Ce week-end Eve et Tristan sont en Corse. Eve avec Franck, Tristan avec Camille et les enfants, tous se sont retrouveés chez Jean-Marie. Sauf moi. Alors hier je me suis sentie sans famille. Dans ces moments là je me sens très seule, mais surtout je comprends mieux la grande solitude de Maman les dernières années de sa vie et regrette de n'y avoir pas été assez attentive.
Nous sommes quatre frères et soeurs qui vivons en région parisienne et nous allions souvent voir nos parents, parfois tous ensemble car nous aimions nous retrouver, parfois à tour de rôle pour plus d'intimité. Lorque nous partions, mes parents sortaient nous dire au revoir jusqu'au portail et tous deux rentraient ensemble à la maison, Papa entourant souvent de son bras les épaules de Maman. Après la mort de Papa, Maman sortait du jardin jusqu'au bord de la route, faisait avec la main un signe d'au revoir jusqu'à ce que la voiture disparaisse... Les larmes me montent aux yeux car je sais maintenant quelle souffrance était la sienne quand elle montait les marches et rentrait seule dans la maison vide. A cette époque, j'étais dure et supportais mal toutes ses recommandations et la pression qu'elle mettait sur moi bien plus encore que sur les 3 autres, sans doute parce que j'avais toujours été rebelle mais aussi parce que je vivais sans mari et qu'elle tentait ainsi de me protéger. Pardon Maman de n'avoir pas tout compris! Je me suis bien rattrapée en cette année 2000 où je venais passer au moins deux après-midi par semaine à l'hôpital ou à la c clinique, à Avon, Moret puis à Montereau pour que tu te sentes entourée.

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J'ai donc rassemblé mes ressources intérieures et j'ai décidé d'aller à Valence. J'ai choisi un grand pot de terre, acheté des geraniums rouges et une touffe de campanules d'un bleu éclatant que ma mère aimait, et je suis partie pour le petit cimetière de ce village de Seine et Marne "voir mes parents" ou plus exactement fleurir leur tombe. C'est un endroit paisible entre deux jardins où fleurissent des arbres fruitiers. Il suffit de pousser la barrière surmontée d'une croix et de remonter l'allée pour s'asseoir sur un banc qui garde et regarde les sépultures. Il y avait des fleurs que mes frères ou ma soeur avaient déposées sur les tombes. J'ai gratté la terre, arraché les mauvaises herbes et planté sans avoir besoin d'arroser tant il pleuvait!

Je suis allée dans le village, un peu en pèlerinage au pays de mon adolescence bien que j'ai eu du mal à aimer Valence comme je l'ai déjà raconté ici. J'avais été tellement meurtrie de devoir quitter Ryes où mes amis étaient restés! Mes souvenirs sont plutôt du côté du lycée de Montereau, des camps de Guides, de la Ferme des Bordes ou des bois de Valence. Je suis passée devant la maison où vécurent mes parents lorsque Papa décida de quitter la ferme et de se consacrer à ses expertises auprès du tribunal. J'ai fait un tour à la Mare aux Usages jusqu'où marchait Maman. Il y avait hier beaucoup de boue sur les chemins, des sous-bois inondés mais pas de muguet à cueillir comme nous l'avions si souvent fait avec elle. Toutefois ce petit retour en arrière m'a rendue joyeuse et sereine.

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