le blog de marie madeleine

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samedi 1 février 2014

Le paquet

Quand j'étais enfant ma marraine m'envoyait des cadeaux. Elle vivait loin et ne venait presque jamais tandis que mes frères et soeurs voyaient régulièrement leurs parrains et marraines. Alors elle m'envoyait des paquets...quelle joie c'était pour moi! Mes frères et sœur m'enviaient lorsqu'arrivait un colis. C'était un paquet à mon nom, un paquet à découvrir toute seule. Ils étaient tous autour de moi attendant que je dévoile le trésor. C'était difficile à ouvrir et l'impatience se faisait sentir. J'essayais de défaire soigneusement les nœuds de l'emballage et presque chaque fois il fallait l'aide d'un adulte pour couper la ficelle. J'étais alors la reine. Moi seule pouvait trouver et révéler le cadeau que ma marraine avait choisi pour moi. Elle s'appelait Marie-Madeleine, était un peu comme une fée, et tous rêvaient d'avoir une marraine aussi belle et lointaine que la mienne qui envoyait des cadeaux d'Amérique. Il arrivait que l'un ou l'autre de mes frères ou de ma soeur aussi reçoive un colis empli de surprise. Chaque fois c'était la même impatience, la même joie pour tous autour de celui qui fêtait son anniversaire.

IMG_9524a.jpgphoto que je gardais précieusement de ma marraine avec sa fille.

Les parents qui ouvrent les paquets de leurs enfants à l'avance n'imaginent pas le plaisir dont ils les privent. Certains parents veulent leur simplifier la tâche ou vérifier le contenu, d'autres ouvrent les lettres ou les cartes sous prétexte que l'enfant ne sait pas lire... ils ne savent sûrement pas le mal qu'ils font et quelle privation c'est pour l'enfant! Je me souviens d'un collègue qui contrôlait le courrier reçu par son adolescent "pour son bien" ou "pour éviter les mauvaises fréquentations". Quelle tristesse! Maman pensait ainsi nous protéger en lisant nos courriers après réception à notre insu. Je ne lui en veux pas mais ce fut une souffrance qui m'a incitée à me révolter et à faire tout ce qui était interdit en cachette dès que j'ai pu, vers 7 ans. C'est aussi pour cette raison que je suis extrêmement sensible à la moindre intrusion. Pour ma part, je n'ai jamais jamais ouvert une lettre ni lu un courrier de mes enfants fut-il en évidence dans leur chambre et j'en suis fort aise. Je leur ai fait confiance dès le plus jeune âge et j'ai eu raison de le faire.

IMG_9522a.jpg mon fils à l'âge d'Odin, donnant le biberon à sa petite soeur

J'essaie de re-créer ce plaisir pour mes petits-enfants et leur envoie des cadeaux par la poste puisqu'ils habitent loin de Vincennes. Odin a eu 5 ans, il a reçu son paquet, celui que j'avais préparé pour lui. Il l'avait vu lorsque le facteur l'avait apporté et savait que c'était pour lui, pour le 31 janvier, jour de son anniversaire! Dans le paquet j'avais mis de l'attention et de l'affection pour choisir et emballer ses cadeaux, des talkie-walkie, une vraie chemise d'homme blanche comme celles de son papa, et d'autres bricoles, livres, jeux, etc... J'avais ajouté un petit cadeau à donner à son frère et sa sœur dans un esprit de partage. Je fais toujours ça! J'espère qu'il était content.

dimanche 7 juillet 2013

orpheline

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Ce soir je me sens à nouveau orpheline.

Je ne ferai plus étape dans la maison au milieu des champs, je n'irai plus passer du temps sur la colline de Caluire, je ne tiendrai plus compagnie à une merveilleuse vieille dame dans son appartement de Boulouris, je ne la verrai plus pousser son caddy bien droite dans le centre commercial où elle faisait ses courses ni chercher son courrier au bord de la route devant sa maison, je ne serai plus complice des confidences de l'amie de Maman. Ce matin Anne-Marie nous a quittés et je suis triste.

Oh je sais! Depuis la mort de son mari, du dernier de ses quatre frères et de tout ses amis, elle avait perdu le goût de vivre! Elle m'avait demandé il y a quelques semaines comment était le dernier souffle de Maman et si elle avait souffert au moment de son passage dans l'autre monde. Elle m'avait dit " j'espère que Reine-Marie va intercéder auprès du Bon Dieu pour qu'il vienne vite me chercher"... Plus de lecture et plus de mots croisés, elle qui les faisait tous, même les plus difficiles! Comme Maman en 2000 elle a été opérée de la hanche, n' a pas repris la marche et s'est laissée aller. Ces derniers jours elle n'avait plus envie de rien et espérait mourir bientôt.

Elles n'étaient pas amies pour rien ces deux là! et depuis 1929! Anne-Marie avait beaucoup pleuré à la mort de Maman. " Tu te rends compte, me disait elle, 71 ans d'amitié!" Elles s'étaient rencontrées au catéchisme, avaient fait leur communion ensemble à Suresnes je crois, ou à Neuilly, il n'y a plus personne pour me le dire. Leurs parents s'étaient rencontrés et elles pouvaient aller chez l'une ou chez l'autre, chacune participant aux événements familiaux des deux familles. Maman plaignait son amie " Oh! la pauvre qui n'a que des frères!" et parlait avec admiration de monsieur L, le père de son amie:" il avait créé une grosse usine d'emballages, et c'était un homme très droit." Anne-Marie de son côté, me disait en parlant des parents de Maman: " ton Grand-père, c'était quelqu'un! Il dirigeait l'usine des camions Unic et était très respecté. Ta Grand-mère n'était pas commode mais très pieuse". Elles étaient très différentes comme je le racontais , et s'aimaient beaucoup. Leurs maris, Papa et Raymond, étaient devenus complices et tous les quatre se retrouvaient régulièrement chez les uns et les autres et en vacances.

