J'aime vraiment Benoîte Groult, sa façon de parler des femmes, des vieilles, des jeunes, des sages et des autres. De l'intérieur, sans détours. J'ai souvent l'impression qu' elle parle de moi, de ma vie. Je suis comprise, acceptée avec mes faiblesses et pour une fois, je ne me sens plus pécheresse. Dans "Les vaisseaux du coeur", c'est comme si elle évoquait cette relation discrète qui parfois me rend sombre, et me laisse inévitablement seule le week-end. C'est pourtant tellement essentiel à mon être que je ne sais ni comment, ni pourquoi m'en défaire... De temps en temps, il m'arrive d'avoir peur et d'être envahie d'inquiétudes:

"C'est pas moi qui compte pour moi, c'est toi dans ma vie."
"Comment saurais-je s'il va bien? comment me fera-t-il savoir s'il a besoin de moi? Toute la précarité de notre relation nous apparaît....On se dit longtemps qu'on a sauvé l'essentiel, qu'on a gardé la meilleure part.Mais vient le jour cruel où, dans le plus grand besoin, celui qu'on aime ne peut plus vous appeler. Je suis moins que la dernière de ses amies désormais et cette impuissance m'accable."
"Mais je frissonnais malgré le temps doux, comme si ma peau toute entière eût été en deuil de lui. En deuil d'un homme avec lequel je n'aurai jamais passé Noël."

Moi aussi j'essaie de lutter, de m'éloigner, je me raisonne et tente de me détacher. Mais est-ce facile de raisonner ce qu'on ressent? je me laisse envelopper par la douceur des attentions et je vis par moi-même, entourée d'amis, pleinement, au présent, et de mieux en mieux.