Honteux! jusqu'à 10h la tête sur une pile d'oreillers et le reste du corps enfoui sous la couette...pourtant, je ne clochardise pas comme disait ma grand-mère des gens qui traînent au lit. Non! au contraire je voyage! Ma première évasion 2010 m'entraîne sur Les vaisseaux du coeur, roman de Benoîte Groult dont j'ai parlé dans un précédent billet. C'est ainsi que je commence mes journées les matins où je ne vais pas à la gym, où je ne prends pas le train, où je n'ai pas d'engagement... C'est chaque fois un merveilleux voyage! pas seulement dans l'histoire, l'aventure ou le suspense, pas seulement dans l'atmosphère ou les idées ni dans une époque, mais surtout dans la langue. Surprises et variétés du rythme, des mots et des tournures sont toujours au rendez-vous. C'est ce qui m'a le plus frappé dans mes dernières lectures.

Il faut dire que je suis passée de Carlos Ruiz Zafon, écrivain espagnol qui vit aux Etats- Unis, né en 1964, à André Gide dont l'écriture est tellement raffinée voire un peu maniérée, né presque cent années plus tôt, en passant par George Sand, femme exceptionnelle aux idées révolutionnaires et à l'écriture un peu désuette, aussi terrienne que ses origines, née au début du XIXème.

Voici quelques extraits de mes 3 derniers voyages:

Carlos Ruiz Zafon:
L'ombre du vent est à l'image de son site, sur fond noir d'où sortent des taches de lumières dans les méandres sans fin des tourmentes de la vie.

des phrases que j'ai aimées:

rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s'ouvre vraiment un chemin jusqu'à son coeur.

Les mots avec lesquels on empoisonne le coeur d'un enfant, par petitesse ou ignorance, restent enkystés dans sa mémoire et, tôt ou tard, lui brûlent l'âme.

Nous restons vivants tant que quelqu'un se souvient de nous

et une que j'ai eu du mal à accepter:

Faire confiance aux femmes est une chose, et faire confiance à ce qu'elles disent en est une autre.

André Gide:
La symphonie pastorale m'avait bouleversée. Je l'avais découvert en 3ème, au lycée, pendant une heure de colle, alors que j'avais terminé la punition obligatoire. J'ai lu les autres oeuvres au fil des années et relu il y a quelques années La porte étroite pour confirmer mon horreur du sacrifice. Il n'y avait guère que L'Ecole des femmes que je ne connaissais pas et dont l'actualité des propos m'a sidérée:

Quelles réflexions sur l'être et le paraître, le rôle de l'église, la puissance des mots!

C'est que, au fond, l'Eglise et lui ne se soucient que des dehors. L'abbé s'accomode bien plus volontiers d'un simulacre qui le sert que de ma sincérité qui le gêne

Je sais à présent découvrir dans les grands auteurs du passé, à travers ce qui ne me paraissait que pompe froide et beau langage, beaucoup de confidence, au point que de certains d'entre eux j'ai fait des conseillers secrets, des amis , et c'est souvent pès d'eux que j'ai cherché refuge...car je me sens terriblement seule.

car tout naturellement, et presque malgré soi, on en vient à penser ce que l'on a dit.

George Sand:
Quand Eve m'a demandé si j'avais des livres de George Sand dont elle n'avaitétudié que des extraits à l'école, j'ai cherché en vain dans mes étagères. Et au rayon poche chez Millepages, on ne trouve rien, il faut aller voir au rayon classique. C'est ainsi que j'ai relu chez Eve La Petite Fadette de mon enfance. Je me souvenais bien de l'étage de la bibliothèque de mes parents où elle était rangée et de l'aspect du livre dans la collection Nelson dont j'ai encore quelques exemplaires, mais pas du tout de la finesse psychologique et des idées. Comment l'aurais-je pu à 12 ans?

Landry ne pouvait pas deviner cette jalousie de son frère ; car, de son naturel, il n'avait eu, quant à lui, jalousie de rien en sa vie.

La belle Madelon qui était renommée pour son air sage et pour ses manières fières avec les garçons, était cependant très coquette en dessous, et pas moitié si raisonnable ni si fidèle dans ses amitiés que le pauvre Grelet, dont on avait si mal parlé

Moi, je crois que l'amour me commanderait encore plus que ce que l'amitié me fait faire.

Je crois bien que, quand elle le suivait par les champs et par les chemins, en lui disant des folies et des taquineries pour le forcer à s'occuper d'elle, elle ne savait point encore ce qu'elle faisait, ni ce qui la poussait vers lui.

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