2013-07-07_23.19.14.jpg 1935, lors d'une fête dans la famille de Maman, Anne-Marie est au milieu des frères et soeurs M, au centre entre Pierre le frère ainé et Maman debout à sa gauche.

samedi 16 mars 2013

À toute allure

3h et 5mn pour aller de Paris à Marseille! C'est vraiment rapide. On peut dire que le train roule à toute allure. C'est ce que nous disions lorsque nous étions enfants, mes frères, ma sœur et moi, tous les quatre à l'arrière de la voiture. Nous nous étonnions de la vitesse et demandions à Papa " S'il te plait, fonce, allez, Papa, va à 100!! Et ce chiffre nous semblait magique, cette vitesse incroyable et mon père presque Dieu. Mais bien sûr, Papa ne faisait pas n'importe quoi et nous expliquait les règles de prudence, les dangers de la route et les risques de la trop grande vitesse. Mais parfois, lorsque sur la Nationale 13 il y avait peu de monde et une bonne visibilité, alors que, venant de Bayeux, nous roulions vers Paris pour aller chez nos grands-mères, mon père disait " Attention! regardez bien les enfants, on est presque à 100 km/h!" Et nous admirions la route qui filait sous nos yeux, et fixions le compteur de la traction, émerveillés par cette pointe de vitesse.

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Aujourd'hui je m'émerveille du peu de temps qu'il m'a fallu pour aller de la Gare de Lyon à la Gare Saint Charles: 250 km/ h de moyenne! Depuis deux jours je profite de mes amis, du soleil, du ciel bleu et du Mistral qui nous glace. Aujourd'hui le vent est tombé, moi aussi d'ailleurs! En flânant seule sur le vieux port, vlan! un trottoir raté et la dame s'est étalée de tout son long. Relevée par un groupe de jeunes, pharmacie, arnica, pansement et tout va bien. Il n'y a plus de Mistral et je n'ai que quelques contusions et un petit bobo!!

dimanche 3 mars 2013

Jeudi 3 mars 1977

Je ne sais plus s'il devait naitre le 28 février ou le 1er mars mais je sais qu'il s'était fait attendre! Alors qu'à Val d'Isère, l'été précédent, j'avais dû rester vigilante, ne pas trop grimper et surtout ne pas dépasser 3000 mètres d'altitude, alors qu'on m'avait conseillé quelques mois auparavant de ne pas faire d'extravagance pour qu'il s'installe bien dans son nid, voilà qu'il s'y sentait trop bien et ne voulait pas en sortir! Je me souviens que le dimanche précédent nous avions fait une grande marche dans le bois, du 27 rue de Fontenay au polygone en passant par la porte jaune pour accélérer la venue de celui qu'on appelait " le bébé". A cette époque on ne faisait qu'une échographie qui n'avait pas permis de savoir si c'était une fille ou un garçon. En secret je souhaitais un garçon pour faire plaisir à son père et perpétuer le nom de son grand père paternel mais peu m'importait vraiment. Ce bébé fut attendu dans la joie et tout était prêt pour lui. Dans ma robe Laura Ashley d'un bleu que j'aimais tant, je guettais ses mouvements et le sentais très actif ...mais rien à faire, il n'était pas décidé à naître!

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J'étais sous surveillance puisqu'il avait dépassé la date de son coming out. Chaque jour j'allais à la maternité, on m'examinait, pesait, mesurait...tout allait bien! Et puis le mercredi soir pendant le match de rugby que regardait son père, il a frappé à la porte, toc toc, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Jean-Marie voulait voir la fin du match mais il a bien fallu partir. A l'arrivée aux Diaconesses, le papa fut renvoyé "Non, non, il n'est pas prêt, nous gardons madame car elle est arrivée la nuit, mais vous, revenez demain matin". A peine une heure plus tard il fallut le rappeler pour qu'il assiste à la naissance et à 2h50 notre bébé arrivait, un garçon, le plus bel enfant du monde...J'étais émerveillée et comblée par ce petit bout d'homme qui intimidait presque son Papa très fier de sa descendance. Il y a 36 ans déjà! J'ai aimé toutes les périodes chez mes enfants. J'ai aimé le bébé, le petit garçon, le jeune homme et maintenant l'homme, le mari de Camille, le papa de Lelia, Odin et Zian. Bon anniversaire mon fils!

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jeudi 11 octobre 2012

Le mont Saint Michel

Hier soir j'ai regardé la télévision. J'ai regardé "des racines et des ailes" car il y était question du mont Saint Michel qui pour moi est chargé de souvenirs....

Oh bon Saint Médard, toi qui fait la pluie, faites le beau temps!
Et s-il doit pleuvoir, oh bon Saint Médard,
ferme ton arrosoir au moins jusqu'à c'soir.
Saint Vincent faites le beau temps
pour prom'ner les petits enfants!

C'était la ritournelle que nous chantions inlassablement, tous les 4, lorsqu'en voiture les essuie-glace nous cachaient le paysage. Nous étions un peu serrés à l'arrière de la traction qui nous conduisait sur les routes normandes.

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Chaque dimanche s'il ne faisait pas assez beau pour aller à la plage et s'il n'y avait pas de visiteur à la maison, Papa et Maman nous emmenaient chez des amis, ou bien découvrir les lieux qu'ils aimaient. C'est ainsi que j'ai connu, lorsque nous vivions en Normandie, le Cotentin pour ses paysages simples et sauvages, Sainte Mère Eglise ou la côte normande pour des leçons d'histoire, la Suisse Normande pour la géographie et la beauté des vallons, Cancale pour la vie d'un petit port breton, Saint Malo et ses remparts, la grande Tapisserie de Bayeux, les plages de Carterets et les dunes de Coutainville, les cathédrales, les églises, les abbayes.... et surtout l'étrange et magnifique baie du Mont Saint-Michel.

