'est fou,cette aventure, quand on devient parent on imagine mal à quel point c'est pour la vie.

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Né le 3 mars 1977, Tristan fut un enfant joueur et joyeux, et puis un adolescent passionné de lecture et de rugby.

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Toujours joueur et passionné de rugby,Tristan est aussi un adulte sérieux et responsable, un mari attentionné, un père comblé et un fils attentif.

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Aujourd'hui il a 35 ans et je suis toujours aussi fière de lui. Bon anniversaire mon fils!

vendredi 9 septembre 2011

Jean-Georges

bateau

Les enfants n'attendront plus l'arrivée de son bateau comme le faisaient Tristan et Eve à Fium'alto ou au port de Campoloro,
Il ne regardera plus la mer pendant de longues heures en maintenant la barre,
Il ne curera plus sa pipe avec le dos d'une petite cuillère en argent,
Il n'observera plus les étoiles à la lunette longtemps dans la nuit ,
Il n'ira plus remplir la carafe au tonneau avant de passer à table
Il ne s'assiéra plus devant son bureau pour faire des mots fléchés
Il ne travaillera plus l'acier pour en faire des girouettes ou d'irréels objets,
Il ne sera plus près de Véronique qui sera seule dans leur grande maison,e
Il ne me montrera plus fièrement les photos de ses petits enfants.
Il ne me dira plus qu'il se sent malvenu chez moi si le tabac me dérange,
Nous n'aurons plus d'interminables conversations après le dîner,
Nous ne parlerons plus de politique, de société et de tous "ces cons qui....,"
Nous ne nous chamaillerons plus pour nos divergences,
Il ne s 'emballera plus pour de nobles idées et la justice sociale,
Il ne nous embrassera plus aussi fort que s'il donnait un coup de tête,

Quand je suis passée chez eux il y a 3 semaines, je lui avais dit qu'il était courageux et digne mais que je voyais bien qu'il était très fatigué puisque nous n'avions pas polémiqué. Il m'a dit qu'il était content que je sois venue.

J'ai connu Jean-Georges en 1972, lorsque j'ai connu le père de mes enfants car il était le mari de sa soeur. Il était de 5 ans mon aîné et fut mon beau-frère jusqu'à mon divorce. Nous sommes restés proches, échangions des confidences et quelques engueulades que ma belle-soeur tentait de pacifier. Il a lutté pendant un an. Les médicaments et et les rayons l'ont épuisé. Son coeur s'est arrêté hier soir. Je suis triste mais il vivra dans mon coeur et ne souffrira plus.

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mercredi 11 mai 2011

11 mai 1981

C'était le 11 mai, le lendemain du 10 mai, ce grand jour où le monde avait changé, notre monde. Allégresse au réveil, sachant depuis la veille que notre président serait un président de gauche. INCROYABLE!! nous l'avions tant imaginé, tant désiré et espéré, que c'était comme une légende, un rêve inaccessible, et voilà que c'était arrivé. ENFIN l'avenir s'annonçait rose.

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A l'école, ce fut un matin joyeux et dans la classe les enfants faisaient des remarques qui laissaient deviner l'opinion de leurs parents. C'était amusant car certains étaient inquiets, d'autres étaient joyeux.La veille à 20h, lorsque fut dévoilé le visage de notre futur président, nous avions hurlé de joie. Il y eut cris et manifestations de liesse dans la rue. Je mourais d'envie d'aller à la Bastille mais ce ne fut pas possible car c'était l'heure du coucher de Tristan qui n'avait que 4 ans et de plus je craignais la foule alors que s'agitait dans mon gros ventre celle que je ne connaissais pas encore très bien, celle dont nous n'avions pas encore choisi le prénom, la petite Eve qui serait plus tard tellement fière d'être née sous Mitterand.

mercredi 6 avril 2011

il y a 40 ans...

Après une vie monastique dans l'isolement complet, je me sens parfaitement sereine et les travers des uns ou des autres, au lieu de m'agacer, me font sourire.

