Lorsque je suis née mon père était un jeune ingénieur agronome pressé de mettre en pratique ses connaissances et avait acheté une ferme dans l'Oise, près de Clermont: Le Plessier. Nous y sommes nés tous les quatre et j'y ai vécu pendant 4 ans. Je me souviens seulement qu'un coq m'avait pincé le doigt passé à travers le grillage. Je sais aussi qu'à la ferme que le directeur de l'hôpital psychiatrique de Clermont était un grand ami de mes parents et confiait à mon père certains malades pour une ré-insertion par le travail à la ferme

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Je ne sais pas trop pourquoi mes parents ont déménagé en 1950 pour habiter Trois Etôts. Je crois que c'était pour répondre à un appel du Ministère de la Reconstruction qui cherchait des experts pour évaluer les dégâts agricoles du débarquement dans le Calvados, la Manche et l'Orne. Période de latence après la vente du Plessier? Formation donnée par le ministère? Nous sommes restés peu de temps dans cette petite maison de village que je suis retournée voir il y a peu de temps.

IMGP4243.JPGEn 1950 les maisons de Trois Etots n'étaient pas aussi "léchées, "devenue pour la plupart de coquettes résidences secondaires!

C'est ainsi que nous sommes arrivés en 1952 à Ryes en Normandie. J'en ai souvent parlé. Pourquoi ces années pourtant gravement troublées par la maladie de ma soeur sont-elles enchantées dans mes souvenirs? Est-ce parce que nous allions à pied à l'école pourtant située à presque 2km? parce que j'ai eu la liberté d'aller seule au catéchisme dans les chemins creux en face l'église? ou parce que j'y ai découvert le plaisir de lire et de pouvoir m'isoler, assise dans l'escalier ou blottie contre un arbre au fond du jardin? La maison de Ryes correspond à une période joyeuse et vivante où les frères et soeurs de Maman, les cousins, cousines et tous les amis de mes parents venaient souvent en vacances. Il y avait de grandes réunions de famille, des jeux dans le parc avec tous les oncles et tantes. Ryes est la plus belle période de mon enfance.

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Je crois que j'ai pleuré pendant tout le trajet le jour du déménagement. J'ai perdu mes amies et tous mes amoureux. Nouveaux chemins, nouvelle école. Je suis devenue gauche et timide avec mon accent normand. Je n'ai pas aimé l'installation en Seine et Marne. Insoumission, garçons, fugues, opposition, colères et révoltes se multiplièrent pendant mon adolescence. Mes parents désespérés par mon comportement à l'école m'ont envoyée chez un psychologue. Ensuite Papa me faisait des remontrances qui commençaient chaque fois de la même façon "Ma grande fille, pourquoi gâches-tu ta grande intelligence?". J'entendais qu'on parlait de moi au téléphone... Il y eut pourtant de bons moments, des amis, des amours et de nombreux secrets, des grandes et belles fêtes familiales. Papa travaillait beaucoup, gestion de la ferme et de la chasse, expertises au tribunal. Maman était disponible, Alfrédine et Denise nous avaient suivies, venues de Normandie pour aider Maman. Mais je me souviens surtout des interdictions et de ma tristesse d'alors, profondément cachée.

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C'est en 1974 que Papa cessa la gestion du Domaine des Bordes et continua les expertises pour le tribunal de Meaux. Denise était partie dans le Sud. J'étais à Vincennes. Marie- Claire s'était mariée et vivait à Meaux. Mes parents avaient fait construire une maison à l'extérieur du village sur un hectare de terrain pour éviter à Maman un voisinage trop proche et sur les hauteurs pour que Papa puisse optimiser son installation de radio-amateur. C'est là que je me suis mariée et mes deux frères après moi. Mes parents y sont restés jusqu'à la fin de leur vie.

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