1973-st-michel.JPG photo prise en 1973

Je crois que nous y sommes allés souvent, surtout pour des raisons religieuses. Nous y sommes allés tous les six, mais aussi avec ma grand-mère et ma tante Suzanne, avec mes oncles et tantes. Nous y allions toujours à des moments creux, à des périodes où le mont avait peu de chance d'être envahi par les touristes. Je me souviens que nous fuyions les touristes et que les parents n'aimaient pas les marchands de souvenirs, ces "marchands du temple" qui transformaient un lieu de pélerinage en lieu de futilités et gourmandises . Nous montions la rue principale, guettions les odeurs devant l'auberge de la mère Poulard, lorgnions sur les objets multicolores des magasins, courions dans les escaliers et le long des remparts puis grimpions tout en haut de l'abbaye attendre les grandes personnes. Nous ne disions pas "les adultes" en ce temps là! Il y avait quelques arrêts pour admirer les sculptures et l'architecture, pour nous expliquer l'histoire du lieu, des arrêts pour prier, et des arrêts pour regarder la mer, l'immense étendue d'eau et de sable selon que la mer était haute ou basse.

cartepostale_cpmontstmichel.jpgcarte postale des années 1950

Tout en bas les voitures semblaient ridicules! La mer qui montait à vive allure allait-elle les recouvrir? je me souviens du trajet dans la campagne normande, de l'éblouissement à l'arrivée devant l'immensité sableuse et le mont pointu, esseulé au bout du monde. Je me souviens du retour sur la petite route entourée d'eau, des jours où il fallait se presser avant la marée haute. Maman nous racontait l'histoire de l'évêque à qui l'archange Saint Michel était apparu, la foi des pélerins qui marchaient des jours et des jours pour venir prier. Papa nous expliquait les sables mouvants qui pouvaient être fatals aux étourdis et aux imprudents qui s'y aventuraient....

1951-Hatainville.jpgvacances familiales à Hatainville en 1951

Je me souviens parfaitement de mes élans de foi, mais aussi de l'impression de terreur du "galop de la mer" qui avale tout sur son passage. Je sais que j'aimais arriver dans ce lieu extraordinaire qui m'attirait tout en m'effrayant. J'y suis allée avec Jean-Marie avant qu'il ne devienne mon mari, j'y suis retournée il y a une dizaine d'années mais je ne crois pas y avoir jamais emmené mes enfants, quel dommage!! Au moins pourront-ils partager avec moi par ce blog un souvenir des dimanches de Normandie de mon enfance.

lundi 23 juillet 2012

ma soeur

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Hier je suis allée passer la journée chez ma soeur et mon beau-frère. Aujourd'hui c'est son anniversaire, hier c'était ma fête. Il en est ainsi depuis toujours, en réalité depuis que j'ai eu 1 an 1/2 puisque ma soeur est née 18 mois après moi. J'ai longtemps pensé que le 23 juillet était le jour le plus important de l'année. Ma soeur fut une petite fille parfaite, la plus mignonne et vive aux yeux de la vilaine que j'étais.

J'étais gauche et timide mais en excellente santé quand elle faillit mourir. J'avais 9 ans, mes frères 6 et 7, et elle en avait à peine 8, c'était ma petite soeur et personne ne comptait plus qu'elle pour moi. J'ai prié des nuits entières, j'ai souhaité mourir à sa place alors qu'elle était inerte à l'hôpital dans ce poumon d'acier qui me semblait un monstre cruel. Je n'avais pas le droit d'aller la voir et toute la famille, grands-parents, amis, oncles et tantes venaient à Ryes soutenir mes parents. Je ne pensais qu'à elle, on ne parlait que d'elle à la maison, au téléphone, dans la rue, et j'avais peur de ne plus jamais revoir ma soeur. Papa et Maman se relayaient près d'elle, ma tante était venue rejoindre ma grand-mère à la maison pour veiller sur nous. Après des semaines, un jour Papa est rentré de l'hôpital en disant "elle a bougé le petit doigt" et nous savions qu'elle sortait du coma et de la paralysie où le vaccin de la variole l'avait plongée, c'était le signe qu'elle guérirait. Ce fut une joie immense! En même temps qu'elle, j'ai recommencé à vivre.

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Difficile d'imaginer à quel point ma vie a été influencée par cette année là, surtout pas pour ma soeur qui a toujours un peu jalouser ma force de vie! Elle avait vaincu la maladie, tout le monde admirait sa force de caractère, ma mère disait qu'elle était une fille de tête alors que j'étais qu'une fille de coeur, elle était une enfant sage et courageuse. J'étais insupportable et j'ai longtemps rêvé d'être aussi admirable et dure qu'elle savait être, alors que je n'étais qu'une "bonne fille". Depuis quelques années j'ai creusé le passé, j'ai compris l'impact dans ma vie de ce jour terrible où j'ai cru que ma soeur allait mourir. Tous mes souvenirs antérieurs se sont effacés, certains sont revenus plus tard grâce aux photos et aux conversations familiales mais le premier vrai souvenir que j'ai date de ce matin où je me suis réveillée et où Maman répondit "elle est à l'hôpital, c'est très grave, il va falloir beaucoup prier " lorsque je lui demandais "où est Marie-Claire?"
Bon anniversaire ma soeur!

vendredi 29 juin 2012

mon beau-frère

Il aurait 71 ans. C'est aujourd'hui son anniversaire. Les odeurs de pipe, les voiliers sur l'Océan, les sculptures métalliques, la poésie, les excès de parole et l'idéalisme, les étoiles dans le ciel, beaucoup de choses m'évoquent Jean-Georges.