Eh oui, dix jours sans parler ni communiquer d'aucune manière, dix jours sans lire, sans écrire ou dessiner, dix jours avec un changement d'alimentation et de rythme de vie ( lever à 4h et coucher à 9h, alors que je me lève plutôt à 8h et me couche entre minuit et 1h), dix jours sans autre souci matériel que prendre sa douche ou faire son lit, ça vous met dans une sorte de cocon feutré hors du monde. Dix heures de méditation par jour dont 3h sans un seul mouvement, quelques heures de repos dans la journée sans autre occupation que la pensée en marchant dans un petit bois ou allongée sur son lit, ça vous fait réfléchir et ça transforme une femme !

Dimanche matin je suis rentrée vers 10h, et sur le marché où je voulais faire mes courses, j'étais comme un zombie et ne savais trop quoi acheter pour me nourrir. Lundi j'ai gardé un rythme très lent et fait quelques pas rue du Midi, au soleil. Et puis enfin j'ai plongé dans la ville! Dans le métro ou chez Gibert, les comportements stressés m'ont amusée, sur le boulevard Saint Michel, les débordements de vêtements, chaussures, marchandises à consommer ont cessé de me donner la nausée et m'ont plongée 40 ans en arrière....

1971a.jpg(Vincennes, rue R du Temple au dessus de chez Gard, le fleuriste, où je vivais avec ma soeur)

C'était en 1971, l'époque où dans mon premier appartement de Vincennes je lisais Lautréamont, Henri Miller et Dostoïovski, où j'écoutais sur les 33 tours achetés chez Gibert, Léonard Cohen, Ferré, Barbara ou les Stones, Nous flânions alors, et bavardions sur le boulevard en allant de l'Institut de psycho rue Serpente à La Sorbonne, nous montions parfois plus haut vers le Luxembourg, rêvions devant la vitrine chez Carel et attendions les soldes pour y acheter nos chaussures, nous allions rue de Rennes pour trouver du Liberty et admirer les robes chez Laura Ashley en attendant de les acheter à Londres. La mode était la même, ballerines et mocassins, tuniques en liberty, robes à fleurs ou rayures marines très courtes, ce qui désespérait Maman. Rien ne dure, tout change, c'est la roue du temps! J'ai fouillé dans mes albums et retrouvé des photos, j'étais jeune et mince, j'avais des illusions, j'étais insouciante. La vie m'a mise sur des rails que je ne connaissais pas, apporté belles surprises et désillusions, j'ai enseigné, je me suis mariée, j'ai eu deux enfants, j'ai divorcé, les enfants ont grandi, j'ai cessé de travailler...

1971b.jpg( Mimizan dans les landes, en vacances avec Gilbert,"petit ami" de cette époque)

J'ai maintenant des rides et des rondeurs, mais j'ai accompli mes missions d'institutrice et de mère, j'ai des petits-enfants, j'ai la chance d'avoir hérité d'un bon patrimoine génétique, d'une bonne santé et d'une nature joyeuse et optimiste malgré les moments difficiles, je me sens complète et comblée, prête pour la suite sur une voie inconnue où la roue ne cesse de tourner...

vendredi 4 mars 2011

ANNIVERSAIRE

metro

Hier c'était l'anniversaire de Tristan...
...après l'avoir nourri et langé, je l'ai aidé à lire, à écrire, à grandir, à partager, à ouvrir les yeux sur le monde et à prendre son autonomie. Il est devenu homme, il a quitté la maison et a fondé une famille. Avec ses enfants et sa femme, comme avec sa soeur, il a toujours un tas de choses à expliquer, toujours attentif et un peu protecteur. C'est maintenant un homme, mais depuis 34 ans, c'est mon petit garçon,

30ans

vendredi 18 février 2011

chez ma grand-mère

En traversant Versailles l'autre jour, je suis passée devant chez ma grand-mère. Enfin, c'est beaucoup dire puisque la maison n'existe plus! plus de terrain de tennis, plus de grands arbres, plus de cachettes ni de courses folles avec les cousins! plus de parties de "Boîte" avec les oncles et tantes, plus rien du grand parc où plusieurs bâtiments d'une clinique ont remplacé le lieu des retrouvailles familiales.

