Quelqu'un m'a dit qu'il avait "raté Doisneau". Oui l'exposition s'est terminée il y a quelques jours et je suis contente de l'avoir vue. C'était une belle vision des Halles que j'ai connues et ce fut une sacrée rencontre avec mes souvenirs.

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Je les ai si souvent traversés ces pavillons Baltard avant 1971, pendant mes années estudiantines! Chaque jour après mes cours rue Serpente, à l'Institut de psycho, je retrouvais mes amis à la sortie des Beaux-Arts. Nous franchissions la Seine sur le pont des Arts, longions les quais ou bien traversions la grande cour du Louvre et pénétrions au centre de la rive droite avant de nous séparer après avoir pris un café dans le quartier animé des Halles. C'est surtout au petit matin lorsque les soirées s'étaient prolongées que nous profitions de l'effervescence et de la jovialité des vendeurs. A nous saucisses et soupes chaudes, salades et tomates fraîches selon la saison!

En 1968, lorsque nous sortions des manifestations, après les débats passionnés dans les amphis de la Sorbonne ou les discussions interminables dans notre bistrot rue Mazarine, ce n'était pas toujours facile de rejoindre Vincennes. Le métro était en grève, les camions militaires surchargés et nous rejoignions les Halles pour terminer la soirée chez André du côté de la rue Berger ou chez les parents de Lionel qui vivaient derrière Saint Eustache.

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Et puis il y eut la grande tristesse, le transfert du marché, le déménagement vers Rungis et La Villette. Ce fut le grand vide malgré quelques manifestations culturelles dans les pavillons désertés. C'est à cette époque, que j'ai vu, au coeur des Halles délaissées, déambuler les animaux du Grand Magic Circus de Jérôme Savary, spectacle vivant et magnifique comme une révolution théatrale.

Je me souviens aussi de la rencontre avec une des prostituées désoeuvrées après le grand départ...Je sortais un matin de chez un ami, rue Rambuteau, et décidai de boire un café au coin de la rue Saint Denis ou de la rue du Temple je ne sais plus. J'avais posé près de moi sur le bar cahiers et livres dont celui de Freud "Trois essais sur la théorie sexuelle". Une des femmes s'approcha et me demanda "alors vous aussi vous travaillez dans le sexe?". J'expliquai mes cours de psycho, elle parla de sa vie, nous avons avons décidé de nous retrouver un prochain matin...

Et puis il y eut la démolition des pavillons. Nous nous penchions avec fascination sur ce grand trou, atterrés par le spectacle et le grondement des engins. Il était question d'un lieu vivant, d'une gare et d'une sorte de forum dont nous savions désespérément qu'il serait surtout commercial et sans la chaleur humaine que nous avions connu. Vingt ou trente mille personnes avaient dû abandonner le coeur de Paris dont on ouvrait le ventre. Désolation!

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Toutes les photos ont été prises début février à l'exposition "Doisneau, Paris les Halles" qui eut lieu à l'Hotel de ville de Paris