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Je me souviens de mes premières visites à Cheyrat, au temps des cheveux longs et des soirées interminables où nous refaisions le monde... En ce temps là, leur jardin n'était pas aussi "léché" et les oies y entraient librement. C'était l'époque où les digestifs suivaient le café qui suivait les vins qui avaient suivi les d'interminables apéros. Véronique s'impatientait car elle était fine cuisinière et tout risquait de brûler. Elle disait que nous buvions et fumions trop, et c'était vrai! En ce temps là j'avais toujours une cigarette à la bouche, je fumais 2 ou 3 paquets par jour et Jean-Georges fumait la pipe sans discontinuer. Nous partagions l'intolérance des convictions, le refus des conventions et des limites mais aussi la passion des étoiles. Je crois que c'est ce qui scella notre amitié.

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Je me souviens de ses efforts pour se "caser" dans notre petit appartement, je regrette presque les fenêtres trop ouvertes et l'eau qui déborde autour de la baignoire...mais surtout je pense à Véronique qui doit dorénavant vivre seule, à Jean-Stéphane devenu père à son tour, et à tous ceux qui gardent dans leur coeur de bons et de rudes morceaux de vie partagés avec lui.

lundi 18 juin 2012

Anniversaire d'une sacrée Nana!

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C'était une sacrée petite bonne femme, un peu timide mais vive, joueuse et joyeuse, protégée par son "grand" frère. Elle est devenue une jolie jeune femme intelligente, organisée, travailleuse et déterminée, sportive, attentive et généreuse. Elle aime son travail où elle participe activement à la protection sociale et environnementale, elle vit dans une jolie ville, gagne bien sa vie et profite de ses week-ends pour faire de la montagne ou voir ses amis....le rêve, quoi! sauf que le ciel vient de lui tomber sur la tête et tout s'est écroulé.

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Elle partageait depuis 2 ans avec son ami un bel appartement, certaines activités, le goût du sport et les mêmes aspirations, et voilà que la semaine dernière sans crier gare, il a lancé une bombe qu'elle n'a pas vue arriver. Tout va bien, il n'a aucun reproche à lui faire mais cette vie est trop régulière, toute tracée, il craint la routine, elle est attentive et parfaite mais il ne se sent pas bien, il faut qu'ils se séparent! Choc bien sûr devant la violence de l'annonce subite. Autour d'eux personne ne comprend, tout le monde s'étonne. Depuis une semaine ma petite Eve, ma fille chérie, se bat courageusement. Ses amis l'entourent, son travail l'absorbe, elle se pose mille questions mais cherche un nouvel appartement et se tourne un nouvel avenir. Demain elle va fêter son anniversaire entourée de ses amis qui se réunissent pour une fête aussi joyeuse que possible. Cette nuit, ma puce, que ma Maman appelait sa "petite grenouille" et Tristan "ma Pitchounette", dans trois heures cette sacrée nana, Eve ma fille, aura 31 ans et prendra un nouveau départ pour une belle vie.

 photo d'Eve sur La Haute route, Chamonix-Zermatt

samedi 3 mars 2012

Mon fils a 35 ans

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Quelle histoire un enfant!
Le voir rire ou sourire et le sentir heureux donne une joie profonde, mais dès qu'on le sent tendu, inquiet ou soucieux,rien ne va plus! J'en ai deux, ils sont adultes mais dès que je les sais mal ou malades, mon ventre se noue et les tourments m'assaillent. C'est merveilleux de les savoir autonomes, indépendants! Qu'ils soient loin importe peu pourvu que je les sache heureux. Qu'ils me le disent ou le cachent, je sens bien s'ils sont contrariés ou si tout va bien. C'est fou,cette aventure, quand on devient parent on imagine mal à quel point c'est pour la vie.

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Né le 3 mars 1977, Tristan fut un enfant joueur et joyeux, et puis un adolescent passionné de lecture et de rugby.

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Toujours joueur et passionné de rugby,Tristan est aussi un adulte sérieux et responsable, un mari attentionné, un père comblé et un fils attentif.

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Aujourd'hui il a 35 ans et je suis toujours aussi fière de lui. Bon anniversaire mon fils!

vendredi 9 septembre 2011

Jean-Georges

bateau

Les enfants n'attendront plus l'arrivée de son bateau comme le faisaient Tristan et Eve à Fium'alto ou au port de Campoloro,
Il ne regardera plus la mer pendant de longues heures en maintenant la barre,
Il ne curera plus sa pipe avec le dos d'une petite cuillère en argent,
Il n'observera plus les étoiles à la lunette longtemps dans la nuit ,
Il n'ira plus remplir la carafe au tonneau avant de passer à table
Il ne s'assiéra plus devant son bureau pour faire des mots fléchés
Il ne travaillera plus l'acier pour en faire des girouettes ou d'irréels objets,
Il ne sera plus près de Véronique qui sera seule dans leur grande maison,e
Il ne me montrera plus fièrement les photos de ses petits enfants.
Il ne me dira plus qu'il se sent malvenu chez moi si le tabac me dérange,
Nous n'aurons plus d'interminables conversations après le dîner,
Nous ne parlerons plus de politique, de société et de tous "ces cons qui....,"
Nous ne nous chamaillerons plus pour nos divergences,
Il ne s 'emballera plus pour de nobles idées et la justice sociale,
Il ne nous embrassera plus aussi fort que s'il donnait un coup de tête,

Quand je suis passée chez eux il y a 3 semaines, je lui avais dit qu'il était courageux et digne mais que je voyais bien qu'il était très fatigué puisque nous n'avions pas polémiqué. Il m'a dit qu'il était content que je sois venue.

J'ai connu Jean-Georges en 1972, lorsque j'ai connu le père de mes enfants car il était le mari de sa soeur. Il était de 5 ans mon aîné et fut mon beau-frère jusqu'à mon divorce. Nous sommes restés proches, échangions des confidences et quelques engueulades que ma belle-soeur tentait de pacifier. Il a lutté pendant un an. Les médicaments et et les rayons l'ont épuisé. Son coeur s'est arrêté hier soir. Je suis triste mais il vivra dans mon coeur et ne souffrira plus.