J'aimais bien la maison de Versailles et m'y sentais un peu chez moi. J'aimais beaucoup ma grand-mère. Certains de mes cousins, y compris Marie-Liesse, avaient beau la trouver dure et intolérante, je la savais droite et noble, un peu vieille France certes, mais digne et généreuse. Il faut dire que j'ai partagé sa vie un peu plus que les autres puisque j'ai vécu chez elle pendant toute une année scolaire. Comme nous vivions près de Fontainebleau, mes parents étaient très inquiets de me savoir seule à Paris, moi qui avait soi-disant le diable au corps! Ils m'avaient confiée à ma grand-mère maternelle conscients de sa fermeté, en attendant que ma soeur, beaucoup plus raisonnable disaient-ils, devienne aussi parisienne le temps des études de médecines qu'elle projetait de faire. En fait ma jeune soeur deviendrait un peu mon garde-fou... grrrr!!
Je prenais chaque jour le train à la gare Rive Droite pour rejoindre la Sorbonne ou l'institut de psycho, et je rentrais le soir par Saint Lazare, ou par une sorte de taxi collectif qui partait de la porte de Saint Cloud selon l'heure et le lieu de mes activités. Ma grand-mère était veuve depuis plus de 10 ans. J'aimais partager le dîner qu'elle avait préparé, les soirées de confidences, surtout quand ma tante Suzanne qui vivait avec elle, n'était pas là. Je me sentais heureuse et respectée. Je me souviens de nos conversations intimes, de certaines choses que je lui ai dites et qu'elle a sues garder pour elle. Je connaissais ses habitudes de prières, ses préoccupations pour ses enfants, j'avais plusieurs fois croisé "son" clochard qui venait régulièrement par la porte de service chercher son sandwich et sa pièce de monnaie...ça m'a fait une impression bizarre de passer avenue Franchet d'Esperey!

versailles photo de la maison retrouvée dans les trésors de Maman!

mercredi 26 janvier 2011

jour particulier

Dans le petit matin d'hier, l'oiseau solitaire s'est mis à chanter. Je m'étais couchée tard et j'aurais bien continué à dormir mais le chant était si clair que j'ai ouvert ma fenêtre et je l'ai écouté. Il était très très tôt et j'ai aimé la fraîcheur de la nuit. En frissonnant je me suis dit "la journée va bien commencer" et je me suis rendormie. Je dors toujours comme un bébé! Au lever du jour, je me suis réveillée, le ciel était lumineux et je me suis souvenue que c'était le 25 janvier. Ce n'est pas un jour comme les autres puisque c'est mon anniversaire. Pour certains c'est un jour tout à fait ordinaire mais pour moi, c'est un jour de lumière. Pourtant, j'en ai soufflé des bougies depuis ma première année! Le téléphone a beaucoup sonné, j'ai reçu du courrier, des cadeaux et messages d'amitié. J'ai reçu des amis chez moi, les vins étaient bons, le repas réussi, lectures nouvelles et dentelles, gourmandises et surprises...il était tard quand mes amis sont partis. Ce fut une belle soirée!

J'avais trouvé quelque temps auparavant le petit carnet rouge, agenda de Maman l'année de ma naissance. Je suis née un vendredi,....quelques mots, le prénom de Papa et le nom des visiteurs, puis des pages blanches. Immobile à la maternité jusqu'au 17 février, elle n'a rien pu écrire, ma jeune maman gagnée par l'infection. Elle nous a souvent raconté qu'elle souffrait de ne pas pouvoir prendre son bébé dans les bras, de n'avoir pas le droit de m'allaiter, et qu'elle n'a pu sortir qu'avec une complice qui mit le thermomètre sous l'eau froide pour faire chuter la température. De retour à la maison, elle dut rester allongée sans bouger, avec des poches de glace sur le ventre jusqu'au 1er avril. Ces pages parfois écrites d'une main bien faible, sont pour moi très émouvantes et je les ai scannées afin de les conserver. Hier était un mardi et c'était mon anniversaire.

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mercredi 29 décembre 2010

les années zéro

noel83.jpgNoël 1983, réveil matinal. Tristan avait 5 ans et Eve 2 ans

Enfant, jeune-fille, mère et maintenant grand-mère, j'ai toujours aimé l'atmosphère des fêtes de Noël et du jour de l'an...et pourtant cette fin d'année est difficile. Est-ce une question de pression atmosphérique? d'alimentation? Non, c'est cette grippe qui m'empêche de sortir depuis 4 jours. Voilà que je suis obligée de me booster pour manger, pour me lever et bouger un peu alors qu'habituellement je déborde d'énergie. Mes petits-enfants sont à 500m et je suis clouée chez moi sans forces! Serait-ce la marque des années en zéro?

noel88-cadeaux.jpgNoël 1988. Plaisir de mère devant la joie des enfants

En 1990 je venais de décider de divorcer après deux années difficiles et douloureuses pour moi. Je me forçais à ne pas être trop sombre, je me culpabilisais à cause des enfants. Je n'avais pas de tonus, pas de courage, je me forçais pour tout, je n'avais envie de rien, j'attendais... j'espèrais la fin de cette année là, comme si le passage d'un chiffre m'apporterait une délivrance.

