Hier soir j'ai regardé la télévision. J'ai regardé "des racines et des ailes" car il y était question du mont Saint Michel qui pour moi est chargé de souvenirs....

Oh bon Saint Médard, toi qui fait la pluie, faites le beau temps!
Et s-il doit pleuvoir, oh bon Saint Médard,
ferme ton arrosoir au moins jusqu'à c'soir.
Saint Vincent faites le beau temps
pour prom'ner les petits enfants!

C'était la ritournelle que nous chantions inlassablement, tous les 4, lorsqu'en voiture les essuie-glace nous cachaient le paysage. Nous étions un peu serrés à l'arrière de la traction qui nous conduisait sur les routes normandes.

1954_traction.jpg

Chaque dimanche s'il ne faisait pas assez beau pour aller à la plage et s'il n'y avait pas de visiteur à la maison, Papa et Maman nous emmenaient chez des amis, ou bien découvrir les lieux qu'ils aimaient. C'est ainsi que j'ai connu, lorsque nous vivions en Normandie, le Cotentin pour ses paysages simples et sauvages, Sainte Mère Eglise ou la côte normande pour des leçons d'histoire, la Suisse Normande pour la géographie et la beauté des vallons, Cancale pour la vie d'un petit port breton, Saint Malo et ses remparts, la grande Tapisserie de Bayeux, les plages de Carterets et les dunes de Coutainville, les cathédrales, les églises, les abbayes.... et surtout l'étrange et magnifique baie du Mont Saint-Michel.

1973-st-michel.JPG photo prise en 1973

Je crois que nous y sommes allés souvent, surtout pour des raisons religieuses. Nous y sommes allés tous les six, mais aussi avec ma grand-mère et ma tante Suzanne, avec mes oncles et tantes. Nous y allions toujours à des moments creux, à des périodes où le mont avait peu de chance d'être envahi par les touristes. Je me souviens que nous fuyions les touristes et que les parents n'aimaient pas les marchands de souvenirs, ces "marchands du temple" qui transformaient un lieu de pélerinage en lieu de futilités et gourmandises . Nous montions la rue principale, guettions les odeurs devant l'auberge de la mère Poulard, lorgnions sur les objets multicolores des magasins, courions dans les escaliers et le long des remparts puis grimpions tout en haut de l'abbaye attendre les grandes personnes. Nous ne disions pas "les adultes" en ce temps là! Il y avait quelques arrêts pour admirer les sculptures et l'architecture, pour nous expliquer l'histoire du lieu, des arrêts pour prier, et des arrêts pour regarder la mer, l'immense étendue d'eau et de sable selon que la mer était haute ou basse.

cartepostale_cpmontstmichel.jpgcarte postale des années 1950

Tout en bas les voitures semblaient ridicules! La mer qui montait à vive allure allait-elle les recouvrir? je me souviens du trajet dans la campagne normande, de l'éblouissement à l'arrivée devant l'immensité sableuse et le mont pointu, esseulé au bout du monde. Je me souviens du retour sur la petite route entourée d'eau, des jours où il fallait se presser avant la marée haute. Maman nous racontait l'histoire de l'évêque à qui l'archange Saint Michel était apparu, la foi des pélerins qui marchaient des jours et des jours pour venir prier. Papa nous expliquait les sables mouvants qui pouvaient être fatals aux étourdis et aux imprudents qui s'y aventuraient....

1951-Hatainville.jpgvacances familiales à Hatainville en 1951

Je me souviens parfaitement de mes élans de foi, mais aussi de l'impression de terreur du "galop de la mer" qui avale tout sur son passage. Je sais que j'aimais arriver dans ce lieu extraordinaire qui m'attirait tout en m'effrayant. J'y suis allée avec Jean-Marie avant qu'il ne devienne mon mari, j'y suis retournée il y a une dizaine d'années mais je ne crois pas y avoir jamais emmené mes enfants, quel dommage!! Au moins pourront-ils partager avec moi par ce blog un souvenir des dimanches de Normandie de mon enfance.