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mercredi 11 mai 2011

11 mai 1981

C'était le 11 mai, le lendemain du 10 mai, ce grand jour où le monde avait changé, notre monde. Allégresse au réveil, sachant depuis la veille que notre président serait un président de gauche. INCROYABLE!! nous l'avions tant imaginé, tant désiré et espéré, que c'était comme une légende, un rêve inaccessible, et voilà que c'était arrivé. ENFIN l'avenir s'annonçait rose.

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A l'école, ce fut un matin joyeux et dans la classe les enfants faisaient des remarques qui laissaient deviner l'opinion de leurs parents. C'était amusant car certains étaient inquiets, d'autres étaient joyeux.La veille à 20h, lorsque fut dévoilé le visage de notre futur président, nous avions hurlé de joie. Il y eut cris et manifestations de liesse dans la rue. Je mourais d'envie d'aller à la Bastille mais ce ne fut pas possible car c'était l'heure du coucher de Tristan qui n'avait que 4 ans et de plus je craignais la foule alors que s'agitait dans mon gros ventre celle que je ne connaissais pas encore très bien, celle dont nous n'avions pas encore choisi le prénom, la petite Eve qui serait plus tard tellement fière d'être née sous Mitterand.

mercredi 6 avril 2011

il y a 40 ans...

Après une vie monastique dans l'isolement complet, je me sens parfaitement sereine et les travers des uns ou des autres, au lieu de m'agacer, me font sourire.

Eh oui, dix jours sans parler ni communiquer d'aucune manière, dix jours sans lire, sans écrire ou dessiner, dix jours avec un changement d'alimentation et de rythme de vie ( lever à 4h et coucher à 9h, alors que je me lève plutôt à 8h et me couche entre minuit et 1h), dix jours sans autre souci matériel que prendre sa douche ou faire son lit, ça vous met dans une sorte de cocon feutré hors du monde. Dix heures de méditation par jour dont 3h sans un seul mouvement, quelques heures de repos dans la journée sans autre occupation que la pensée en marchant dans un petit bois ou allongée sur son lit, ça vous fait réfléchir et ça transforme une femme !

Dimanche matin je suis rentrée vers 10h, et sur le marché où je voulais faire mes courses, j'étais comme un zombie et ne savais trop quoi acheter pour me nourrir. Lundi j'ai gardé un rythme très lent et fait quelques pas rue du Midi, au soleil. Et puis enfin j'ai plongé dans la ville! Dans le métro ou chez Gibert, les comportements stressés m'ont amusée, sur le boulevard Saint Michel, les débordements de vêtements, chaussures, marchandises à consommer ont cessé de me donner la nausée et m'ont plongée 40 ans en arrière....

1971a.jpg(Vincennes, rue R du Temple au dessus de chez Gard, le fleuriste, où je vivais avec ma soeur)

C'était en 1971, l'époque où dans mon premier appartement de Vincennes je lisais Lautréamont, Henri Miller et Dostoïovski, où j'écoutais sur les 33 tours achetés chez Gibert, Léonard Cohen, Ferré, Barbara ou les Stones, Nous flânions alors, et bavardions sur le boulevard en allant de l'Institut de psycho rue Serpente à La Sorbonne, nous montions parfois plus haut vers le Luxembourg, rêvions devant la vitrine chez Carel et attendions les soldes pour y acheter nos chaussures, nous allions rue de Rennes pour trouver du Liberty et admirer les robes chez Laura Ashley en attendant de les acheter à Londres. La mode était la même, ballerines et mocassins, tuniques en liberty, robes à fleurs ou rayures marines très courtes, ce qui désespérait Maman. Rien ne dure, tout change, c'est la roue du temps! J'ai fouillé dans mes albums et retrouvé des photos, j'étais jeune et mince, j'avais des illusions, j'étais insouciante. La vie m'a mise sur des rails que je ne connaissais pas, apporté belles surprises et désillusions, j'ai enseigné, je me suis mariée, j'ai eu deux enfants, j'ai divorcé, les enfants ont grandi, j'ai cessé de travailler...

1971b.jpg( Mimizan dans les landes, en vacances avec Gilbert,"petit ami" de cette époque)

J'ai maintenant des rides et des rondeurs, mais j'ai accompli mes missions d'institutrice et de mère, j'ai des petits-enfants, j'ai la chance d'avoir hérité d'un bon patrimoine génétique, d'une bonne santé et d'une nature joyeuse et optimiste malgré les moments difficiles, je me sens complète et comblée, prête pour la suite sur une voie inconnue où la roue ne cesse de tourner...

vendredi 4 mars 2011

ANNIVERSAIRE

metro

Hier c'était l'anniversaire de Tristan...
...après l'avoir nourri et langé, je l'ai aidé à lire, à écrire, à grandir, à partager, à ouvrir les yeux sur le monde et à prendre son autonomie. Il est devenu homme, il a quitté la maison et a fondé une famille. Avec ses enfants et sa femme, comme avec sa soeur, il a toujours un tas de choses à expliquer, toujours attentif et un peu protecteur. C'est maintenant un homme, mais depuis 34 ans, c'est mon petit garçon,

30ans

vendredi 18 février 2011

chez ma grand-mère

En traversant Versailles l'autre jour, je suis passée devant chez ma grand-mère. Enfin, c'est beaucoup dire puisque la maison n'existe plus! plus de terrain de tennis, plus de grands arbres, plus de cachettes ni de courses folles avec les cousins! plus de parties de "Boîte" avec les oncles et tantes, plus rien du grand parc où plusieurs bâtiments d'une clinique ont remplacé le lieu des retrouvailles familiales.