2000 fut le premier Noël sans Maman! Depuis 1993 Papa n'était plus là et son absence nous attristait, et voilà qu'en 2000 nous étions orphelins! J'avais souvent râlé contre cette quasi obligation de Noël à Valence et j'aurais parfois aimé ne pas prendre la voiture le matin du 25 décembre. Et voilà que ça manquait! Maintenant c'est chez nous que se retrouvent nos enfants. Ainsi va la vie...on dit que la roue tourne.

2010 fut un beau Noël sous la neige. Ma nièce n'a pas pu quitter Toulouse, nous n'avons pas pu aller chez ma soeur. Contrariétés mais rien de grave! Les enfants sont venus, nous avons passé un bon Noël. J'ai des enfants, des petits-enfants et des amis formidables. Cette année mon prince fut changé en crapaud il y a 8 mois mais l'absence se fait de moins en moins sentir. J'espère retrouver ma forme avec la fin de cette grippe. Encore une fois j'attends la fin d'une année en zéro, j'attends 2011.

mairiearrière de la mairie de Vincennes, côté rue de Fontenay

mercredi 8 septembre 2010

Le dernier des sept

Le plus jeune frère de Maman, le Papa de ma cousine est parti rejoindre ses frères et soeurs dans un autre monde. Je vais aller lui dire au revoir demain, à Lyon.
Il était mon plus jeune oncle, le plus proche de nous lorsque nous étions petits. Les autres étaient mariés, ce qui pour nous enfants, était synonyme de vieux. Et il avait une si jolie fiancée ! Quel grand jour lorsqu’ avec les cousines, nous fûmes demoiselles d'honneur à son mariage! C’est comme un souvenir de rêve... Plus tard, nous aimions bien quand « les petits Michel » venaient à Valence, trois blonds et une brunette, tous mignons et frisés comme des poupons.'

Catherine, sa filleule, me disait hier qu'il était le seul fil qui nous reliait encore à cette partie de nos racines. Il était le dernier des Sept. Et lorsque Mamée disait Les Sept, elle n'était pas peu fière! Nous savions tous ce que ça voulait dire: les Sept enfants de Mamée et Bon Papa, c'était un peu comme Le club des cinq, ou Les quatre filles du docteur March mais en mieux: Les Sept aux yeux bleus comme leurs parents, les Sept à Suresnes, les Sept en vacances, les Sept à Fessy, les Sept avant la guerre, les Sept pendant l'Exode.... Que de pages d'histoires et d'aventures évoquées pour nous! C'était plus vrai, plus extraordinaire que dans nos lectures, et plus proche de nous aussi. Et mon oncle Michel était le plus jeune, le petit dernier.

vicq1935.jpgLes sept en vacances à Vicq sur Gartempe,1935

Voilà que s'ouvre la page du dernier tome "Les retrouvailles des Sept". Je me demande qui le rédige là-haut? sans doute Suzanne? ou Marie-Thérèse? Et pendant que sous le regard attendri de son mari, Reine-Marie surveille du haut du balcon si personne ne fait de bêtises, Jean déclame, Pierre fait les illustrations, et Michel chante, ou vice-versa car ils savaient tout faire dans cette famille d'artistes. Voilà que lui aussi a retrouvé son frère Maurice qui les attendait depuis si longtemps! et nos cousins, la petite Françoise, Dominique, Jean-Louis, Marie-Liesse et François.

