Tourné vers mes commencements, je m'aperçois qu'ils ne surnagent dans ma mémoire que sous forme de moments épars, comme dans un naufrage les agrès qu'on voit flotter encore à la surface de la mer, quand le bâtiment lui-même a coulé. Quelques souvenirs seulement, ça et là, que je n'ai pas choisis, qui ont émergé d'eux-mêmes, séparés les uns des autres par de grands intervalles ; mais pourquoi brillent-ils ainsi, et d'un éclat d'autant plus vif qu'une plus grande nuit les entoure ?

C.-F. Ramuz (Découverte du monde)

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J'ai été bouleversée la semaine dernière lorsque j'ai vu le film de Maïwen " Mon Roi". On m'avait dit que c'est un très beau film mais j'aurais pu ne pas le voir! Il m'a emportée 26 ans en arrière et j'ai été plongée dans la période la plus difficile de ma vie... Après les découvertes, les joies, les jeux et l'insouciance, après les enfants et les moments heureux, il n'y avait eu ni drogues ni addictions mais trahisons et humiliations, déceptions qui suivent un espoir insensé, bref! une souffrance immense. Je n'avais cassé alors ni jambe ni genou, mais le moteur de mon camping-car, deux fois de suite à un mois d'écart. J'ai ressenti un moment grâce au jeu sensible d'Emmanuelle Bercot, exactement ce que j'ai vécu au début des années 1980. Seuls ceux qui n'ont jamais soufferts dans leur couple peuvent dire que c'est excessif. Brrr!

Heureusement les années ont passé et après un long travail de pardon j'ai rangé dans ma mémoire tout ce qui est inutile. Oublié? Non bien sûr, mais j'ai classé comme des documents les souffrances d'antan, regardé les bons souvenirs et retrouvé la paix et la joie, la vraie joie profonde, sans illusion ni désillusion.