J'aimais bien la maison de Versailles et m'y sentais un peu chez moi. J'aimais beaucoup ma grand-mère. Certains de mes cousins, y compris Marie-Liesse, avaient beau la trouver dure et intolérante, je la savais droite et noble, un peu vieille France certes, mais digne et généreuse. Il faut dire que j'ai partagé sa vie un peu plus que les autres puisque j'ai vécu chez elle pendant toute une année scolaire. Comme nous vivions près de Fontainebleau, mes parents étaient très inquiets de me savoir seule à Paris, moi qui avait soi-disant le diable au corps! Ils m'avaient confiée à ma grand-mère maternelle conscients de sa fermeté, en attendant que ma soeur, beaucoup plus raisonnable disaient-ils, devienne aussi parisienne le temps des études de médecines qu'elle projetait de faire. En fait ma jeune soeur deviendrait un peu mon garde-fou... grrrr!!
Je prenais chaque jour le train à la gare Rive Droite pour rejoindre la Sorbonne ou l'institut de psycho, et je rentrais le soir par Saint Lazare, ou par une sorte de taxi collectif qui partait de la porte de Saint Cloud selon l'heure et le lieu de mes activités. Ma grand-mère était veuve depuis plus de 10 ans. J'aimais partager le dîner qu'elle avait préparé, les soirées de confidences, surtout quand ma tante Suzanne qui vivait avec elle, n'était pas là. Je me sentais heureuse et respectée. Je me souviens de nos conversations intimes, de certaines choses que je lui ai dites et qu'elle a sues garder pour elle. Je connaissais ses habitudes de prières, ses préoccupations pour ses enfants, j'avais plusieurs fois croisé "son" clochard qui venait régulièrement par la porte de service chercher son sandwich et sa pièce de monnaie...ça m'a fait une impression bizarre de passer avenue Franchet d'Esperey!

versailles photo de la maison retrouvée dans les trésors de Maman!

mercredi 26 janvier 2011

jour particulier

Dans le petit matin d'hier, l'oiseau solitaire s'est mis à chanter. Je m'étais couchée tard et j'aurais bien continué à dormir mais le chant était si clair que j'ai ouvert ma fenêtre et je l'ai écouté. Il était très très tôt et j'ai aimé la fraîcheur de la nuit. En frissonnant je me suis dit "la journée va bien commencer" et je me suis rendormie. Je dors toujours comme un bébé! Au lever du jour, je me suis réveillée, le ciel était lumineux et je me suis souvenue que c'était le 25 janvier. Ce n'est pas un jour comme les autres puisque c'est mon anniversaire. Pour certains c'est un jour tout à fait ordinaire mais pour moi, c'est un jour de lumière. Pourtant, j'en ai soufflé des bougies depuis ma première année! Le téléphone a beaucoup sonné, j'ai reçu du courrier, des cadeaux et messages d'amitié. J'ai reçu des amis chez moi, les vins étaient bons, le repas réussi, lectures nouvelles et dentelles, gourmandises et surprises...il était tard quand mes amis sont partis. Ce fut une belle soirée!

J'avais trouvé quelque temps auparavant le petit carnet rouge, agenda de Maman l'année de ma naissance. Je suis née un vendredi,....quelques mots, le prénom de Papa et le nom des visiteurs, puis des pages blanches. Immobile à la maternité jusqu'au 17 février, elle n'a rien pu écrire, ma jeune maman gagnée par l'infection. Elle nous a souvent raconté qu'elle souffrait de ne pas pouvoir prendre son bébé dans les bras, de n'avoir pas le droit de m'allaiter, et qu'elle n'a pu sortir qu'avec une complice qui mit le thermomètre sous l'eau froide pour faire chuter la température. De retour à la maison, elle dut rester allongée sans bouger, avec des poches de glace sur le ventre jusqu'au 1er avril. Ces pages parfois écrites d'une main bien faible, sont pour moi très émouvantes et je les ai scannées afin de les conserver. Hier était un mardi et c'était mon anniversaire.

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mercredi 29 décembre 2010

les années zéro

noel83.jpgNoël 1983, réveil matinal. Tristan avait 5 ans et Eve 2 ans

Enfant, jeune-fille, mère et maintenant grand-mère, j'ai toujours aimé l'atmosphère des fêtes de Noël et du jour de l'an...et pourtant cette fin d'année est difficile. Est-ce une question de pression atmosphérique? d'alimentation? Non, c'est cette grippe qui m'empêche de sortir depuis 4 jours. Voilà que je suis obligée de me booster pour manger, pour me lever et bouger un peu alors qu'habituellement je déborde d'énergie. Mes petits-enfants sont à 500m et je suis clouée chez moi sans forces! Serait-ce la marque des années en zéro?

noel88-cadeaux.jpgNoël 1988. Plaisir de mère devant la joie des enfants

En 1990 je venais de décider de divorcer après deux années difficiles et douloureuses pour moi. Je me forçais à ne pas être trop sombre, je me culpabilisais à cause des enfants. Je n'avais pas de tonus, pas de courage, je me forçais pour tout, je n'avais envie de rien, j'attendais... j'espèrais la fin de cette année là, comme si le passage d'un chiffre m'apporterait une délivrance.

2000 fut le premier Noël sans Maman! Depuis 1993 Papa n'était plus là et son absence nous attristait, et voilà qu'en 2000 nous étions orphelins! J'avais souvent râlé contre cette quasi obligation de Noël à Valence et j'aurais parfois aimé ne pas prendre la voiture le matin du 25 décembre. Et voilà que ça manquait! Maintenant c'est chez nous que se retrouvent nos enfants. Ainsi va la vie...on dit que la roue tourne.