J'ai trouvé dans les souvenirs de Maman une lettre datant du 26 janvier 1928. C’est Mamée qui écrivait à ses filles pensionnaires et parlait de son petit dernier en disant:

«…et Michel est notre rayon de soleil. Il répète tout ce qu’il entend et m’amuse beaucoup »

michel_0003.jpgBon Papa et ses 4 fils à St Germain en Laye, 1928

mardi 20 avril 2010

Reine-Marie

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Elle aurait 95 ans. Il y a 10 ans, Reine-Marie fêtait son dernier anniversaire. C'était ma Maman. Elle était née le 20 avril 1915. Elle fut enfant, jeune fille, l'aînée d'une famille de sept enfants puis devint la femme de Papa jusqu'à sa mort en 1993. Ce fut terrible pour elle mais peu à peu elle a retrouvé le goût de vivre, seule dans sa grande maison. Elle aimait les enfants, surtout les petits, a consacré une partie de sa vie aux enfants mongoliens, puis à nous quatre, ses enfants. Elle aimait beaucoup ses petits-enfants, fière d'en avoir neuf. Elle était très "famille" et réunissait tous les ans ses frères, soeurs, neveux et nièces avec ses amis dans la salle des fêtes qui porte maintenant le nom de Papa. Maman adorait la campagne, la nature et la simplicité mais détestait les engrais, le progrès, et avait toujours craint la venue de l'an 2000...

Maman avait mal au genou depuis longtemps. Quelques mois auparavant je l'avais accompagnée à la clinique de Montereau envoyée par le médecin. Quand on lui a assuré que c'était une radio de la hanche qui était prescrite, elle refusé fermement " quel âne ce médecin, je vais le voir pour le genou et il s'occupe de ma hanche!" mal informée des symptômes qui l'ont clouée au lit trois mois plus tard. Elle a dansé le soir du 31 décembre 1999 chez mon "petit" frère. Le 1er janvier elle n'a pas pu se lever et a dû être opérée.

De la clinique à la maison de rééducation, de malaise en mal-être, du retour chez elle qui fut dramatique jusqu'à la maison de retraite, puis à l'hôpital, ce fut une sorte de parcours du combattant pour Maman qui ne s'est pas rétablie. Elle devait entrer dans un établissement de soins palliatifs que nous avions visité quelques jours plus tôt avec Tristan. Sans doute était-ce trop de changement pour elle. "Tout le monde est si gentil avec moi" disait-elle en ce mois d'août à l'hôpital de Montereau, elle aurait voulu y rester.

Mes frères et soeur étaient en vacances. J'étais partie en juillet, je venais la voir tous les 2 jours. Un matin je me suis arrêtée signer la sortie avant de monter la voir et quand je suis arrivée, j'ai su que ça n'allait pas. J'ai fait appeler le médecin. On m'a fait sortir. On est venu me chercher "il va falloir être courageuse". Un prêtre est venu. Je suis restée près de Maman qui s'inquiétait de mes frères et soeur. Je l'ai rassurée "je vais les appeler, ne t'inquiète pas". Elle s'est apaisée. J'ai eu l'impression qu'elle me passait le relais. Je suis restée là un long moment et puis j'ai prévenu l'infirmière, je suis sortie dans la rue, je me suis assise sur un banc, j'ai respiré, j'ai appelé mes frères et ma soeur, j'ai pris le relais....

J'ai envie de dire "Bon anniversaire ma petite Maman" et de lui offrir des fleurs des champs, ses préférées.

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jeudi 8 avril 2010

Ma Normandie

normande photo prise dans le parc de la maison de Ryes, en 1954 avant l'année terrible où mourut mon grand-père et où j'ai eu tellement peur de perdre ma petite soeur.

Ma Normandie

Quand tout renaît à l'espérance,
Et que l'hiver fuit loin de nous.
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l'hirondelle est de retour,
J'aime à revoir ma Normandie,
C'est le pays qui m'a donné le jour.

J'ai vu les lacs de l'Helvétie,
Et ses chalets et ses glaciers.
J'ai vu le ciel de l'Italie
Et Venise et ses gondoliers.
En saluant chaque patrie
Je me disais: aucun séjour
N'est plus beau que ma Normandie:
C'est le pays qui m'a donné le jour.

Il est un âge dans la vie
Où chaque rêve doit finir,
Un âge où l'âme recueillie
A besoin de se souvenir.
lorsque ma muse refroidie
Aura fini ses chants d'amour,
J'irai revoir ma Normandie
C'est le pays qui m'a donné le jour.

