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Elle aurait 95 ans. Il y a 10 ans, Reine-Marie fêtait son dernier anniversaire. C'était ma Maman. Elle était née le 20 avril 1915. Elle fut enfant, jeune fille, l'aînée d'une famille de sept enfants puis devint la femme de Papa jusqu'à sa mort en 1993. Ce fut terrible pour elle mais peu à peu elle a retrouvé le goût de vivre, seule dans sa grande maison. Elle aimait les enfants, surtout les petits, a consacré une partie de sa vie aux enfants mongoliens, puis à nous quatre, ses enfants. Elle aimait beaucoup ses petits-enfants, fière d'en avoir neuf. Elle était très "famille" et réunissait tous les ans ses frères, soeurs, neveux et nièces avec ses amis dans la salle des fêtes qui porte maintenant le nom de Papa. Maman adorait la campagne, la nature et la simplicité mais détestait les engrais, le progrès, et avait toujours craint la venue de l'an 2000...

Maman avait mal au genou depuis longtemps. Quelques mois auparavant je l'avais accompagnée à la clinique de Montereau envoyée par le médecin. Quand on lui a assuré que c'était une radio de la hanche qui était prescrite, elle refusé fermement " quel âne ce médecin, je vais le voir pour le genou et il s'occupe de ma hanche!" mal informée des symptômes qui l'ont clouée au lit trois mois plus tard. Elle a dansé le soir du 31 décembre 1999 chez mon "petit" frère. Le 1er janvier elle n'a pas pu se lever et a dû être opérée.

De la clinique à la maison de rééducation, de malaise en mal-être, du retour chez elle qui fut dramatique jusqu'à la maison de retraite, puis à l'hôpital, ce fut une sorte de parcours du combattant pour Maman qui ne s'est pas rétablie. Elle devait entrer dans un établissement de soins palliatifs que nous avions visité quelques jours plus tôt avec Tristan. Sans doute était-ce trop de changement pour elle. "Tout le monde est si gentil avec moi" disait-elle en ce mois d'août à l'hôpital de Montereau, elle aurait voulu y rester.

Mes frères et soeur étaient en vacances. J'étais partie en juillet, je venais la voir tous les 2 jours. Un matin je me suis arrêtée signer la sortie avant de monter la voir et quand je suis arrivée, j'ai su que ça n'allait pas. J'ai fait appeler le médecin. On m'a fait sortir. On est venu me chercher "il va falloir être courageuse". Un prêtre est venu. Je suis restée près de Maman qui s'inquiétait de mes frères et soeur. Je l'ai rassurée "je vais les appeler, ne t'inquiète pas". Elle s'est apaisée. J'ai eu l'impression qu'elle me passait le relais. Je suis restée là un long moment et puis j'ai prévenu l'infirmière, je suis sortie dans la rue, je me suis assise sur un banc, j'ai respiré, j'ai appelé mes frères et ma soeur, j'ai pris le relais....

J'ai envie de dire "Bon anniversaire ma petite Maman" et de lui offrir des fleurs des champs, ses préférées.

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