2010 fut un beau Noël sous la neige. Ma nièce n'a pas pu quitter Toulouse, nous n'avons pas pu aller chez ma soeur. Contrariétés mais rien de grave! Les enfants sont venus, nous avons passé un bon Noël. J'ai des enfants, des petits-enfants et des amis formidables. Cette année mon prince fut changé en crapaud il y a 8 mois mais l'absence se fait de moins en moins sentir. J'espère retrouver ma forme avec la fin de cette grippe. Encore une fois j'attends la fin d'une année en zéro, j'attends 2011.

mairiearrière de la mairie de Vincennes, côté rue de Fontenay

mercredi 8 septembre 2010

Le dernier des sept

Le plus jeune frère de Maman, le Papa de ma cousine est parti rejoindre ses frères et soeurs dans un autre monde. Je vais aller lui dire au revoir demain, à Lyon.
Il était mon plus jeune oncle, le plus proche de nous lorsque nous étions petits. Les autres étaient mariés, ce qui pour nous enfants, était synonyme de vieux. Et il avait une si jolie fiancée ! Quel grand jour lorsqu’ avec les cousines, nous fûmes demoiselles d'honneur à son mariage! C’est comme un souvenir de rêve... Plus tard, nous aimions bien quand « les petits Michel » venaient à Valence, trois blonds et une brunette, tous mignons et frisés comme des poupons.'

Catherine, sa filleule, me disait hier qu'il était le seul fil qui nous reliait encore à cette partie de nos racines. Il était le dernier des Sept. Et lorsque Mamée disait Les Sept, elle n'était pas peu fière! Nous savions tous ce que ça voulait dire: les Sept enfants de Mamée et Bon Papa, c'était un peu comme Le club des cinq, ou Les quatre filles du docteur March mais en mieux: Les Sept aux yeux bleus comme leurs parents, les Sept à Suresnes, les Sept en vacances, les Sept à Fessy, les Sept avant la guerre, les Sept pendant l'Exode.... Que de pages d'histoires et d'aventures évoquées pour nous! C'était plus vrai, plus extraordinaire que dans nos lectures, et plus proche de nous aussi. Et mon oncle Michel était le plus jeune, le petit dernier.

vicq1935.jpgLes sept en vacances à Vicq sur Gartempe,1935

Voilà que s'ouvre la page du dernier tome "Les retrouvailles des Sept". Je me demande qui le rédige là-haut? sans doute Suzanne? ou Marie-Thérèse? Et pendant que sous le regard attendri de son mari, Reine-Marie surveille du haut du balcon si personne ne fait de bêtises, Jean déclame, Pierre fait les illustrations, et Michel chante, ou vice-versa car ils savaient tout faire dans cette famille d'artistes. Voilà que lui aussi a retrouvé son frère Maurice qui les attendait depuis si longtemps! et nos cousins, la petite Françoise, Dominique, Jean-Louis, Marie-Liesse et François.

J'ai trouvé dans les souvenirs de Maman une lettre datant du 26 janvier 1928. C’est Mamée qui écrivait à ses filles pensionnaires et parlait de son petit dernier en disant:

«…et Michel est notre rayon de soleil. Il répète tout ce qu’il entend et m’amuse beaucoup »

michel_0003.jpgBon Papa et ses 4 fils à St Germain en Laye, 1928

mardi 20 avril 2010

Reine-Marie

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Elle aurait 95 ans. Il y a 10 ans, Reine-Marie fêtait son dernier anniversaire. C'était ma Maman. Elle était née le 20 avril 1915. Elle fut enfant, jeune fille, l'aînée d'une famille de sept enfants puis devint la femme de Papa jusqu'à sa mort en 1993. Ce fut terrible pour elle mais peu à peu elle a retrouvé le goût de vivre, seule dans sa grande maison. Elle aimait les enfants, surtout les petits, a consacré une partie de sa vie aux enfants mongoliens, puis à nous quatre, ses enfants. Elle aimait beaucoup ses petits-enfants, fière d'en avoir neuf. Elle était très "famille" et réunissait tous les ans ses frères, soeurs, neveux et nièces avec ses amis dans la salle des fêtes qui porte maintenant le nom de Papa. Maman adorait la campagne, la nature et la simplicité mais détestait les engrais, le progrès, et avait toujours craint la venue de l'an 2000...

Maman avait mal au genou depuis longtemps. Quelques mois auparavant je l'avais accompagnée à la clinique de Montereau envoyée par le médecin. Quand on lui a assuré que c'était une radio de la hanche qui était prescrite, elle refusé fermement " quel âne ce médecin, je vais le voir pour le genou et il s'occupe de ma hanche!" mal informée des symptômes qui l'ont clouée au lit trois mois plus tard. Elle a dansé le soir du 31 décembre 1999 chez mon "petit" frère. Le 1er janvier elle n'a pas pu se lever et a dû être opérée.

De la clinique à la maison de rééducation, de malaise en mal-être, du retour chez elle qui fut dramatique jusqu'à la maison de retraite, puis à l'hôpital, ce fut une sorte de parcours du combattant pour Maman qui ne s'est pas rétablie. Elle devait entrer dans un établissement de soins palliatifs que nous avions visité quelques jours plus tôt avec Tristan. Sans doute était-ce trop de changement pour elle. "Tout le monde est si gentil avec moi" disait-elle en ce mois d'août à l'hôpital de Montereau, elle aurait voulu y rester.

Mes frères et soeur étaient en vacances. J'étais partie en juillet, je venais la voir tous les 2 jours. Un matin je me suis arrêtée signer la sortie avant de monter la voir et quand je suis arrivée, j'ai su que ça n'allait pas. J'ai fait appeler le médecin. On m'a fait sortir. On est venu me chercher "il va falloir être courageuse". Un prêtre est venu. Je suis restée près de Maman qui s'inquiétait de mes frères et soeur. Je l'ai rassurée "je vais les appeler, ne t'inquiète pas". Elle s'est apaisée. J'ai eu l'impression qu'elle me passait le relais. Je suis restée là un long moment et puis j'ai prévenu l'infirmière, je suis sortie dans la rue, je me suis assise sur un banc, j'ai respiré, j'ai appelé mes frères et ma soeur, j'ai pris le relais....