C'est une chanson qui date de 1836 et que nous avions apprise à l'école. Je me souviens l'avoir chantée sur l'estrade pour les prix, en costume de normande, à l'école de Ryes. J'ai encore très souvent la mélodie et les paroles en tête.

dreamcarte postale d'une série que j'ai découverte et appréciée

Et le rêve s'est réalisé! il a fait un temps de plus en plus beau chaque jour dans cette Normandie dont je me sens un peu l'enfant! Je l'avais évoquée __ici__ l'an dernier à la même époque et je viens d'y passer à nouveau quelques jours enchanteurs... soleil, vent, amitié, rires, dessin, flâneries le long des grandes plages, visites historiques et souvenirs, danse et bavardages... Le week-end de Pâques prolongé fut un vrai moment de détente et d'échanges dans cette région chère à mon coeur.

les fillesavec Christine et Thérèse à la pointe du Hoc

eglise_ryeséglise de Ryes, vue depuis la promenade des monts

chemin_presbytèrechemin de mes premières amours, à Ryes, face au presbytère

plagel'extrémité de la plage d'Arromanches

jeudi 11 mars 2010

Trois-Etots

le-hameau

J'ai longtemps cru, jusqu'à mes études de psycho, qu'il était normal de n'avoir aucun souvenir de ma petite enfance. Puis j'ai pensé que ma mémoire était défaillante jusqu'à ce que je réalise récemment que je n'ai aucun souvenir d'enfance antérieur à "la maladie de ma soeur". Certes, je sais ce que j'ai vécu auparavant, j'ai vu des photos, j'ai entendu des anecdotes, mais je ne me souviens pas. Ma vie consciente commence à 9 ans. J'ai bloqué tout ce que j'ai vécu jusqu'à ce jour où j'ai cru que ma petite soeur allait mourir.

Je "travaille" donc avec l'aide d'une thérapeute à la reconstruction de ma mémoire d'enfant. C'est ainsi que j'ai ressenti l'envie de retourner à Trois-Etots où j'ai vécu de 3 à 6 ans. Je n'y étais pas retournée depuis plus de 50 ans, et les images se sont connectées à ma mémoire corporelle. J'ai "retrouvé" davantage par le corps que par l'esprit l'unique rue que j'avais déjà montrée ici, sur le chemin de l'école pour la première fois, lorsque j'avais 5 ans. .

trois-etots

1951mariage_maguy.jpgles 3 grands, enfants d'honneur, en route pour le mariage de Maguy

la maisonune maison à gauche, après la grande porte du garage en bois gris, je crois que c'est là!

J'ai trouvé la maison sans hésiter , et je suis allée directement vers le chemin sur lequel Maman nous emmenait promener. On a toujours raconté que nous chantions "c'est le garde-champêtre qui pue qui pète, qui prend son cul pour une trompette" et filions nous cacher en riant derrière les buissons. Je ne sais qui nous avait appris cette chanson, Denise la jeune fille qui nous gardait? Suzanne, une soeur de Maman monitice de colo? ou mes premiers copains d'école? mais j'ai eu confirmation par des promeneurs habitants de la commune que là où mon intuition m'avait conduite se trouvait bien la maison du garde champêtre, à gauche après la mare! Je comprends mieux maintenant mon attrait pour les mares et les chemins creux

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le_cheminle fameux chemin du garde-champêtre

Ce samedi après midi, celle qui fut notre maison était fermée, devenue résidence secondaire comme beaucoup d'autres, et je n'ai rien vu du jardin, juste aperçu le sommet d'un arbre. Peu de chance que ce soit le vieux cerisier sur lequel avait été prise une photo de nous 4 avant le départ vers Ryes et la Normandie!

1952_echelle.jpg photo célèbre dans la famille, une échelle sur le cerisier!

Je suis très contente d'avoir enfin retrouvé quelques véritables souvenirs, des odeurs, des bruits, des couleurs et des images... C'est aussi grâce àJenofa qui m'a donné envie d'y venir. Je l'avais croisée en faisant des recherches puis je suis allée la voir cet été. Elle a vécu à Trois-Etots juste après nous, j'avais vu des photos sur son blog et c'est spécialement pour elle que j'ai mis toutes celle-ci! J'y retournerai aux beaux jours et prendrai d'autres photos car le ciel était sombre ce samedi 27 février!

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