Au secours, je ne sais plus lire! Depuis des mois je n'arrive plus à lire, ou plus exactement je n'arrive plus à lire de romans! Pourtant, jusqu'à maintenant j'avais toujours aimé plonger dans l'atmosphère particulière, brumeuse, chaude ou légère, sereine ou grave et tumultueuse d'un roman....

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Toute petite j'ai aimé l'évasion procurée par les contes que Maman lisait, par les histoires que ma tante Suzanne racontait, et très vite par les romans de ma jeunesse. Dès que j'ai su lire, à Ryes, je m'installais dans l'escalier, sur le rebord de la fenêtre qui donnait sur le parc et me plongeais dans "Un bon petit diable" , "Maroussia" ou "le petit lord Fauntleroy", livres de mon enfance dont le nom évoque aussitôt les symphonies de Beethoven, les Valses de Strauss, Schubert, Mozart, tout ce qu' écoutait Maman l'après midi, alors qu' elle lisait, tricotait ou faisait de la couture. A dix ans, je me suis passionnée pour les "signes de piste", adolescente j'ai dévoré tous les Arsène Lupin Agatha Christi, les romans de Georges Sand, la littérature classique, tout ce qui sortait du fond de la grande bibliothèque de mes parents. J'ai aussi lu secrètement les romans à l'eau de rose et les romans photos que me glissait Denise sous le matelas quand elle faisait mon lit ou le ménage de la chambre.

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Plus tard j'ai adoré me plonger complètement dans l'atmosphère d'un auteur en lisant tout Balzac, tout Flaubert, Hervé Bazin, sans avoir envie de sortir de leur ambiance ni de faire quoi que ce soit d'autre de mes loisirs. J'ai pleuré avec Scarlett Ohara, j'ai été émue par Les Hauts de Hurlevent, J'emmenais les romans de Tolstoï, les Sexus, Nexus, Plexus d'Henry Miller pour lire en dinant seule le soir dans un petit restaurant Vincennois en face de l'église. Je lisais dans le train, je lisais dans le métro, dans les amphis de la Sorbonne, entre et parfois pendant les cours . Je lisais au soleil sur le pont des Arts pendant que Lionel dessinait à la craie et qu'André vendait ses tableaux. Les garçons se moquait de nous les filles si j'évoquais ce que j'aimais chez Colette, Sagan ou Beauvoir. Nous échangions sur les Chants de Maldoror, Le Meilleur des Mondes, Histoire d'O ou Moravagine autant que sur les écrits de Sartre,Camus, ou Boris Vian. J'ai dégusté Pagnol, dévoré Dostoïovski,savouré les pages de Benoite Groult et Isabel Allende, adoré Jane Austen.

Et voilà que je ne peux pas! je n'arrive plus à suivre une intrigue, à rentrer dans une histoire.

J'ai toujours lu dans mon lit avant de dormir, et depuis que j'ai cessé de travailler, j'avais pris l'habitude de lire le matin avant de me lever. Récemment, j'ai ri avec Katherine Pancol, souri avec Erik Orsenna et tremblé avec Fred Vargas. J'ai lu Eric Emmanuel Schmidt et Amélie Nothomb. Je n'ai pas aimé "l'élégance du hérisson" et j'ai zappé "Millenium" mais j'ai découvert la belle écriture de Laurent Gaudé. Depuis quelques mois, c'est impossible! je flâne chez Millepages et respire dans les rayons de littérature française ou étrangère, je choisis et j'achète des livres qui s'emplilent dans ma PAL (pile à lire).

"A quoi me sert mon petit coin biblithèque? Je n'arrive plus à lire" disais-je inquiète à madame P que je vois régulièrement ces derniers temps, ma psy, quoi! En analysant plus finement mes propos, elle me demande si j'e vais au cinéma, si je regarde des films à la télévision. Non plus! C'est pareil! même envie, même impossibilité.... Je ne peux pas!
Je finis par percevoir que si je n'arrive pas à me plonger dans un roman, je réussis parfaitement à me documenter, m'intéresser à divers sujets, approfondir des connaissances, lire le journal, etc...bref je sais encore lire! Et si je n'arrive pas à regarder un film, je peux suivre des reportages, des sujets d'actualité, je vais voir des spectacles de danse, des concerts ou des pièces de théatre... Je fuis les émotions du romanesque mais poursuis ma quête de connaissances. Ouf!! me voilà rassurée mais tout de même, j'aimerais à nouveau pouvoir échapper au réel, m'évader, explorer d'autres mondes depuis mon canapé, sous la douceur de la couette ou sur un fauteuil de salle de ciné!