J'ai envie de dire "Bon anniversaire ma petite Maman" et de lui offrir des fleurs des champs, ses préférées.

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jeudi 8 avril 2010

Ma Normandie

normande photo prise dans le parc de la maison de Ryes, en 1954 avant l'année terrible où mourut mon grand-père et où j'ai eu tellement peur de perdre ma petite soeur.

Ma Normandie

Quand tout renaît à l'espérance,
Et que l'hiver fuit loin de nous.
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l'hirondelle est de retour,
J'aime à revoir ma Normandie,
C'est le pays qui m'a donné le jour.

J'ai vu les lacs de l'Helvétie,
Et ses chalets et ses glaciers.
J'ai vu le ciel de l'Italie
Et Venise et ses gondoliers.
En saluant chaque patrie
Je me disais: aucun séjour
N'est plus beau que ma Normandie:
C'est le pays qui m'a donné le jour.

Il est un âge dans la vie
Où chaque rêve doit finir,
Un âge où l'âme recueillie
A besoin de se souvenir.
lorsque ma muse refroidie
Aura fini ses chants d'amour,
J'irai revoir ma Normandie
C'est le pays qui m'a donné le jour.

C'est une chanson qui date de 1836 et que nous avions apprise à l'école. Je me souviens l'avoir chantée sur l'estrade pour les prix, en costume de normande, à l'école de Ryes. J'ai encore très souvent la mélodie et les paroles en tête.

dreamcarte postale d'une série que j'ai découverte et appréciée

Et le rêve s'est réalisé! il a fait un temps de plus en plus beau chaque jour dans cette Normandie dont je me sens un peu l'enfant! Je l'avais évoquée __ici__ l'an dernier à la même époque et je viens d'y passer à nouveau quelques jours enchanteurs... soleil, vent, amitié, rires, dessin, flâneries le long des grandes plages, visites historiques et souvenirs, danse et bavardages... Le week-end de Pâques prolongé fut un vrai moment de détente et d'échanges dans cette région chère à mon coeur.

les fillesavec Christine et Thérèse à la pointe du Hoc

eglise_ryeséglise de Ryes, vue depuis la promenade des monts

chemin_presbytèrechemin de mes premières amours, à Ryes, face au presbytère

plagel'extrémité de la plage d'Arromanches

jeudi 11 mars 2010

Trois-Etots

le-hameau

J'ai longtemps cru, jusqu'à mes études de psycho, qu'il était normal de n'avoir aucun souvenir de ma petite enfance. Puis j'ai pensé que ma mémoire était défaillante jusqu'à ce que je réalise récemment que je n'ai aucun souvenir d'enfance antérieur à "la maladie de ma soeur". Certes, je sais ce que j'ai vécu auparavant, j'ai vu des photos, j'ai entendu des anecdotes, mais je ne me souviens pas. Ma vie consciente commence à 9 ans. J'ai bloqué tout ce que j'ai vécu jusqu'à ce jour où j'ai cru que ma petite soeur allait mourir.

Je "travaille" donc avec l'aide d'une thérapeute à la reconstruction de ma mémoire d'enfant. C'est ainsi que j'ai ressenti l'envie de retourner à Trois-Etots où j'ai vécu de 3 à 6 ans. Je n'y étais pas retournée depuis plus de 50 ans, et les images se sont connectées à ma mémoire corporelle. J'ai "retrouvé" davantage par le corps que par l'esprit l'unique rue que j'avais déjà montrée ici, sur le chemin de l'école pour la première fois, lorsque j'avais 5 ans. .

trois-etots

1951mariage_maguy.jpgles 3 grands, enfants d'honneur, en route pour le mariage de Maguy

la maisonune maison à gauche, après la grande porte du garage en bois gris, je crois que c'est là!

J'ai trouvé la maison sans hésiter , et je suis allée directement vers le chemin sur lequel Maman nous emmenait promener. On a toujours raconté que nous chantions "c'est le garde-champêtre qui pue qui pète, qui prend son cul pour une trompette" et filions nous cacher en riant derrière les buissons. Je ne sais qui nous avait appris cette chanson, Denise la jeune fille qui nous gardait? Suzanne, une soeur de Maman monitice de colo? ou mes premiers copains d'école? mais j'ai eu confirmation par des promeneurs habitants de la commune que là où mon intuition m'avait conduite se trouvait bien la maison du garde champêtre, à gauche après la mare! Je comprends mieux maintenant mon attrait pour les mares et les chemins creux

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le_cheminle fameux chemin du garde-champêtre

Ce samedi après midi, celle qui fut notre maison était fermée, devenue résidence secondaire comme beaucoup d'autres, et je n'ai rien vu du jardin, juste aperçu le sommet d'un arbre. Peu de chance que ce soit le vieux cerisier sur lequel avait été prise une photo de nous 4 avant le départ vers Ryes et la Normandie!

1952_echelle.jpg photo célèbre dans la famille, une échelle sur le cerisier!

Je suis très contente d'avoir enfin retrouvé quelques véritables souvenirs, des odeurs, des bruits, des couleurs et des images... C'est aussi grâce àJenofa qui m'a donné envie d'y venir. Je l'avais croisée en faisant des recherches puis je suis allée la voir cet été. Elle a vécu à Trois-Etots juste après nous, j'avais vu des photos sur son blog et c'est spécialement pour elle que j'ai mis toutes celle-ci! J'y retournerai aux beaux jours et prendrai d'autres photos car le ciel était sombre ce samedi 27 février!

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