8 mars, journée des femmes, fête des femmes. Il est de bon ton d'en rire ou de la réduire par des propos sarcastiques. Dommage! C'est comme un étendard, un drapeau qu'on garde dans son armoire et qu'on sort pour la fête nationale. Les autres jours nous appartiennent mais le 8 mars est jour de fête. Quelle fierté d'être femme!

J'ai attendu pour naître que les femmes aient le droit de vote. Quand j'étais adolescente, Maman était "femme au foyer"et pensait que le travail des femmes était un scandale. Elle s'occupait beaucoup de nous, je me sentais surveillée, ne voulais pas être comme elle et courais après ma liberté. Je rêvais de travailler pour ne dépendre de personne. Etudiante je militais au MLF, j'assistais aux réunions de la mutualité, je manifestais pour notre liberté sexuelle, j'allais dans des endroits étranges voir un drôle de médecin pour obtenir "la" pilule encore interdite. J'étais une jeune femme légère et libre. J'avais choisi un métier que j'exercerai pendant 35 ans avec bonheur et j'épousai un photographe sans revenus, un artiste intelligent et beau.

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J'eus deux enfants. Lorsqu'ils étaient petits je courais après le temps! Pas le temps de m'arrêter, de me reposer et de regarder les nuages. Pas le temps de lire dessiner ni bloguer, de toutes façons il n'y avait ni internet ni ordinateur! Je m'accordais exceptionnellement un film à la télé le mardi soir avec un tricot ou un ourlet à terminer. Pas le temps de parler longtemps au téléphone mais heureusement il y avait la récré pour bavarder avec les copines! La période la plus speed fut celle des années d'école maternelle d'Eve. Les deux premiers mois elle déjeunait à la cantine comme son frère avant elle et comme moi depuis mes premières années d'enseignement. Cela me donnait le temps de travailler dans ma classe et de prendre le café avec mes collègues. Lorsque la maman d'une de mes élèves me dit que chaque midi en allant chercher sa plus jeune fille elle voyait ma fille pleurer et encore pleurer lorsqu'elle la raccompagnait, je retirai Eve de la cantine. La course s'accéléra mais on ne laisse pas sa fille de 3 ans pleurer tous les jours!

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La journée était remplie d'activités que je ne pouvais éviter. Mon mari était journaliste. Il ne s'occupait guère de la maison ni des enfants, en voyage ou enfermé dans son labo photo pièce de la maison qui lui était réservée. Préparation du petit déjeuner avant 7h, réveil des enfants, douche et p'tit déj, départ à l'école, retour à midi après avoir récupéré Eve à la maternelle, repas, retour à l'école, travail puis goûter généralement au bois. L'après-école était un moment de détente comme le mercredi après le ménage et les courses. Au petit square du bois, je retrouvais mes copines et mes enfants leurs copains. Et puis après le passage à la boulangerie sur le chemin du retour, il y avait le bain des enfants chacun à leur tour pendant que je préparais le dîner,le retour de Jean-Marie, le dîner, le coucher et l'extinction des feux à 20h30 après l'histoire du soir. Alors, je me replongeais dans mon travail, m'installais pour corriger les cahiers, préparer ma journée de classe, découpages, étiquettes de lecture, jeux mathématiques et modèles d'écriture pour mes chers petits CP. Peu de temps pour parler, pas de temps pour regarder un film, peu de temps pour lire, juste envie de dormir quand j'avais fini, vers 23h30, Ce furent de belles années malgré un emploi du temps meurtrier du couple. J'étais libre, très speed et maigre.

Maintenant je me sens parfois un peu seule mais je suis tout à fait libre! J'ai le temps de de prendre le temps. J'ai la chance de dormir longtemps, de traîner le matin, de lire, de méditer, de voir défiler les nuages, d'observer les oiseaux sur le rebord de ma fenêtre, d'écrire ou dessiner, de coudre, tricoter, de marcher au bois, de flâner dans Paris ou dans les rues de Vincennes, de partir plusieurs jours, d'aller au ciné, de voir mes amis... J'ai acquis douceur et rondeurs et je ne fais que ce que je veux. Pour combien de temps? je cours après le reste de ma vie, heureuse d'être une femme.

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