6 juin 1944....Maman était dans la Sarthe, à la campagne, et s'occupait des enfants et petits enfants d'un vieux monsieur veuf. Papa avait rejoint sa ferme du Plessier après des heures de guerre comme radio-navigant. Ils ne se connaissaient pas encore mais avaient entendu parlé l'un de l'autre par leurs meilleurs amis respectifs. Le 27 mai 1944, Maman note dans l'agenda où elle écrivait chaque jour "Bernadette me parle de Marius". Le 6 juin elle écrit " débarquement anglais sur les côtes de la Manche entre 6h et 8h". C'est l'information arrivée à Saint Paul le Gauthier, il y a 70 ans.
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Les fêtes de commémoration me ramènent à Arromanches...Terrain de jeux de mon enfance, la plage et les dunes d'Arromanches étaient à moins de 3km de notre maison de Ryes. Nous y allions souvent et j'ai gardé un amour particulier pour cette grande belle plage dont j'ai parlé ici. Lorsque nous étions enfants, la plage et les abords n'étaient pas nettoyés comme maintenant, il y avait encore de nombreux pontons sur le sable et toutes sortes de débris métalliques qui obligeaient les parents à une grande vigilance. Nous nous mettions à l'abri du vent toujours derrière le même, à gauche de la plage en regardant la mer. Dans l'eau c'est un autre ponton qui délimitait notre terrain de baignade. Lorsque la mer montait, il nous fallait vite quitter le sable pour rejoindre la digue et les jeux se poursuivaient sur la falaise parsemée de trous d'obus. Un jour je me suis empalée sur une barre de fer rouillée qui fit dans ma cuisse un trou béant et blanc. Je suis tombée dans les pommes et j'ai oublié la suite. Soixante ans après j'ai toujours la cicatrice ronde au dessus du genou comme un souvenir du débarquement!

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Dix ans après le jour J qui imprégna mes jeunes années, avec tous les enfants de l'école, fière et le regard tendu vers la noire et brillante voiture présidentielle j'ai agité un drapeau tricolore sur le bord de la route pour le passage de René Coty venu inaugurer le musée du débarquement. Je m'en souviens encore. Depuis j'ai visité plusieurs fois ce musée qui est sans cesse modernisé et tout à fait remarquable. Arromanches, Saint Lô, Sainte Mère Eglise, Colleville, La pointe du Hoc, Ouistreham, partout autour de chez nous il fallait faire attention, partout restaient des traces de combat. De 1952 à 1958, mon père avec mon parrain Jacques et leur ami Jean, experts agricoles délégués auprès du ministère de la reconstruction, sillonnèrent la campagne, visitèrent les fermes et les villages, écoutèrent les gens parler de leur 6 juin 1944 afin d'évaluer les dégâts subis sur leurs terres et dans leurs exploitations. Même s'il ne nous disait pas tout à cause de notre jeune âge, nous étions chaque fois subjugués par les anecdotes héroïques ou terribles que nous rapportait Papa avec une incitation à détester la guerre.

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Des années après, ma soeur et mon beau-frère ont acheté une maison en Normandie, à quelques kilomètres d'Omaha Beach et je suis retournée plusieurs fois sur ces plages maintenant nettoyées. Tristan et Eve se rappellent sans doute avoir joué avec leurs cousines dans les larges trous de la pointe du Hoc maintenant verdoyants. J'ai pu voir l'été dernier le superbe Overland Museum à Colleville mais le plus émouvant pour moi reste le grand cimetière américain d'Omaha Beach et ses innombrables rangées de croix blanches qui donnent envie de se recueillir.

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