J'aime beaucoup les romans, et j'en ai toujours un "en cours" en plus de mes différentes lectures. Comme j'aime garder les livres que j'ai lus, je ne les prends pas à la bibliothèque mais vais souvent flâner chez Millepages, la librairie de Vincennes.
Un tour rapide aux tables d'expositions, quelques regards aux nouveautés, puis je vais choisir mes romans au rayon des livres de poche, d'abord pour le prix, mais aussi pour la légèreté et le poids dans le sac à main. Parfois j'ai un désir précis et je l'attrape dans les rayonnages mais le plus souvent je passe un grand moments aux tables où ils sont étalés.... quelques manipulations, un regard à ceux qui me font de l'oeil , je m'attarde, tripote, respire, feuillette , lis quelques pages et les notes du libraire. Je prends le temps de choisir mes prochaines virées romanesques...
C'est ainsi que je suis tombée il y a quelques mois sur "Le soleil des Scortas" de Laurent Gaudé. Bien sûr, j'avais lu "La Mort du roi Tsongor" il y a plusieurs années, mais là, j'ai tout de suite été embarquée à Montepuccio, village d’Italie du Sud où vivaient les Scortas. C'était pesant et lourd de tous les secrets de la famille. J'avais chaud, j'avais soif, emportée par les mots et les phrases ...

Le vent souffle. Il couche les herbes sèches et fait siffler les pierres. Un vent chaud qui charrie les bruits du village et les odeurs marines. je suis vieille et mon corps craque comme les arbres sous la poussée du vent. Je suis encombrée de fatigue. Le vent souffle et je m'appuie sur vous pour ne pas chanceler.

J'ai lu beaucoup d'autres choses mais c'est dans "Eldorado" du même auteur que je viens de trouver la même chaleur et cette bouleversante puissance d'expression.

Nous marchons.Sans parler. Sans penser à la nourriture qu'il va falloir trouver, à l'argent qu'il va falloir gagner pour que le voyage continue. Nous marchons. Boubakar, malgré sa jambe abîmée, marche avec le sérieux des fous. Je suis mon guide aliéné. Peu importe. Que les lézards rient de nous. Le monde est trop grand pour mes pieds mais je poursuivrai.

J'ai hâte de trouver "Dans la nuit Mozambique" au rayon des livres de poche!